La petite ville vinicole et horticole appelée 25 de Mayo a toujours vécu de loin le boom pétrolier qu’a connu la région dans les années 1970, vivant un peu retranchée sur elle-même. Mais il y a quatre ans, les habitants ont décidé de couper la route aux compagnies pétrolières afin de les obliger à passer par leur village. Bien leur en a pris puisqu’avec la flambée des prix du pétrole, ces mêmes groupes se sont plus sérieusement intéressées à la région et ont exploré ses terres. Avec succès.
Les compagnies pétrolières ont perforé les sols et sont tombées sur des réserves d’or noir qu’elles pourront exploiter quelques dizaines d’années. "Le guanaco", appellation locale de cette pompe à pétrole, peuple désormais les terres de 25 de Mayo. Attirés par des salaires élevés, les ouvriers sont arrivés en masse dans la ville.
De l’espoir à la désillusion
En deux ans, la population est passée de 6 000 à 15 000 habitants. Les entreprises de services ont fleuri et la vie a changé. La petite ville n’était malheureusement pas forcément préparée à une croissance aussi rapide. Les prix du logement ont explosé. Et les personnes qui n’ont pas la chance de travailler pas dans le pétrole se sentent un peu exclues. Fonctionnaires et employés ne peuvent pas suivre la hausse des prix. L’agriculture, véritable moteur de la région, subit une perte de vitesse, ne pouvant rivaliser avec les salaires de la main-d’œuvre non qualifiée.
David Bravo, le plus jeune maire d’Argentine élu il y un an, de prendre le problème du logement à bras-le-corps. Avec le gouvernement de la province, il a donc lancé un premier programme de construction de logements sociaux afin de permettre aux plus démis de pouvoir bénéficier d’un toit malgré la flambée des prix. "Les personnes travaillant dans le pétrole, avec leurs gros salaires, n’ont pas de problème pour se loger… Mais les autres, ceux qui ne travaillent pas dans ce secteur, les fonctionnaires, les employés ou ceux qui arrivent ici et ne trouvent pas de travail, ils ne peuvent pas joindre les deux bouts… Ce projet sert donc à compenser certains déséquilibres."
Quand les armes se mettent à parler
Les revenus du pétrole ont modifié la donne économique. Tout le monde s’intéresse au pactole que représente cette nouvelle population et surtout les syndicats. Pour faire main basse sur une partie des salaires, certains ont sorti les armes espérant devenir maîtres du territoire.
"Ils se sentaient incapables de convaincre les travailleurs avec des arguments valables. Ils nous ont donc affronté, tiré dessus et ont créé un climat de terreur", affirme Ricardo Astrada, vice-président du syndicat des travailleurs du pétrole.
Les revenus trois à quatre fois supérieurs des ouvriers du pétrole ne font pas les affaires de tous. Pour les producteurs horticoles et vinicoles de la région, il est chaque année plus difficile de trouver une main-d’œuvre qui accepte un travail ingrat pour une paie qui, aujourd’hui, paraît bien dérisoire.
"Cette richesse est un piège"
"Pour moi cette richesse, c’est surtout un piège, analyse Adrian Barrios, responsable de la Bodega Alto Valle del Rio Colorado. Cela ne va durer qu’un temps. On creuse les puits… Et après ? Qu’est-ce qu’il va rester ? Juste une pompe qui fonctionne toute seule et des gens sans travail."
Une peur que partage Marina Alvarez, professeur. Après ses études, la jeune femme est revenue dans sa ville a observé le changement. Les prix qui montent, l’impossibilité d’accéder à un logement, la richesse des uns, la frustration qu’elle suscite et l’intérêt grandissant des jeunes pour l’or noir. "Il y a de plus en plus de mes élèves qui ne veulent pas étudier, constate-t-elle. À 16 ans, ils abandonnent l’école pour aller travailler. Très vite, ils gagnent beaucoup d’argent, s’achètent une voiture et vivent dans un monde matérialiste."
Des profondeurs de la ville sortent 6 millions de barils par an qui font le bonheur des trois compagnies pétrolières installées sur place. Une offrande de la nature que ses habitants vont devoir apprendre à digérer.














