Dernière modification : 16/12/2010 

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Des experts adressent une lettre ouverte à Obama pour demander la fin des combats

Des experts adressent une lettre ouverte à Obama pour demander la fin des combats

Barack Obama va s'exprimer ce jeudi pour faire le point sur la situation en Afghanistan, un an après avoir accepté d'envoyer 30 000 hommes supplémentaires sur place. Des spécialistes lui demandent d'abandonner la stratégie militaire.

Par Perrine MOUTERDE (texte)
 

Le président américain doit s'exprimer ce jeudi sur la situation en Afghanistan. Une cinquantaine des plus éminents spécialistes de la région lui ont donc adressé cette semaine une lettre ouverte. Selon eux, la situation dans le pays ne cesse de se dégrader et il est urgent d'abandonner la stratégie militaire pour entamer des négociations avec les Taliban.

À la veille de la publication attendue du rapport d'évaluation de sa stratégie, la Maison blanche a affirmé mardi que la situation s'était améliorée dans le pays, même si des "difficultés" persistent. Il y a un an, le président américain a décidé d'envoyer 30 000 hommes supplémentaires sur le terrain, pour tenter de contrer l'avancée des Taliban.

Deux Français font partie des signataires de cette lettre. Mariam Abou Zahab, chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri), et Gilles Dorronsoro, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, détaillent leurs inquiétudes quant à la situation du pays.

 

Gilles Dorronsoro est chercheur invité au Carnegie Endowment for International Peace à Washington.

France24.com : Pourquoi avoir signé cette lettre ouverte ?

Gilles Dorronsoro : Parce qu'une très grande majorité des experts ou humanitaires travaillant sur l'Afghanistan est affolée par la tournure que prennent les évènements, et parce que nous n'arrivons pas à nous faire entendre de l'administration américaine.

Mariam Abou Zahab : J'ai signé cette lettre parce que la stratégie militaire menée dans le Sud n'aboutit qu'à fragmenter l'insurrection et à radicaliser la population. Elle subit depuis l'été dernier une intensification des bombardements aériens et des raids - 17 en moyenne par nuit pour la période allant de juillet à novembre 2010. Il est temps de reconnaître que les Taliban font partie de la population afghane et représentent la sensibilité de nombreux Afghans ruraux, que leurs objectifs sont nationalistes et qu'ils sont préoccupés par l'avenir de leur pays plutôt que par un djihad global. J'ai aussi signé parce que je déplore l'absence totale de débat sur l'Afghanistan en France.

France24.com : Vous dites que la situation sur le terrain est pire qu'il y a un an et que les Taliban sont plus puissants. Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ?

Gilles Dorronsoro et Mariam Abou Zahab : D'abord, en tant qu'étranger ou fonctionnaire afghan, on peut de moins en moins circuler par la route en Afghanistan. On peut encore aller à Jalalabad même si c'est moins sûr qu'avant, et à Bamian, mais c'est compliqué. Si l'on ne veut pas jouer au héros, on ne peut plus aller dans le Nord ; le Sud est totalement interdit... L'espace se rétrécit.

Mariam Abou Zahab a été travailleuse humanitaire en Afghanistan dans les années 1980 et au début des années 1990. Elle est aujourd'hui chercheuse.

Ensuite, on constate une forte reprise en main des Taliban. Ils encadrent la population, par le biais du système judiciaire par exemple, et mène des opérations dans tout le pays. En même temps, le gouvernement afghan s'effondre. Et puis, il y a aussi des chiffres, objectifs. La coalition a été engagée dans 10 000 incidents armés en 2009, et dans 18 000 en 2010. Le nombre des pertes humaines a aussi augmenté.

France24.com : La stratégie militaire est donc selon vous vouée à l'échec ?

Gilles Dorronsoro : Personne ne nous explique rationnellement comment nous allons vaincre les Taliban, alors que tout le monde sait qu'ils sont soutenus par l'armée pakistanaise. Et tout le monde admet aussi que l'armée afghane ne sera jamais prête à prendre le relais dans trois ans. La seule solution est d'entamer des négociations. Toutes les parties sont d'ailleurs plus ou moins d'accord là-dessus ; Richard Holbrooke [ancien envoyé spécial des États-Unis en Afghanistan et au Pakistan, décédé lundi, ndlr] était le porte-parole de cette politique-là.

Mariam Abou Zahab : L'un des paradoxes de l'Afghanistan est que plus on envoie de troupes, plus les Afghans semblent affaiblis militairement, plus ils sont déterminés à se battre. Penser qu'une fois les Taliban affaiblis militairement, ils seront prêts à négocier avec des Américains en position de force, c'est méconnaître complètement le pays.

France24.com : Est-ce que négocier avec les Taliban une bonne solution pour la population ?

Gilles Dorronsoro : Est-ce que c'est la bonne solution ? Non. Est-ce qu'il y a mieux ? Je ne crois pas. Nous avons fait n'importe quoi dans ce pays ; la stratégie de reconstruction est un vrai scandale. Si on persiste dans la stratégie militariste, on va aboutir à une victoire militaire des Taliban. Il vaut mieux négocier pendant que l'on a encore un peu de crédibilité et que l'on peut encore faire pression.

Mariam Abou Zahab : Encore une fois, les Taliban ne sont pas des extra-terrestres créés par le Pakistan. Ils font partie de la société afghane et joueront un rôle politique dans le pays après le départ des États-Unis, que cela plaise ou non aux Occidentaux. Il est préférable de leur donner ce rôle par un accord négocié qu'autrement.

Syndiquer le contenuL'armée française en Aghanistan

France24.com : Quel impact pensez-vous que cette lettre peut avoir ?

Gilles Dorronsoro : À court terme, je ne suis pas très optimiste. Jeudi, Barack Obama va dire que tout va bien. C'est surtout un problème de timing politique à Washington. Rien ne va bouger avant le printemps, car c'est à cette période que les Taliban reprennent les combats.

Jusqu'à présent, les militaires ont toujours refusé toute solution alternative. Le général Stanley McChrystal, ancien commandant des opérations dans le pays, n'a proposé qu'une option à Barack Obama, en disant qu'il avait besoin pour ça de 30 000 hommes. Obama s'est senti obligé d'accepter pour ne pas paraître faible. Mais si en mai, l'armée dit qu'elle a à nouveau besoin d'hommes, peut-être que la position de Barack Obama changera. Nous, en tant qu'experts, nous allons en tout cas continuer à nous mobiliser.

Mariam Abou Zahab : Ce que nous attendons du président Obama, c'est qu'il admette que l'engagement américain est excessif et désormais inutile ; que les Occidentaux peuvent encore aider le pays à se rétablir, mais pas prétendre le diriger ; que les 65 milliards de dollars dépensés chaque année par les États-Unis pour occuper l'Afghanistan pourraient être mieux employés pour développer le pays et reconstituer son économie.

Il faut reconstruire les pouvoirs locaux plutôt que de vouloir à tout prix construire un État centralisé fort, ce qui est contraire à la culture politique afghane. Enfin, il faut admettre que l'Afghanistan est un pays enclavé, que la solution est régionale et que l'Afghanistan doit s'entendre avec ses voisins et surtout avec le Pakistan, qui a des intérêts légitimes et ne peut être exclu des négociations.

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(6) Réactions

Taliban

Ca sent l'anti américanisme primaire : occupation, complexe militaro industriel, intérêts légitimes du Pakistan... Mais qui sont ces "experts", par qui sont ils payés ?
Evidemment, ils ne parlent pas de ce que sont les talibans et leur pratiques barbares pour soumettre la population qui ne ne les aiment surement pas, les attentats terroristes les plus affreux (allant même jusqu'à utiliser des enfants), leur déni des droits de la femme, leur mépris pour la liberté d'expression et la démocratie, le droit des conflits armés, le trafic de drogue et le racket systématique dans lesquels ils sont impliqués, etc, etc ... En fait, des ennemis fréquentables avec lesquels il faut négocier !!!
Talibans gentils, Américains fascistes : c'est le sens de certains commentaires bien simplistes et irresponsables;
A quand le prochain 11 septembre !
Au fait, les talebs ont tués 14 civils cette semaine en faisant exploser un bus.
Signé : quelqu'un qui connait l'Afghanistan de très près;

mathematiquement c est

mathematiquement c est impossible de gagner cette guerre a moins d eradiquer tous les afgans jusqu au dernier.

experts et Afghanistan

je ne suis expert qu'en instruction et guerrilla parachutiste et j'avais étudié les stratégies d'Alexandre Le Grand qui usa des traditions de guerre de chaque pays conquis avec succés. La France ne se retira à chaque fois que par dédain des sphères politiques ,sinon ses guerriers voir commandos marines ,paras légions se sacrifièrent (comme les alliés d'ailleurs)avec gloire .Alexandre ne laissa pas un souffle de repos .Le tort des Puissances Américaines qui laissèrent un quart des bombardiers et chasses sur le carreau c'est l'orgueil du nombre .Alors que l'Europe leur offrit leur continent ,la preuve en est notre QUEBEC .Donc une guérilla du style Talibans est mieux que des drones ranplanplan de lucky luke

Négociations avec les Talibans

Pour négocier, il faut 2 partis. Or, nombre de porte-parole talibans ont déjà énoncé que leur parti ne voudra jamais négocier avec les Américains ou les Occidentaux. Par ailleurs, il faudrait savoir qui dirige quoi chez les Talibans ou sont-ils seulement des "faire valoir" pour certains intérêts extérieurs, comme par exemple, les services secrets pakistanais? Quel est l'intérêt fondamental du citoyen afghan ou de la citoyenne afghane? Quel est leur intérêt à se retrouver sous un régime taliban comme il s'est matérialisé avant l'arrivée des Occidentaux? Quel est leur intérêt à échanger une "domination occidentale" pour une domination "pakistanaise ou iranienne"?

Fachisme!

Cette guerre est la définition même du fachisme!!
Bravo à ces experts!!!

Confusion sur les objectifs

La stratégie des États-Unis est presque entièrement soumise au tout puissant complexe militaro-industriel et aux intérêts d'une douzaine de puissantes multinationales. Quelque soient les présidents et les administrations qui se succèdent a la Maison Blanche, cette stratégie poursuit un objectif simple: celui d'une présence permanente en Asie Centrale a travers un réseau de bases. Bien loin de faire obstacle a ce but la présente situation catastrophique en Afghanistan en fournit le prétexte. La guerre permanente permet de justifier une présence permanente. On se moque bien du destin du peuple Afghan dans les sphères ou ces choses ce décident. Les humanitaires et les experts, manquant de vision stratégique, pensent pouvoir prêcher la raison. Ces gens ont une autre logique.

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