20 février 2008 - 09H21

La junte birmane déclare Aung San Suu Kyi inéligible
L'opposante historique est privée des élections envisagées à l'horizon 2010 en Birmanie, au motif qu'elle est la veuve d'un citoyen étranger. Explications de Cyril Payen, correspondant de FRANCE 24.

L'abrupte décision de priver d'élections la figure de proue de l'opposition birmane Aung San Suu Kyi décrédibilise la volonté de réforme affichée par la junte, résolue à empêcher "la Dame" de Rangoun de se rapprocher du pouvoir, selon les analystes.
   
Soufflant le chaud et le froid, la junte avait annoncé le 9 février la tenue d'un référendum sur une nouvelle constitution, en mai 2008, et des élections multipartites à l'horizon en 2010.
   
Mais cet apparent signe d'ouverture a été réduit à néant mardi, démentant les récents efforts affichés par les militaires pour engager le dialogue avec Aung San Suu Kyi.
   
Lors d'une réunion régionale mardi à Singapour, le ministre birman des Affaires étrangères Nyan Win a fait savoir que les personnes ayant été mariées à un étranger n'étaient pas éligibles, disqualifiant de fait Mme Suu Kyi.
   
Agée de 62 ans, la lauréate du Prix Nobel de la Paix, assignée à résidence pendant la majeure partie des 18 dernières années, avait épousé un Britannique mort d'un cancer en 1999 et leurs deux enfants sont des ressortissants du Royaume-Uni.
   
"Ils (les militaires) ont une idée derrière la tête, qui est d'empêcher Aung San Suu Kyi d'arriver au pouvoir. Tout a été conçu pour l'empêcher de disputer les élections", souligne Sunai Phasuk, un chercheur de l'organisation Human Rights Watch.
   
Et pour lui, la tenue d'un référendum et d'élections "ne signifient rien en terme de progrès politique, car les forces démocratiques seront toujours marginalisées et persécutées", juge-t-il.
   
Si les élections ont effectivement lieu, il s'agirait du premier scrutin depuis 1990 qui avait vu la victoire écrasante de la LND, le parti de Mme Suu Kyi. Les militaires avaient alors ignoré les résultats et s'étaient maintenus au pouvoir.
   
Le régime militaire birman avait conclu en septembre 2007 quatorze ans de débats au sein de sa Convention Nationale, un processus qu'il a contrôlé de bout en bout en vue de l'élaboration d'une nouvelle Constitution.
   
Il avait annoncé en fanfare, en 2003, une "feuille de route" en vue de l'établissement d'une "démocratie disciplinée" mais cet interminable processus constitutionnel est régulièrement qualifié d'"imposture" en Occident.
   
"La question est de savoir dans qu'elle mesure (Aung San Suu Kyi) et plus largement le mouvement démocratique peuvent trouver le moyen de traiter avec le régime", note John Virgoe, directeur de projet pour l'Asie du Sud-est de l'influent groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).
   
"Cette "feuille de route+ vers la démocratie, si pipée soit-elle, peut-elle aboutir à des changements en Birmanie", interroge-t-il.
   
Les experts ont mis en garde contre contre tout optimisme démesuré, les généraux au pouvoir depuis 45 ans n'ayant pas hésité dans le passé à interrompre brusquement des prémices de réformes et à museler les dissidents.
   
Car s'il est bien un élement qui effraie les généraux, c'est l'aura et la popularité intactes de "la Dame" de Rangoun.

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