- Angola - France - Justice - Vente d'armes
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Attendu depuis plus de 10 ans, le procès de l'Angolagate a enfin débuté, ce lundi à Paris.
A 13 h 30, les 42 personnes, dont plusieurs personnalités politiques françaises, soupçonnées d’être impliquées plus ou moins directement dans ce commerce illégal d'armes avec l'Angola entre 1993 et 1998, avaient rendez-vous avec la justice.
Les trois quarts d’entre eux ont fait le déplacement pour le premier jour d’un procès qui doit durer cinq mois.
Un siège vide
Premier à faire face au tribunal, Pierre Falcone, principal protagoniste de l’affaire. Ses yeux regardent droit dans ceux du président. Les deux hommes sont à moins de deux mètres l’un de l’autre. "Pierre Falcone, né à Alger, résident en Angola", annonce l'accusé. D’une voix assurée, il déclare 4 millions d'euros de revenus par an et un patrimoine immobilier de 15 millions d'euros. Nationalités "française, angolaise et une carte d'identité brésilienne".
Puis, l’homme élégant au costume parfaitement coupé et au regard glaçant retourne à sa place, au premier rang. A côté de lui, un siège vide. Celui que devait occuper le milliardaire russo-israélien Arcady Gaydamak, réfugié en Israël et sous le coup d’un mandat d’arrêt international.
Comme Falcone, Gaydamak est accusé d'avoir vendu à l’Angola, alors en pleine guerre civile, un arsenal de 790 millions de dollars acheté dans l'ancien bloc communiste, et ce sans avoir reçu les autorisations nécessaires de l'Etat français.
Humour cinglant et gros sous
Deuxième à être appelé à la barre par le président, Gaydamak est le grand absent de la journée. Le juge Jean-Baptiste Parlos prend la parole; il donne le ton de la séance : humour cinglant et gros sous.
Ironique, il fait remarquer que les documents saisis par la justice font état de trois dates de naissance et de deux identités différentes : Arcadi Gaydamak et Bar Lev Arye. Le fuyard possède également des passeports français, angolais, canadien, israélien, russe. Et presque autant d’adresses.
Des rires à peine étouffés fusent ça et là dans la petite salle au papier peint vieillot. Plus tard, ces mêmes rires reprendront lorsque le juge donnera des leçons de politesse à Alain Guilloux, poursuivi pour trafic d’influence, recel d’abus de biens sociaux et de blanchiment : "Les mains dans les poches, c’est vraiment nécessaire pour votre stabilité", lance le magistrat passablement énervé par l’attitude de l’accusé.
A la lecture des faits reprochés à Falcone et Gaydamak, les deux magistrats-assesseurs butent presque systématiquement sur les sommes astronomiques détournées.
M. Moreli, retraité, un appartement estimé à 1 million d’euros ; Didier F., chef d’entreprise, sans casier, 180 000 euros de revenus annuels ; J.-B. Curial, patrimoine d’une valeur de 900 000 euros... Les noms des prévenus s’enchaînent.
"J’habite chez ma mère"
Puis vient le tour de Jean-Christophe Mitterrand, fils ainé du défunt président français.
Ton affable, l’homme, à la carrure imposante, se présente d’une voix à peine audible : "Je suis né en 1946. J’habite chez ma mère, rue de Breteuil. Aucun revenu, pas de patrimoine." Son cas, il le sait probablement, intéresse particulièrement la presse. Suspecté d’avoir touché des pots-de-vin de la part de Falcone, il encourt jusqu’à cinq ans de prison pour complicité de commerce illicite d'armes et recel d’abus de biens sociaux.
Rapidement, l’écrivain à succès Paul-Loup Sulitzer, cravate à rayures, le suit au micro. Il déclare des revenus de 62 000 euros sans oublier d’ajouter, non sans cynisme, qu’ils "étaient beaucoup plus importants avant".
Malgré une attaque cérébrale et une crise cardiaque, l’auteur de best-sellers n’a rien perdu de son sens de la formule. Hors audience, il affirme à FRANCE 24 qu’avec cette affaire on a voulu "tuer un moustique avec un magnum".
Rencontre de deux princes du sarcasme. Le juge le titille sur sa carrière de comédien et ironise sur son dernier ouvrage, "Le Roi rouge", une histoire romancée de l’Angolagate à "80 % vrai". "Si je comprends on doit le lire", ironise le juge.
Léger clin d’œil
Pendant ce temps, dans la salle, Charles Pasqua, 81 ans, attend son tour en balayant d’un regard las la salle bondée par une trentaine de prévenus, le double d’avocats, autant de journalistes et une demi-douzaine de gendarmes. L’ancien ministre de l’Intérieur est suspecté d’avoir reçu des centaines de milliers de dollars pour avoir mené un lobbying en faveur du régime angolais et encourt jusqu’à 10 ans de prison pour "complicité passive".
Finalement, l’ancien premier flic de France, costume froissé, est appelé à la barre : "entre 120 000 et 130 000 euros par an", déclare-t-il. Puis retourne à sa place en esquissant un léger clin d’œil en direction de Jean-Christophe Mitterrand.
Deux personnes plus tard et c’est au tour de Jacques Attali (qui présente une émission sur FRANCE 24). Son débit est rapide. Pour lui, ce sera "1,2 million d’euros cette année, une maison, un appartement, des studios et environ 500 000 euros de biens mobiliers". L’ancien conseiller de François Mitterrand, qui a récemment rédigé un plan de relance de la croissance économique pour l’Elysée, est soupçonné d’avoir usé de son influence pour régler un redressement fiscal dont faisait l’objet la société de Falcone. Il risque jusqu’à cinq ans de prison pour "complicité passive".
Vieilles "stars" et jeune-femmes perdues
Après ces vieilles célébrités, cinq jeunes inconnues sont appelées devant les juges. Contraste étrange. Anciennes hôtesses, elles sont aujourd’hui dans le box des accusés. Pour plusieurs d’entre elles, c’était un job étudiant. Les jeunes femmes n’ont pas l’air de bien comprendre pourquoi elles sont là. "Recel d’abus de biens sociaux", explique un des magistrats-assesseurs. Elles avaient reçu à l’époque quelques milliers de francs.
Elles sont à peine maquillées. Certaines sont mamans. L’une d’elle, Justine Ducharne, est enceinte. A FRANCE 24, elle explique qu’à l’époque Falcone "était sympathique". Lorsque ses anciennes hôtesses ont défilé à la barre, le businessman français, accusé de s’être mis des millions d’euros dans les poches, est en tout cas resté de marbre.



























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