07 Octobre 2008 - 10H32
- Thaïlande

Les manifestants lancent un ultimatum au gouvernement
Les opposants ont lancé un ultimatum au nouveau Premier ministre Somchai Wongsawat, pour qu’il présente sa démission. Une voiture piégée a explosé, tuant une femme, non loin des violents heurts opposant police et manifestants.

Une voiture piégée a explosé mardi, dans la capitale thaïlandaise secouée par des violences entre opposants au gouvernement et police. Une femme a été tuée dans l’explosion, non loin du Parlement de Bangkok. Les autorités ont déclaré ne pas savoir si l’incident avait un lien ou non avec les manifestations d’opposition.

 

La tension est montée d’un cran en Thaïlande, entre l'opposition et le gouvernement thaïlandais. A Bangkok, au moins 70 personnes ont été blessées, dont neuf grièvement, après des heurts entre plusieurs milliers de manifestants et les forces de l’ordre.

 

Le vice-Premier ministre Chavalit Yongchaiyudh, chargé de la médiation avec les manifestants, a présenté sa démission mardi, après de nouveaux affrontements entre la police et les manifestants.

 

Selon la police, 4 000 opposants de la PAD (Alliance du peuple pour la démocratie), une coalition de divers mouvements en faveur de la monarchie, ont cerné le Parlement pour tenter d’empêcher le premier discours du gouvernement devant les députés.

 

Le Premier ministre Somchai, élu à la tête du gouvernement le 17 septembre dernier, a néanmoins réussi à entrer dans le bâtiment avec l’aide de la police, et a pu présenter aux députés la politique de son gouvernement.

 

Les médias thaïlandais ont rapporté qu’il avait pu ensuite quitter le Parlement en montant sur le toit d’un bâtiment voisin. Mais les manifestants ont empêché les députés de partir.

 

Les opposants, qui bloquaient l’accès au Parlement à l’aide de poids lourds, ont été violemment dispersés à l’aide de gaz lacrymogènes et d’engins fumigènes. Ces violences ont été suivies par une deuxième vague d’affrontements.

 

"De nouveaux combats très violents ont eu lieu dans l’enceinte du quartier général de la police où des manifestants s’en sont pris aux policiers", témoigne Cyril Payen, correspondant de FRANCE 24 en Thaïlande.

 

Interrogé par téléphone, Sondhi Limthongkul, magnat de la communication et l’un des leaders de la fronde anti-gouvernementale, a lancé un ultimatum au gouvernement, lui imposant la démission avant 18 heures (heure locale). "Nous sommes plus déterminés que jamais. Aujourd’hui, soit le gouvernement tombe, soit notre mouvement tombe", a-t-il déclaré, sans préciser ce que feraient les manifestants en cas d’échec.

 

"Usage excessif de la force"

 

Les offensives de la police contre les manifestants ont été très critiquées à travers le pays. "Le gouvernement a franchi la frontière de la décence en ignorant des méthodes pacifiques", a déclaré au quotidien thaïlandais Bangkok Post Somchai Homaor, juriste et avocat des droits de l’Homme.

 

Le Parti démocrate d’opposition a annoncé le boycott de la session parlementaire de mardi matin, arguant un "usage excessif de la force" et demandant que "le gouvernement prenne ses responsabilités".

 

Le Premier ministre Somchai Wongsawat, dont les opposants demandent la démission, a ordonné l’intervention de la police. "Il était absolument nécessaire que la police utilise des gaz lacrymogènes pour disperser la foule et permettre aux députés d’entrer dans le Parlement", a déclaré à l’AFP le général Anan Srihiran, membre de la police de Bangkok.

 

Le correspondant de l’AFP sur place a cependant constaté de nouveaux tirs de gaz lacrymogènes sur environ 600 manifestants regroupés sur la Royal Plaza, quelques heures après les premiers affrontements.

 

Le PPP, allié de Taksin

 

Les dirigeants de la PAD protestent contre un amendement proposé par le parti au pouvoir, le PPP (Parti du pouvoir du peuple), visant, selon eux, à protéger l’ancien Premier ministre Thaskin de poursuites pour corruption.

 

Thaskin Shinawatra, désigné Premier ministre en 2001 et renversé par un coup d’État en 2006, compte nombre d’alliés parmi les membres du PPP, dont le Premier ministre actuel, qui n’est autre que son beau-frère.

 

Des manifestants de la PAD occupent le siège du gouvernement depuis le 26 août dernier.

 

Somchai Wongsawat a appelé à une réconciliation nationale pour mettre fin à trois ans de crise politique. Un conflit oppose les paysans pauvres, alliés de l’ancien Premier ministre Thaskin Shinawatra et les élites militaires et royalistes [la PAD est une coalition composée essentiellement d’hommes d’affaires et d’universitaires].

 

Aucune véritable discussion n’a été amorcée entre les deux camps, et le PAD semble peu enclin à trouver un compromis avec le PPP.

 

L’Alliance du peuple pour la démocratie a, de son côté, juré de ne pas mettre un terme à son mouvement tant que le PPP serait au pouvoir. "L'un des chefs du mouvement anti-gouvernemental a affirmé qu’il a l’intention d’aller jusqu'au bout aujourd’hui", rapporte Cyril Payen, avant d’ajouter : "il a appelé toute la nation thaïlandaise à se lever contre le gouvernement."

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