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FRANCE

Charlotte, 23 ans, et Marine, 24 ans : "On est des bomeuses"

© Marine

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 03/08/2013

Face à la hausse du chômage chez les 18-25 ans en France, de plus en plus de jeunes se créent une vie d'actifs pour continuer d'exister en société. Ils se surnomment les "bomeurs". Rencontre avec deux spécimens de cette nouvelle tendance.

Elles s'appellent Charlotte et Marine. Âge : respectivement 23 et 24 ans. Profession : "bomeuse". Comprenez mi-bobo, mi-chômeuse. Dans un café de l'avenue de Villiers à Paris, ces deux amies fraîches et pimpantes livrent leur propre définition de cette tendance. "Montrer qu'on reste actives intellectuellement même si on ne l'est pas professionnellement. C'est un état d'esprit pour rester positives."

À l’origine de ce néologisme, un sans-emploi parisien âgé d’une vingtaine d’années, Nathanaël Rouas. En 2011, il a crée un blog intitulé "Bomeur" sur lequel il raconte ses journées : un déjeuner avec un ami qui travaille suivi d'un rendez-vous avec des "contacts" pour discuter "projets". Une façon pour lui de montrer qu'il avait gardé une "vie cool", et surtout qu'il reste aisé financièrement. "Une vaste blague", reconnaît Nathanaël Rouas aujourd'hui, "pour rigoler du chômage", trop souvent perçu comme un handicap. Sa démarche lui a permis de se démarquer de cette nouvelle génération de chômeurs Bac+5 qui sont de plus en plus nombreux à galérer. Rapidement, les médias se sont emparé de ce phénomène devenu tendance : se créer une vie d'actif pour continuer d'exister intellectuellement et socialement. Depuis, beaucoup de chômeurs, de Paris ou de province, ont adopté ce concept comme un statut social.

Rester dynamique et occuper ses journées

En décidant de devenir "bomeuses" en février dernier, "un soir de déprime", Marine et Charlotte ont, avant tout, cherché à rester dynamiques et remplir leur journée, "qui commence rarement avant 10 heures", glisse Charlotte. Depuis cinq mois, les deux copines ont choisi d'animer une page Facebook - car être "bomeur", c'est aussi être actif sur les réseaux sociaux. Elles y partagent musique, illustrations, inspirations et bonnes adresses. "Je passe mon temps à dessiner des croquis, sauf que maintenant au lieu de les laisser dépérir dans mon 'ordi', je les publie sur notre page, raconte Marine, diplômée en master de design d'espace. Ça donne un sens à ma vie quand je me lève, c'est une façon pour moi de continuer d'exister, de garder une place dans la société, et donc de garder le moral".

Avec son master en communication, Charlotte, elle, s'exprime sur la musique, l'actualité, etc. "Je suis constamment à la recherche d'idées, explique-t-elle. Ça m'oblige à lire beaucoup, à faire des choix, à rédiger." Le tout avec beaucoup de dérision, bien sûr.

Le "must" de la journée reste incontestablement la soirée "pour voir les amis et se faire un ciné, ou un mojito dans un bar", raconte Marine. "On suit le mouvement", poursuit Charlotte qui avoue finir parfois les mois dans le rouge. "Je ne me prive pas, mon frigo est toujours plein, on a mangé du cabillaud hier", reconnaît-elle, et je m'achète aussi des fleurs quand je veux". Et quand leurs amis et connaissances leur demande où elles en sont professionnellement ? "Surtout on évite de parler du chômage, car les gens qui ne le vivent pas, ne peuvent pas comprendre ce que c'est. On évoque juste les aspects positifs : quand on a une piste ou un entretien par exemple", précisent-elles.

"Nos écoles nous ont vendu du rêve"

Devenir "bomeuse" leur permet surtout de garder le moral, car leur bonne humeur n'a pas toujours été au rendez-vous. À la fin de leurs études, en septembre dernier, Charlotte et Marine ont vite déchanté. "Les écoles privées nous ont vendu du rêve en affichant fièrement un taux de chômage à 0 % pour leurs diplômés, se souvient Marine, encore un peu amère. Mais aujourd'hui, ça fait huit mois que mes études sont terminées et seulement la moitié de ma 'promo' a trouvé du boulot. Les autres sont en train de survivre", souligne Marine qui a dû rendre son appartement parisien et vit désormais entre chez ses parents, près de Laval, et chez Charlotte.

En France, le chômage touche 26,2 % des 18-25 ans. "Quand on a moins de 25 ans et qu'on n'a jamais travaillé, on a droit à rien, ni aux 'alloc', ni au RSA [Revenu de solidarité active, prestation pour les sans revenus de plus de 25 ans]", déplore la jeune artiste, qui avoue être passée par des phases de grande désillusion. "Le pire, c'est que j'ai fait un an et demi de stage pendant mes études mais que ça ne compte pas !". Durant ces huit derniers mois, Marine a eu seulement deux entretiens. "Pôle emploi ne m'a rien proposé, les conseillers ne connaissent pas nos métiers, ils essaient déjà de nous mettre dans leurs cases", ajoute-t-elle. Elle a donc fini par enchaîner les petits boulots : vendeuse chez Nature et Découvertes, pizzaïolo dans une entreprise de surgelés. "J'ai même fait du phoning dans une maison de retraite !", ajoute-t-elle.

Petits boulots et intérim

Pour éviter de trop dépendre de ses parents, Charlotte aussi a été caissière chez Leroy Merlin. Puis, elle a fait des missions d'intérim dans la "com'". "Je touche 600 euros par mois... même pas de quoi payer mon loyer", indique-t-elle. Elle a passé huit entretiens. "À chaque fois, je suis allée jusqu'au bout du 'process' mais sans jamais être retenue, indique-t-elle. Les RH t'expliquent soit qu'il n'y a plus d'argent pour le poste, soit qu'ils ont recruté en interne. Mais il faut être réaliste, il y a des candidats expérimentés qui acceptent le poste avec un salaire de débutant comme moi", soupire-t-elle, "sans compter tous les stagiaires qui nous prennent aussi nos places."

Mais dépuis l'arrivée des beaux jours, les filles affichent un certain optimisme : pour cause, leur situation a récemment évolué. Il y a un mois, Charlotte a dégoté un CDI dans la communication "grâce au réseau". Marine s'est, elle, lancée en tant qu'auto-entrepreneur et a trouvé un CDD de trois mois.

"Avec le boulot qui se concrétise, on n'a plus le temps de s'occuper de notre page Facebook, commente Charlotte. On va devoir passer le relais pour que les "bomeuses" continuent d'exister. C'est important que les jeunes au chômage gardent la face !" Après avoir posté sur leur page une "offre de non-emploi. Poste : bomeuse" à temps plein", elles ont recruté une jeune fille, "bomeuse elle aussi", précisent-elles.

Première publication : 03/05/2013

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