16 août 2007 - 23H00

Fuir l'homophobie
Difficile d'être homosexuel en Europe de l'est. De plus en plus de couples comme Micha Meroujean (à droite) et son partenaire Harut, décident de partir à l'ouest.

Le “coming out” est un acte essentiellement public. Celui-ci le fut un peu plus que les autres.

Micha Meroujean, 35 ans, est retourné dans son Arménie natale pour la première fois en 12 ans, en compagnie de son partenaire Harut.

Bien habillés, pantalon noir et t-shirt blanc, ils auraient pu passer pour des touristes sur ces photos prises en juillet dernier devant Echmiadzin, un monastère près la capitale Yerevan.

Mais ils avaient une autre idée en tête.

Accompagné d’un petit groupe d’amis, ils sont entrés dans la cathédrale et y ont célébré une petite cérémonie de “mariage” avec échange des anneaux, au milieu d’une superbe bâtisse du VIIème siècle.

Pour Micha et Harut, un franco-arménien originaire de Beyrouth, faire un mariage “commando” dans une église d’un des pays d’Europe de l’Est les plus conservateurs était une entreprise risquée. Mais ils ne pouvaient imaginer qu’un journal à sensation arménien aurait vent de leur histoire.

“Cela a été un gros, un très gros scandale” raconte Micha. “On voyait des religieux sur la télévision locale, des prêtres déclarant que c’était une abomination”.

Un coup de projecteur qui a provoqué des bagarres au sein de sa propre famille. La mère de Micha, qui avait fini par accepter l’homosexualité de son fils, a été rejetée par son beau-frère, ce dernier lui annonçant brutalement qu’il ne voulait plus avoir de contact avec elle.

Plus un crime, mais…

Leur expérience souligne les préjugés que les homosexuels et lesbiennes subissent dans de nombreux pays d’Europe de l’Est. Micha admet que les choses ont changé en Arménie depuis que l’homosexualité a été dépénalisée en 2003, mais il pense que l’homophobie reste endémique.

C’est pour cette raison qu’il a quitté le pays en 1994, trouvant finalement asile en France. “J’avais 3 options : soit je me mariais, soit je menais une vie secrète, soit je me suicidais” explique Micha. “J’ai choisi une 4ème option : quitter le pays”.
Il semble que beaucoup d’homosexuels fassent de même dans les pays conservateurs de l’Europe de l’Est.

L'ILGA, l’Association Internationale des Homosexuels et Lesbiennes basée à Bruxelles, explique qu’elle reçoit régulièrement des demandes d’informations pour trouver asile au sein de l’Union Européenne. La plupart de ces demandes proviennent de pays comme l’Arménie, la Géorgie, l’Ukraine ou la Biélorussie, où les préjugés envers les homosexuels sont légion. Une grande partie des Biélorusses, par exemple, pensent encore que les homosexuels devraient aller en prison.

Maxim Anmeghichean, directeur des programmes à l'ILGA, explique qu’ils “reçoivent régulièrement des rapports de violence”. “Des gens vont dans des lieux de drague et se font racketter par la police ou même tirer dessus”.

Va à l’ouest, jeune homme !

Ces dernières années, les communautés homosexuelles expatriées se sont développées dans les capitales européennes les plus libérales. Il y a par exemple une grande communauté russe installée à Berlin.

Nikolai Alexeyev, défenseur des droits des homosexuels à Moscou, déclare que la majorité des homosexuels qui quittent la Russie choisissent l’Union européenne.

“Dans des pays comme l’Allemagne ou le Royaume Uni, c’est plus facile de s’intégrer, de légaliser son statut et de rester” déclare-t-il. “Beaucoup de gens adoreraient en faire autant, mais cela dépend des capacités de chacun. Pourtant, la majorité ne cherche pas l’asile. Les gens cherchent un partenaire à l’étranger et essayent d’émigrer de cette façon.”

La violence homophobe demeure un problème en Russie qui a dépénalisé l’homosexualité en 1993. Comme beaucoup d’homosexuels et de lesbiennes vivent en cachette, souvent les violences ne sont pas rapportées.

Pour Alexeyev, les attitudes changent doucement.

Gay Pride à Moscou

Le tournant a peut-être été la Gay Pride qui s’est déroulée cette année à Moscou pour la première fois. Elle a eu lieu en mai malgré l’interdiction du maire de la ville. Alexeyev, l’un des principaux organisateurs, a été arrêté alors qu’un petit groupe d’activistes homosexuels qui essayait de déposer des fleurs près de la tombe du soldat inconnu était pris à partie par des skinheads et des chrétiens orthodoxes.

L’incident a eu pour conséquence que les médias russes s’intéressent au problème de l’homophobie. L’Eglise orthodoxe russe montre des signes d’assouplissement et des sondages indiquent que l’opinion publique devient plus tolérante.

Un sondage commandé cette année par GayRussia, le collectif mené par Alexeyev, a montré que le pourcentage de Russes en faveur de lois pour poursuivre les homosexuels a baissé de 6% par rapport à l’année dernière, portant le chiffre à 37,4 %. Mais selon lui, les choses doivent aller plus loin si ceux qui sont partis veulent un jour revenir dans leur pays.

“Bien que la situation en Russie ne soit pas dramatique, les gens continuent à partir parce qu’ils pensent qu’il y a plus de tolérance et de sécurité ailleurs”, déclare Alexeyev. “Mais je ne pense pas que la situation change dans les dix prochaines années au point de donner envie aux gens de revenir.”

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