Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a soumis vendredi une liste de candidats potentiels à la présidentielle libanaise, afin d'aider la majorité et l'opposition à se mettre d'accord sur un nom d'ici la date butoir du 24 novembre, a indiqué un diplomate français.
Après avoir rencontré Mgr Sfeir, le chargé d'affaires André Parant a déclaré aux journalistes avoir été autorisé à confirmer que le président du Parlement Nabih Berri (opposition) et le chef de la majorité Saad Hariri avaient reçu la liste de noms.
"Il appartient donc maintenant à MM. Berri et Hariri de se rencontrer pour tenter de trouver un consensus sur la base de cette liste", a ajouté le diplomate.
Nasrallah Sfeir est le chef de la plus puissante église chrétienne au Liban, dont est issu le président de la République selon la tradition.
La liste de candidats qu'il a dressée doit aider la majorité antisyrienne et l'opposition soutenue par Damas à choisir un candidat avant le 24 novembre, pour succéder au pro-syrien Emile Lahoud.
Trois séances spéciales au Parlement pour désigner un nouveau président ont déjà été reportées faute de consensus. En l'état actuel, une nouvelle séance prévue le 21 novembre pourrait connaître le même sort.
Un responsable libanais a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, que la liste soumise par M. Sfeir comportait les noms de trois candidats déclarés, à savoir ceux de Nassib Lahoud et Boutros Harb, soutenus par la majorité, et celui de l'opposant Michel Aoun.
A en croire ce responsable, figurent également sur la liste l'avocat et député Robert Ghanem, le président du conseil d'administration de l'Union des banques arabes et des associations de banques libanaises, Joseph Tarabay, et Damianos Kattar, qui fut le ministre des Finances du gouvernement intérimaire de l'ancien Premier ministre Najib Miqati, en 2005.
La majorité parlementaire libanaise antisyrienne a appelé jeudi soir tous les députés à se rendre vendredi au Parlement pour participer à la séance consacrée à l'élection d'un nouveau chef de l'Etat, à quelques heures de la fin du mandat du président sortant.
Les forces du 14 mars -coalition antisyrienne au pouvoir- "invitent tous les députés à participer demain à la séance (consacrée à) l'élection du président de la République", a affirmé le député Elie Aoun, lors d'une conférence de presse retransmise par la télévision libanaise LBC.
M. Aoun lisait un communiqué des forces du 14 mars, publié à l'issue d'une réunion de la majorité à l'hôtel Phoenicia, où sont réfugiés une quarantaine de députés antisyriens craignant pour leur vie.
La majorité a aussi indirectement réagi à une initiative de l'un des piliers de l'opposition soutenue par Damas et Téhéran, le chrétien Michel Aoun, qui a notamment proposé jeudi que son camp nomme un candidat intérimaire à la présidence, dont le mandat se terminerait après les législatives de 2009.
La majorité "refuse catégoriquement tout morcellement du mandat du président de la République, qui est de six ans selon l'article 49 de la Constitution, et considère qu'une proposition en ce sens est une atteinte directe au poste présidentiel", a affirmé le député Elie Aoun.
Michel Aoun avait aussi proposé que le chef de la majorité Saad Hariri nomme un chef du gouvernement qui n'appartienne pas à son mouvement, le Courant du Futur.
Il a précisé que son initiative serait uniquement valable jusqu'à la fin du mandat du président sortant, le pro-syrien Emile Lahoud, soit "vendredi à 23h", abandonnant ainsi temporairement sa propre candidature à la présidence.
Le blocage reste total entre la majorité et l'opposition soutenue par Damas et Téhéran, profondément divisées sur le nom du successeur du président sortant Emile Lahoud.
La députée de la majorité Solange Gemayel a affirmé jeudi à l'AFP que la séance parlementaire avait été reportée pour la cinquième fois.
En l'absence d'accord, la majorité, qui dispose de 68 députés sur 127, a averti qu'elle élirait le président à la majorité simple, alors que l'opposition exige un quorum des deux tiers.
L'opposition a également agité la menace d'un gouvernement parallèle, ce qui fait craindre que le pays ne plonge dans le chaos.
Pour la onzième fois depuis le 25 septembre, l'élection du président libanais, qui avait été fixée à samedi, a été reportée au 11 janvier, a annoncé le président du Parlement, Nabih Berri. Une source politique avait indiqué précédemment à Reuters que l'élection serait reportée à la fin de la semaine prochaine.
L'actuel gouvernement pro-occidental de Fouad Siniora et l'opposition pro-syrienne emmenée par le Hezbollah se sont mis d'accord sur le choix d'un candidat de consensus à la présidence, le chef de l'armée, le général Michel Souleïmane, mais l'opposition veut avoir un droit de veto dans la future équipe dirigeante.
Le Liban n'a officiellement plus de président depuis le 23 novembre, date à laquelle le mandat du pro-syrien Emile Lahoud est arrivé à échéance. Pour que le nouveau président puisse être élu par le parlement, le quorum des deux tiers des députés doit être réuni.
Des sources politiques rapportent qu'aucun progrès n'a été réalisé en vue d'une conciliation entre les deux camps, chacun campant sur ses propres positions et s'accusant mutuellement de bloquer le processus de l'élection de Souleïmane. Âgé de 59 ans, Souleïmane est le chef des forces arméeslibanaises depuis 1998. Son rang lui interdisait théoriquement de prétendre à la présidence, mais le gouvernement a proposé en début de semaine une révision de la Constitution.
Jeudi, treize députés de la majorité se sont prononcés en faveur de ce texte, mais l'opposition l'a rejeté, estimant qu'il était inutile.
Nabih Berri, une figure de l'opposition, a également refusé cette révision constitutionnelle, parce qu'elle émanait d'un gouvernement qu'il considère comme illégitime depuis que les ministres de l'opposition qui y participaient ont démissionné.
L'un des piliers de l'opposition libanaise, le chrétien Michel Aoun, a déclaré jeudi qu'il était favorable à l'élection à la présidence de la République du chef de l'armée, le général Michel Sleimane, ouvrant ainsi la voie à une sortie de l'impasse politique.
"Oui bien sûr, je le soutiens, et je suis très heureux", a affirmé à des journalistes M. Aoun, le chef du Courant patriotique libre (CPL), qui s'était lui-même dit candidat au poste de président.
Le Liban est sans président depuis l'expiration du mandat de l'ancien chef de l'Etat Emile Lahoud le 23 novembre à minuit sans successeur, la majorité parlementaire antisyrienne soutenue par l'Occident et l'opposition proche de Damas et Téhéran n'étant pas parvenues à s'accorder sur un nom.
"Si la majorité le veut et que d'autres parties dans l'opposition le veulent, alors c'est bon", a poursuivi M. Aoun, allié du puissant Hezbollah chiite, chef de file de l'opposition.
"Il y a des obstacles constitutionnels qui devraient être levés parce que le gouvernement est illégitime", a-t-il ajouté.
L'élection du général Sleimane nécessiterait un amendement constitutionnel, car en vertu de l'article 49 de la Constitution, il est interdit aux hauts fonctionnaires de devenir chefs de l'Etat, sauf s'ils démissionnent de leur poste deux ans avant l'élection.
Dans ce cas, le gouvernement doit présenter l'amendement au Parlement.
Mais le cabinet de Fouad Siniora est considéré comme illégitime par l'opposition depuis la démission de tous les ministres chiites du gouvernement en novembre 2006.
Mercredi, la coalition au pouvoir a proposé le nom du général Sleimane pour mettre fin au blocage, précisant être prête à ne plus s'opposer à un amendement à la Constitution.
Le Hezbollah a lié la candidature du chef de l'armée à l'approbation de M. Aoun.
La présidence est réservée, selon la tradition, à un chrétien maronite.
En raison de l'impasse politique, la séance du Parlement consacrée à l'élection d'un nouveau chef de l'Etat a été reportée à cinq reprises en deux mois.
Une nouvelle séance est prévue vendredi, mais elle pourrait être elle aussi repoussée, selon des sources proches du président du Parlement, Nabih Berri, un ténor de l'opposition, et des députés.
"Il est probable qu'il n'y aura pas de séance en attendant de trancher la question du consensus", a déclaré Ali Hassan Khalil, député du mouvement Amal (chiite) présidé par M. Berri.
Une autre source proche de M. Berri a indiqué à l'AFP sous couvert de l'anonymat que "la tenue de la séance reste tributaire des contacts, qui n'ont pas encore abouti".
Du côté de la majorité, le député et candidat présidentiel, Boutros Harb, assure également qu'il "n'y aura probablement pas de vote demain".
Depuis sa nomination à la tête de l'armée en 1998, le général Sleimane, qui n'a pas fait acte de candidature, a su garder ses troupes unies et s'est efforcé de maintenir l'institution militaire à l'écart de la lutte pour le pouvoir qui divise la classe politique libanaise.
Bien que certains l'accusent d'être un allié de Damas, le général Sleimane est resté neutre lors de la crise autour de la présidentielle, appelant ses troupes après le départ de M. Lahoud à ignorer les disputes politiques.
L'élection et la réélection de l'ex-président Emile Lahoud, également ancien chef de l'armée, avaient requis en 1998 et 2004 des amendements imposés par la Syrie, puissance de tutelle de l'époque.
La majorité accuse l'opposition de vouloir un président soumis à Damas et Téhéran, tandis que celle-ci estime que la coalition au pouvoir veut un chef de l'Etat inféodé aux Etats-Unis.
La crise libanaise est interprétée comme un prolongement du bras de fer opposant les Etats-Unis à la Syrie et à l'Iran.
L'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, Zalmay Khalilzad, a invité vendredi le Conseil de sécurité à faire pression sur ceux qui empêchent la tenue de l'élection présidentielle au Liban.
"Nous pensons que le Conseil devrait être prêt à envisager des mesures additionnelles pour inciter ceux qui bloquent l'élection d'un président à changer de position", a déclaré M. Khalilzad lors de consultations au Conseil.
Une séance parlementaire prévue samedi à Beyrouth pour élire un nouveau président libanais a été reportée, pour la dixième fois, malgré les fortes pressions internationales sur la Syrie, accusée de bloquer cette élection.
Le président du Parlement, Nabih Berri, un des ténors de l'opposition soutenue par Damas et Téhéran, a décidé de reporter la séance au 29 décembre, selon son bureau de presse.
Il s'agit du dixième report en moins de trois mois de l'élection présidentielle au Liban, du fait de divergences persistantes entre la majorité antisyrienne et l'opposition.
Le Liban est sans président depuis l'expiration du mandat du pro-syrien Emile Lahoud le 23 novembre.
"Nous appelons la minorité parmi l'opposition libanaise qui bloque l'élection, et ceux hors du Liban notamment en Syrie, qui la soutiennent, à cesser d'exiger que l'élection se tienne par le biais de mesures anticonstitutionnelles," a dit M. Khalilzad, selon son service de presse.





