L'ancien Premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra, qui a fait jeudi son retour en Thaïlande après 18 mois d'exil, a été acclamé par quelque 10 000 personnes venues l’accueillir à l’aéroport de Bangkok. Après les avoir salués pendant quelques minutes, Thaksin, accusé de corruption, s'est rendu à la Cour suprême sous escorte policière.
L’ex-Premier ministre a ensuite été libéré sous caution, moyennant la somme de 150 000 euros. Une somme modique pour l’ancien dirigeant multimillionnaire, estime Cyril Payen, notre correspondant en Thaïlande. Il a également été interdit de quitter le territoire sans l’autorisation de la Cour.
« Ce gouvernement, proche de Thaksin, promet de le disculper des accusations de corruption qui pèsent sur lui. Mais cela serait vraiment préjudiciable pour le gouvernement, en place depuis quelques mois seulement », estime Cyril Payen. Les opposants de Thaksin Shinawatra et les membres de l’Alliance du peuple pour la démocratie ont menacé de manifester si le nouveau gouvernement pro-Thaksin tentait d’interférer dans les poursuites engagées contre lui.
L’ancien Premier ministre thaïlandais doit répondre de nombreuses accusations de corruption. Les autorités soutenues par l’armée ont gelé près de deux milliards de dollars d’avoirs, en attendant l’issue d’une douzaine d’enquêtes pour corruption.
« Après deux années d’instabilité politique, un coup d’Etat, une nouvelle Constitution et une élection, les Thaïlandais attendent beaucoup de la justice, déclare à FRANCE 24 Mario Canseco. Le gouvernement actuel a déclaré qu’il n’interviendrait pas, et laisserait l’affaire suivre son cours. Mais si Thaksin écope d'une peine symbolique, cela va clairement perturber l’opposition ».
Thaksin se rendra devant la Cour suprême le 12 mars, pour entendre les charges relatives à l’influence politique utilisée pour aider sa femme à acquérir un beau terrain à Bangkok, en 2003. Parmi d’autres affaires, il est aussi accusé d’avoir fourni des documents frauduleux à la Commission des échanges et sécurité.
La demande de libération sous caution de la femme de Thaksin, Pojaman, a été acceptée le mois dernier. Tous deux encourent jusqu’à 13 ans de prison.
Accueil mitigé
Les partisans de Thaksin l’ont accueilli avec ferveur à l’aéroport, en jouant de la musique, en dansant et en préparant de la nourriture, selon Cyril Payen.
La scène reflète l’attitude ambivalente de la Thaïlande envers leur ancien dirigeant. "Il existe deux visages de la Thaïlande. D’un côté, l’élite du pays qui dirige le pays depuis des décennies, et de l’autre, la Thaïlande des pauvres et des paysans, qui le voient comme un champion », explique Cyril Payen.
La population rurale et pauvre du pays constitue la base qui soutient Thaksin pour avoir lancé des réformes économiques et sociales pour eux.
« Thaksin est réellement populaire parmi l’électorat rural, mais la population urbaine estc plus prompte à voir en lui un homme politique fini, estime Mario Canseco. L’opposition pourrait facilement mobiliser la population dans les grands centres urbains, et placer l’administration Samak dans une position délicate ». « C’est dans ce contexte qu’il a été renversé du pouvoir en septembre 2007 », précise Cyril Payen.
Craignant d'éventuelles manifestations d’opposants, le nouveau Premier ministre Samak Sundaravej, un allié de Thaksin, a déployé des centaines de membres des forces de sécurité à l’aéroport, en prévision de son arrivée.
Un retour en politique ?
Thaksin a été interdit de toute activité politique pour fraude électorale durant cinq ans. Il affirme n’être plus intéressé par la politique et vouloir se consacrer entièrement au club de football de Manchester City qu’il a racheté.
« Après mon retour en Thaïlande, je ne serai plus impliqué dans la politique et n’entretiendrai aucun contact avec le Parti du pouvoir du peuple », a-t-il assuré aux médias thaïlandais.
Mais Cyril Payen reste persuadé que cela ne peut durer qu’un temps. « La seule question est de savoir quand il va faire son retour [en politique], dans quelques mois, ou quelques années ».















