Condoleezza Rice - États-Unis - Russie
La Russie reçoit des garanties sur le bouclier antimissile
Jeudi 20 mars 2008
La Russie dit avoir reçu quelque garanties américaines pour que le bouclier antimissile ne soit "pas dirigé" contre elle. Jamais la partie russe ne s'était montrée aussi positive sur ce dossier sensible.
Jeudi 20 mars 2008
Par AFPLa Russie a annoncé mercredi avoir reçu des propositions des Américains garantissant que leur bouclier antimissile ne serait "pas dirigé" contre elle, premier signe de progrès dans des négociations très ardues entre les deux pays.
"La partie américaine est prête à nous proposer toute une série de mesures visant à renforcer notre confiance pour que nous puissions être sûrs que ce système n'est pas dirigé contre nous", a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov dans un entretien publié sur le site du quotidien russe Izvestia.
Jamais la partie russe ne s'était montrée aussi positive sur ce dossier extrêmement sensible, alors que Moscou voit dans le projet de déployer le bouclier américain en République tchèque et en Pologne une menace directe pour sa sécurité.
Washington affirme pour sa part que ce bouclier est destiné à parer une éventuelle attaque de pays "voyous" comme l'Iran et ne vise absolument pas la Russie.
"Le sens (des propositions américaines) est le suivant : nous aurons une possibilité de surveiller - à l'aide de moyens humains (inspecteurs, ndlr) et techniques - le fonctionnement de la station radar" et de savoir "dans quel état se trouve réellement la base des missiles intercepteurs", a-t-il expliqué.
Le projet vise à installer un radar ultraperformant en République tchèque, qui selon Moscou couvrira aussi une partie du territoire russe, et 10 missiles intercepteurs de missiles en Pologne.
Afin de rassurer Moscou, les Etats-Unis ont proposé fin 2007 de "retarder" la mise en service des sites jusqu'à ce qu'une menace de pays "voyous" comme l'Iran soit prouvée et d'y stationner des inspecteurs russes.
La Russie se montrait jusqu'ici peu réceptive, estimant que les propositions écrites qui lui avaient alors été remises ne correspondaient pas à celles formulées lors de discussions à Moscou en octobre.
Les dernières propositions remises mercredi par écrit à Moscou semblent avoir, tout en restant sur la même logique, mieux convaincu les Russes. Elles avaient été présentées la veille lors de nouvelles négociations à Moscou dans un contexte beaucoup plus détendu.
Si les deux pays n'ont pas trouvé mardi d'accord, leurs ministres des Affaires étrangères et de la Défense ont alors donné des gages de bonne volonté en assurant vouloir poursuivre le dialogue.
M. Lavrov a parlé de propositions américaines "utiles et importantes". "Nous sommes allés très loin pour nous efforcer de rassurer", a renchéri le secrétaire à la Défense Robert Gates tandis que la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice concédait que les précédentes propositions avaient manqué de "clarté.
Les signaux semblent donc désormais au vert, même si chacun continue de faire valoir ses positions.
La Russie n'en démord pas : comme l'a répété M. Lavrov dans l'entretien, ce bouclier "va conduire à un affaiblissement de la stabilité stratégique dans le monde". Mais "on a réussi à faire admettre aux Américains que nos inquiétudes n'étaient pas sans fondement", s'est-il félicité.
Côté américain, on jugeait dès mardi que la réunion de Moscou avait permis de réels progrès. "Les Russes reconnaissent désormais que les Etats-Unis vont concrétiser le projet de bouclier, et qu'il vaut mieux travailler avec eux", avait noté un haut responsable américain.
M. Gates a pour sa part estimé lundi qu'un accord avec Moscou sur le bouclier antimissile n'était pas à exclure avant la fin du mandat de George W. Bush en janvier 2009.
Ce dégel russo-américain sur le bouclier coïncide aussi avec l'arrivée d'un nouveau président en Russie, Dmitri Medvedev, qui prendra ses fonctions le 7 mai, même s'il promet de poursuivre la politique étrangère de Vladimir Poutine.
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