France 24

Toute l’actualité, l’actualité dans le monde et l’actualité internationale, 24/7

Vendredi 10 juillet 2009

Le débat de France 24

Sylvain Attal est le présentateur du "Débat de FRANCE 24", le talk show quotidien. Regardez l'émission à 19h (GMT+1) chaque soir du lundi au vendredi. Pour vous renseigner sur les prochains invités, lisez son blog sur France24.com.

  • lundi 28 janvier 2008

    Obama, l'homme à abattre

     
    Dans le camp Clinton, l'affolement suscité par la victoire d'Obama dans les caucus de l'Iowa a cédé le pas à un calcul cynique et dangereux. Puisque le grand rival, déjà considéré comme plus sincère et meilleur pour la cohésion sociale du pays, était capable de l'emporter dans un Etat très largement "blanc", il fallait d'urgence le faire rentrer dans le rang. Le ramener à ce qu'il n'aurait jamais du cesser d'être: Le candidat des Noirs.
     
    Hillary Clinton a à peine fait campagne en Caroline du Sud, laissant ce soin à son mari, pendant qu'elle parcourait les tréteaux en Californie. A l'annonce des résultats, elle a rapidement félicité son adversaire et s'est dite impatiente que les choses sérieuses commencent, le 5 Février. Sous entendu: Obama a gagné en Caroline du Sud. Ok, Bravo. Mais au fond, quoi de plus normal puisque c'est un Etat "Noir". Ce sous-entendu, venant après les attaques au dessous de la ceinture de Bill, témoigne de ce que sont vraiment les Clinton : Des petits parvenus sans foi ni loi, qui veulent laisser croire que la présidence leur revient en raison de leur rang, de leur antécédents et d'une supposée compétence naturelle, que les sondages semblent, allez savoir pourquoi, leur reconnaitre. Il s'emploient à persuader les électeurs démocrates tentés de voter pour le jeune sénateur de l'Illinois, sa fraicheur, ses promesses de renouvellement, qu'une majorité  d'Américains n'est pas encore prête à installer un Noir dans le bureau ovale, et donc que leur vote serait contreproductif. C'est pourquoi les militants d'Hillary ont cru trouvé la parade en expliquant que, bien entendu, le très doué Barack serait un jour président des Etats Unis, mais pas cette fois-ci. Trop tôt...
     
    Dans l'Ouest, Hillary a même fait pire en montant les Hispaniques contre les Noirs . Dans plusieurs Etats de l'ouest les "latinos"sont légions, parfois même, dans certaines villes comme L.A., une majorité de la population. Or, ils ont l'impression que leur promotion économique et politique a été retardée par les avantages dont jouissent les Noirs en raison du principe de discrimination positive, et du clientélisme démocrate. Ils sont prêts à bloquer l'ascension d'un Noir, d'autant plus qu' ils n'éprouvent, eux, aucun sentiment de culpabilité pour l'esclavage...ils n'étaient pas encore là. Dans le Nevada, ils ont fait basculer le vote démocrate en faveur de Clinton. Forte de ce succès, elle espère que les mêmes ressentiments communautaires lui permettront de gagner la Californie, et de s'envoler irrésistiblement vers l'investiture.
     
    Il y a déjà eu des candidats démocrates Noirs dans les primaires, mais c'était seulement pour mettre un peu d'animation dans la campagne, fidéliser l'électorat noir déjà très captif. Au fond, le candidat Noir servait de lièvre dans la course. Tout le monde, à commencer par les électeurs démocrates étaient bien convaincu qu'il n'avait aucune chance de s'installer à la maison blanche. C'est pourquoi, une fois effectué un ou deux tours de piste, en forçant le trait sur les thèmes "de gauche", il finissait en général par se retirer gentiment au profit du favori campant sur des positions centristes. C'est ainsi que l'électorat noir restait, et reste encore accroché au Parti Démocrate. L'ennui avec Obama, c'est qu'il a refusé de jouer ce petit jeu, n'a jamais voulu faire de sa couleur de peau un argument électoral, et n'a jamais cédé à la surrenchère gauchiste. Attitude qui l'honore, que nous autres européens comprenons bien, mais qui, dans une société communautariste relève de la gageure.
    Clinton est considérée comme la grande favorite des primaires.
     
    Pourtant, je n'exclue pas totalement une surprise Obama, j'avoue même que je la souhaite. D'ailleurs la stratégie- risquée- des Clinton montre bien qu'ils ont senti le danger: Voici un candidat Noir qui attire bien au delà de sa clientèle "naturelle". Qui est capable de gagner des Etats Blancs ou, pour le moins, de réaliser des scores dans la population blanche bien plus élevés que d'habitude un Noir.
    Pour couronner le tout il a reçu le soutien de personnalités historiques du parti, comme Edward Kennedy.
    Compte tenu de ce qu'est l'histoire des Etats-Unis, il est certes difficile de parier sur l'élection d'un Président noir. Pourtant, cela finira bien par arriver un jour. Tout candidat démocrate, c'est à dire censé promouvoir les droits des minorités, serait bien inspiré de ne pas faire un usage politicien des questions raciales. D'autant plus que, pour les démocrates, c'est jouer avec le feu. Si Obama est un mauvais candidat, autrement qu'en raison de sa couleur de peau, il faut dire pourquoi, entrer dans le débat d'idées. Autrement, si la primaire se polarise excessivement sur les questions de couleur, une part plus ou moins grande des électeurs blacks qui se sentiraient légitimement floués, voire insultés, pourrait rester à la maison en novembre, faisant ainsi perdre la Maison bBlanche aux démocrates. Ce phénomène pourrait être encore amplifié si le candidat républicain est John Mc Cain, un homme tolérant et favorable à l'égalité raciale.
    L'élection du prochain président américain est bel est bien devenue, du fait des Clinton, une affaire raciale.

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  • samedi 19 janvier 2008

    Fumer comme un turc...dans son bain

     
    Depuis le 1er janvier le cendrier est une relique archéologique. Direction le musée. La rue est devenue un cendrier. Curieux, je n'ai pas l'impression que ça ait fait avancer pour autant la "politique de civilisation". Au contraire.
     
    Il se passe aussi un truc bizarre : J'ai arrêté de fumer (des cigarettes) voilà plus de 7 ans (très exactement- je m'en souviens c'était insupportable- depuis le jour de la finale du championnat d'Europe 2000 remportée aux tirs aux buts par la France contre l'Italie), et pourtant voilà : je n'ai jamais eu autant envie d'en fumer que depuis que le couperet de l'interdiction est tombé. J'ai l'impression de commettre un acte de résistance, de partager le sort de ces pauvres accrocs que l'on traquera bientôt jusque sur les trottoirs, pour tapage. Il parait que ça rit fort le soir un fumeur, surtout quand il a un peu bu. Alors, couic... une fois que sera passé un dernier délai de grâce de quelques mois on leur coupera définitivement le sifflet. Certains s'attendent d'ailleurs à la prochaine étape de la politique hygiéniste : l'interdiction de l'alcool. Si la France ne produisait pas autant de vin ce serait d'ailleurs fait depuis longtemps. Comment ? Vous dites que l'alcool, à la différence du tabac, ne tue que ceux qui en consomment directement ? D'abord c'est oublier les accidents de la route, les femmes battues et autres crimes commis sous l'emprise de l'alcool. Bientôt les activistes des ligues de vertu moderne nous expliqueront ce qu'ils entendent par "alcoolisme passif". Bien sûr ce concept n'aura pas plus de rigueur scientifique que celui de "tabagisme passif". Les médecins sérieux savent qu'il a été forgé car c'était le seul moyen de parvenir à une prohibition totale du tabac.
     
    Donc les fumeurs font-pour l'instant- le trottoir. Mais où fumer un cigare désormais? Mieux vaut avoir un grand chez soi si l'on est adepte de cette pratique éminemment civilisée. Si l'on a, bien sûr, la courtoisie élémentaire de ne pas l'imposer à son entourage. Fumer le cigare était déjà particulièrement onéreux (mais plutôt moins, et moins sot que de bruler de l'essence dans une voiture), cela (re) devient un luxe, depuis que les quelques bars "havanophiles" ont fermé leurs portes aux porteurs de "puros". Il se dit même que les fumeurs les plus aisés louent des appartements en ville, des sortes de garçonnières à volutes, aux seules fins d'y faire, en compagnie, quelques cendres.
     
    On se prive, on se cache, on se retranche. On imagine que c'est ça l'Europe de demain: 300 millions de citoyens infantilisés. Plus si on compte les turcs. Car eux aussi s'y mettent. Ah, vous pensiez les tenir hors du club encore longtemps comme ça: Pensez! Trop incorrigiblement orientaux pour comprendre que fumer n'est pas "civilisé"? On ne parviendra jamais à obliger un turc à se couper de sa clope ou de sa chicha. Seront jamais aux normes les turcs. Raté. Ni une ni deux, le gouvernement turc viens de nous faire la démonstration du contraire. Il en veut tellement de l'Europe qu'il est prêt à y entrer même si c'est un espace non fumeur. Il prend même les devants: parait-il qu'en Turquie l'interdiction s'étend désormais aux voitures personnelles. C'est aussi prévu ici, sachez le bien, comme me l'a confirmé "entre4zyeux", le député ayatollah Yves Bur: "pour protéger les enfants des parents qui fument". Je lui ai alors objecté: parce qu'il faut une loi (ou un décret en l'occurrence) pour que les parents songent à la santé de leurs enfants? Drôle de civilisation. Ça l'a tellement énervé qu'il m'a traité de journaliste malhonnête. Encore un peu j'étais bon pour un camp de rééducation à l'air pur, mais la civilisation ne les a pas encore inventé.
     
    Sinon, amis fumeurs, il vous reste une solution: fermez les portes, ouvrez les fenêtres, même en hiver, et transformez votre salle d'eau, en bain...turc.

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  • mercredi 9 janvier 2008

    Do you speak français ?

    Un billet pro domo ? Après tout pourquoi pas…Notre président 100000 volts (comme on disait jadis de Gilbert Bécaud) a fait très fort lors de sa conférence de presse. Rien ne lui fait plus peur. Et comme ça va bien du côté cœur, même la situation économique internationale ne l’inquiète pas (« si j’étais inquiet je ferais pas président de la République ! »). Bien. Sauf que parfois à force d’être survolté, on disjoncte.
    Nicolas Sarkozy voudrait donc que France 24 parle à l’avenir français. Et seulement français. Car « pour être compris dans le monde il faut parler français » (sic). Par-dessus le marché, le chef de l’Etat ne veut pas que l’argent du contribuable français serve à financer une chaîne qui ne parle pas français.
    D’abord, j’ai cru ne pas très bien avoir entendu. On peut dire ce que l’on veut de Sarkozy, sauf qu’il n’est pas intelligent. Comment a-t-il donc pu, même pour « contribuer à un débat encore ouvert » comme nous l’ont aussitôt assuré ses conseillers embarrassés, énoncer une telle ineptie ?
    Une explication revient souvent autour de moi : Comme le raconte Catherine Nay , quand il était étudiant, le petit Nicolas excellait en tout, sauf…en anglais.
    La défense de la francophonie est un devoir, évidement, d’où l’existence de la version française de France 24. Mais, si l’on veut vraiment que la France dispose d’une télévision internationale à la hauteur de ses ambitions et de son rayonnement, surtout quand on plaide pour une « diplomatie de la diversité et de la réconciliation », comment faire l’impasse sur l’anglais, langue la mieux comprise dans le monde ? Le président ne sait-il pas que tous les concurrents de France 24 rivalisent d’audace pour la déclinaison de leur marque dans un maximum de langues possibles. Ainsi, lors de son dernier passage à Paris, le pdg de BBC World annonçait le lancement de 33 nouvelles langues, dont le farsi et l’arabe, dès 2008 ! Et c’est le moment que nous choisirions pour nous replier sur le français ? CNN a opté pour la franchise dans des pays comme l’Espagne ou la Turquie, dans les langues locales.
    Tout cela est une question de gros sous au bout du compte. Mais n’en déplaise aux militaires, on peut se demander ce qui, au XXIème siècle, est plus stratégique en matière d’influence internationale : Une télévision mondiale déclinée dans toutes les grandes langues parlées ou, disons, un deuxième porte-avion ?

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  • jeudi 20 décembre 2007

    Brèves de fin d'année

     

    - Deux traders de chez Goldman Sachs (New York) vont gagner cette année entre 5 et 15 millions de dollars de bonus. Dans leurs analyses de marché ils avaient prévu la crise des "subprimes" et ont convaincu leur chef d'équipe qu'il fallait prendre des positions à la baisse sur ce titres. Conséquence: ils ont fait gagner 4 milliards à la firme, à rapprocher des 2 milliards perdus sur les "subprimes", que dans le même temps d'autres banquiers de Goldman Sachs continuaient de faire acheter à leur clients! Vive la crise!

     

    - La conférence de Bali s'est terminée sans accord sur une réduction quantifiée des émissions de gaz à effet de serre, mais sur un engagement des pays en développement de participer à l'effort global. 

    C'est déjà ça. A Kyoto, les mêmes ne voulaient absolument pas en entendre parler, considérant que c'était aux pays développés de réparer leurs erreurs. Entre-temps la Chine est devenue aussi productrice de CO2 que les Etats-Unis. Cela dit, l'objectif de réduction de 50% les émissions d'ici 2050 reste très hypothétique. 

    Les spécialistes considèrent que c'est un seuil minimum pour contenir à 2°C le réchauffement climatique...à la fin du siècle. D'ici là, en effet, la situation ne fera qu'empirer car il faut que le stock de

    CO2 constitué (et qui continue d'augmenter) s'évacue. Il y a une obligation morale à prendre néanmoins le problème à bras le corps. 

    Une question reste toutefois en suspend: Le progrès technique, les économies d'énergie, le recours aux énergies renouvelables seront ils suffisants pour faire face à la demande mondiale croissante d'énergie, ou bien allons nous devoir changer de façon de vivre? En attendant rassurons ceux qui se demandent comment faire un Noël écologiquement responsable. Ce soucis est louable mais ses conséquences ne sont même pas infinitésimales...

      

    - Après Annapolis, Paris, où les Palestiniens ont moissonné 7 milliards et demi de dollars de (promesses de) dons sur 3 ans. Les trois quarts de la somme de ce "Palesthon" serviront à payer les arriérés de salaires de la pléthore de fonctionnaires qu'il a fallu créer pour compenser l'asthénie économique des territoires. S'il y a bien une chose qui ne manquera pas dans le futur Etat, c'est bien de fonctionnaires! Pour qu'il y ait une réelle amélioration de l'économie il faudrait que les Palestiniens, personnes et biens, puissent circuler librement d'une ville de la Cisjordanie à une autre. Ne parlons même pas de Gaza d'où même les malades ne peuvent pas sortir. 

    Les Israéliens expliquent, et ils ont sans doute raison, que la levée immédiate des blocages laisserait passer les Palestiniens mais aussi les bombes humaines et qu'au premier attentat à Tel Aviv tout le processus s'écroulerait. La solution est donc de restaurer au plus vite la capacité des palestiniens à lutter contre le terrorisme, car la volonté d'Abbas et du Fatah parait ne plus manquer.

     

    -Tout le monde le redoute : Ingrid Betancourt est trop précieuse pour que les FARC ne la garde pas avec les derniers otages (ils sont une quarantaine, certains retenus depuis 10 ans). On pourrait en déduire que la médiatisation de son calvaire a eu des effets pervers. C'est tout le contraire. Car même les FARC, isolées dans la jungle et tout marxiste-léniniste qu'elles prétendent être restées font partie du "village global". Ils reçoivent les chaines par satellite et diffusent leurs communiqués par internet. Ils en deviennent forcément sensibles à l' image qu'ils donnent d'eux même. D'où ce premier geste qui peut être suivi par d'autres. A condition de ne surtout pas céder quoi que ce soit.

     

    - Sarko et Carla. On entend plus parler que de cela dès que l'on met (prudemment et bien couverts) le nez dehors ces jours-ci. Cela passionne et amuse les Français qui ne sont surement pas dupes pour autant. Je ne rentrerai pas dans le débat sur la mise en scène de la vie privée du président. Est-ce une rupture avec l'hypocrisie du passé? Un signe de modernité "kennedien"? Un envahissement de la com? 

    Un peu de tout cela sans doute. Bornons nous à relever qu'avec Sarkozy, mais aussi avec Royal, la France est entrée dans une « peopolisation » à l'américaine de sa vie politique. Jusqu'ici en Europe, à part Berlusconi, aucun leader n'était allé aussi loin. Au début du XXème siècle on pouvait être élu sur ses seules compétences politiques ou politiciennes. Le look ne comptait pas. A la fin du dit siècle il était devenu indispensable de maitriser les medias et en particulier de bien passer à la télévision. Désormais impossible d'être élu et de durer sans mettre en pratique les recettes marketing des stars de la télé et du show biz avec la presse people:  La vérité compte peu ou pas. Il faut qu'ils racontent, écrivent et mettent en scène à leur intention et en permanence une, ou des histoires privées bien glamour et limiter, par ailleurs, leur curiosité sur les aspects de leur intimité qu'ils souhaitent vraiment cacher. Pour l'instant la presse française se prête assez bien au jeu. Jusqu'à quand?

     

    - Vengeance sur Internet : La pauvre Laure Manaudou en a fait les frais. Désormais les people devront prendre garde: Une rupture un peu mouvementée... et hop! A poil sur internet. Espérons que l'amie du Président n'aime pas prendre de photos, activité à laquelle on le sait nombre de jeunes couples mus par une passion réciproque aiment s'adonner. Une solution: faire signer un contrat avant tout rapport sexuel assurant que l'on ne cache aucun appareil photo ou vidéo. Vive l'amour! Allez, bonnes fêtes à toutes et à tous!

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  • mercredi 28 novembre 2007

    DENISE AFFONCO, RESCAPEE DE L'ENFER KHMER ROUGE

    L’entretien de France 24 : Denise Affonço, rescapée de l’enfer Khmer rouge


    Voir l'Entretien


    C’est une petite dame très digne. Son livre n’aura jamais de prix littéraire, d’ailleurs ce n’est pas un roman. Justement. Lors de l’enregistrement, nous étions tous, sur le plateau comme en régie, au bord des larmes. Pour la première fois, je me suis demandé si j’allais être capable de terminer une interview. Après, nous avons tous eu besoin de l’embrasser. De serrer dans nos bras ce petit morceau d’humanité martyrisé… De lui demander pardon. En notre nom à tous, le notre celui de nos ainés qui n’ont pas su ou pu la protéger.
    Je venais juste de terminer, déchiré, la lecture de son récit « La digue des veuves », aux Presses de la Renaissance. Bien trouvé l’éditeur car Denise Affonço, franco-cambodgienne, est revenue à la vie après quatre ans (entre 1975 et 1979) passés dans les camps de concentration à ciel ouvert des Khmers rouge pendant lesquels elle est morte plusieurs fois. Sa fille, elle, est morte de faim, à l’âge de 9 ans, sous ses yeux. Comme elle était trop jeune pour trimer comme les autres du lever du jour au coucher du soleil, sept jours sur sept, ses bourreaux ne lui donnaient qu’une demi-ration de riz. Les privations de sa mère n’ont pas suffi à la sauver. La pauvre fillette est morte, non sans avoir demandé pardon à sa mère pour avoir « été méchante avec elle ». Les jours qui ont précédé sa mort, Jeannie, possédée par le démon de la faim avait insulté sa mère parce qu’elle ne la nourrissait pas assez. Comment peut-on jamais se remettre d’un tel supplice ? Toute la famille de Denise a connu le même sort. Son mari, un intellectuel communiste, a été exterminé dans un « camp de redressement ». Quant les Khmers rouge sont arrivés à Phnom Phen, il était pourtant enthousiaste. Les révolutionnaires allaient, pensait-il les débarrasser du régime honni de Lon Nol. Denise, citoyenne française, aurait pu être évacuée. Mais pas son compagnon et père de ses enfants. D’autres femmes ont fait ce choix et n’ont jamais revu leur mari, mais comme dit Denise, aucune n’a la conscience tranquille. Denise est donc restée et n’en veut même pas à la France pour avoir eu un cœur de pierre.
    Il ne reste à Denise qu’un fils, Jean-Jacques, réfugié en France comme elle. Il avait douze ans à l’époque et fut traité comme adulte. C'est-à-dire envoyé au travail forcé, séparé de sa mère et constamment battu. Sous alimenté, sa croissance s’en est ressentie mais il doit néanmoins à ce traitement d’avoir eu la vie sauve. Il n’y avait pas de chambre à gaz au Cambodge, mais on exterminait tout aussi sûrement par la famine et les maladies. Avec les cadavres, les SS khmers fabriquaient de l’engrais humain…
    Aujourd’hui Jean-Jacques a 43 ans. Il a encore du mal à regarder des scènes de violence trop réalistes à la télévision, et croit toujours que son père est vivant.
    Tous les récits des survivants d’un génocide se ressemblent.
    Celui-ci s’est déroulé, avec la complicité de la Chine, sans réaction des « nations du monde libre », trente ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. A part quelques lampistes, les responsables n’ont pas été jugés. Pol Pot est mort dans son lit. Il y a eu d’autres génocides depuis. Rien ne change. Et c’est ça qui est vraiment à pleurer.

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  • lundi 19 novembre 2007

    Faut-il bombarder l'Iran ?

    En cas d’attaque américaine, l’Iran se servirait-elle du pétrole comme d’une arme politique ? « Nous ne resterons pas les bras croisés » déclare l’ambassadeur d’Iran dans le débat de France 24.
     
    Depuis maintenant des mois la question est là , angoissante. Il n’est pas facile d’y répondre, encore moins de décider l’implication de son pays. Commençons par ce qui ne fait guère de doute : La république islamique d’Iran cherche bien à se doter d’une capacité de dissuasion ou d’intimidation nucléaire. Cette perspective est dangereuse, non pas tant en raison des menaces sur Israël (qui ne sont pas des menaces d’agression militaire, il faut le souligner), qu’en raison des risques de dissémination dans les autres pays de la région, inquiets de voir la grande puissance chiite accéder au club envié et prestigieux des nations disposant de « la » bombe. Si le monde laisse l’Iran disposer d’un arsenal nucléaire, ces pays accélèreraient alors leur course anarchique vers l’atome militaire. Le vrai danger serait alors de se retrouver un jour, en raison de cette prolifération, face à des dizaines ou des centaines de bombes sales aux mains de terroristes qui pourraient s’en servir sans encourir, comme l’Iran, le risque d’une réplique nucléaire immédiate sur leur territoire, c'est-à-dire l’enfer…
    Il est donc important d’empêcher l’Iran de faire aboutir son projet. Ce constat ne permet pas de répondre plus facilement à la question, la seule, attaquer ou non un Etat souverain. Certains pensent que le bombardement de l’Iran serait une folie pour de mauvaises raisons. Partisans en toute circonstance de l’apaisement ceux là sont de toute façon incapables, à l’image des munichois de jadis, d’envisager la guerre, même pour éviter un péril encore plus grand. D’autres ont de meilleurs arguments, tel Martin Van Crevel, spécialiste des questions stratégiques, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, qui
    expliquait récemment pourquoi le bombardement de l’Iran serait à la fois sans risque majeur pour les Américains (et leurs alliés), en raison d’une surestimation des capacités de réaction iranienne… mais pourtant sans intérêt car ayant peu de chance de toucher au but.
    Les iraniens doivent se sentir vulnérables puisque, devant les autres chefs d’Etat des pays de l’Opep ce week-end, leur président a menacé, en cas d’affrontement avec les Etats-Unis, de recourir aux bonnes vieilles méthodes années 70 : coupure du robinet et blocage du détroit d’Ormuz. C’est peut-être du bluff, mais le marché-assez nerveux ces jours-ci- a aussitôt été repris par sa fièvre haussière.
    Ce soir, sur le plateau du débat, l’affable ambassadeur iranien soufflait comme toujours le chaud et le froid, assurant que l’Iran ne souhaitait pas faire un usage politique du pétrole, mais qu’il ne resterait pas non plus les bras croisés. Comprenne qui pourra.
    Alors que faire ?...La non plus aucune réponse n’apporte une assurance de succès. Sans doute peut-on prendre des sanctions plus sévères contre l’Iran, par exemple sur ses approvisionnements en pétrole raffiné, puisque Téhéran importe-un comble !- un tiers de sa consommation, en raison d’une trop faible capacité de raffinage.
    On ne serait pas à l’abri d’une riposte « pétrolière », mais, comme le soulignait Pierre Terzian, de toute façon le marché spécule à la hausse dès que les rumeurs de confrontation sont confortées par l’actualité. Comme disait le Général, la politique (de la France) ne se fait pas à la corbeille. Et puis cela vaut sans doute mieux que de ne rien faire.
    Les Iraniens peuvent se braquer, surréagir, mais on peut avoir une bonne surprise. L’Iran est un pays paradoxal. Ce n’est pas une démocratie, mais il y a une opposition et des élections et la situation économique du pays n’est guère reluisante. Les Iraniens commencent à se rendre compte que leur turbulent président n’a tenu aucune de ses promesses. Et puis, tout le monde le sait, il faut s’habituer à vivre avec un pétrole cher.
    Raison de plus pour éviter de se montrer pusillanime.

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  • jeudi 1 novembre 2007

    Attention danger, enfants

    Les enfants. Il faut faire très attention avec les enfants et surtout s'ils se retrouvent pris au milieu d'un choc de civilisations, de cultures, d'opinions, de race, de religion, j'en passe. Voir Guy Môquet. Voir il y a très longtemps (qui s'en souvient?) la pénible affaire Finaly qui, un demi siècle après l'affaire Dreyfus, faillit encore couper la France, ses intellectuels, en deux. Voir les pseudos orphelins du Tchad (ou du Darfour, on ne sait plus) arrachés à leurs parents avec la complicité de quelques chefs de tribus. Pathétique épopée de quelques illuminés de l'humanitaire qui pensaient sans doute savoir mieux que de pauvres sauvages ce qui était bon pour les (leurs?) enfants. Quoi? On ne va pas chipoter avec les lois locales quand ils s'agit de sauver les enfants. Une bonne éducation à l'occidentale, les bonnes manières, des vêtements propres valent quand même mieux que la vie dans des camps de fortune. Même avec papa et maman. Ce raisonnement a un nom, celà s'appelle du néo- colonialisme. Avec ses bonnes intentions et même ses "côtés positifs". Mais néo coloniales quand même, voire un tantinet raciste.

    Bien sûr, Idriss Déby, avec ses grotesques accusations (pédophilie, trafic d'organe, esclavage) s'y entend à merveille pour réveiller les "vieux démons", et faire sangloter l'homme blanc. Comme Khadafi avec les infirmières bulgares, le président tchadien fait sa petite tambouille politique sur le dos des occidentaux. Sauf que les infirmières étaient, elles, totalement innocentes. L'affaire ne sent pas bon du tout, et, celà n'a pas manqué, il y a eu à Abéché des manifestations anti-occidentales, durant laquelle la foule chauffée à blanc (sans jeu de mot) a failli lyncher.


    Il faut certes veiller à ce que les droits des accusés soient respectés, en fonction des règles internationales, mais dans un premier temps se mobiliser pour les deux journalistes scandaleusement traités comme des complices. Sans doute parce qu'ils sont Français et blancs comme les aventuriers de l'arche de Zoé. Il faut dire que c'est aussi du racisme. (On peut signer la pétition exigeant la libération des journalistes ici) Comment traitons-nous les enfants? Les notres bien sûr, mais aussi ceux des "autres".Quand ils sont "sans papiers", la police française les piège, et leurs parents aussi, à la sortie des écoles, où les poursuit chez eux. De temps en temps en tentant de s'enfuir par le balcon, il y en a un qui tombe (A Amiens, le jeune russo-tchétchène Ivan Demsky débouté du droit d'asile , lui et ses parents). Il éviter tout vision angélique de l'immigration. Mais affirmer aussi que la politique doit se faire au niveau européen et qu'une fois passées les frontières, même clandestinement on ne peut traiter de la sorte des êtres humains.


    En Inde, 60 millions d'enfants seraient au travail. Payés moins, beaucoup moins qu'un  dollar par jour. Quand ils sont payés. L'enquête clandestine publiée par l'Observer britannique a montré que des gamins de 10 ans étaient vendus par leurs parents contre une misère pour travailler 16 heures par jour dans des ateliers de confection poisseux et n'étaient même pas payés. Quand ils ne sont pas assez vaillants on les bat. C'est Oliver Twist à New Dehli, au XXIème siècle.
    Qui doit-on blâmer ? La firme Gap, américaine, qui entend participer à la lutte contre le sida en Afrique et qui,malgré ses engagements à banir le travail des enfants, sa collaboration avec les ONG, ses 90 inspecteurs, ne peut contrôler jusqu'au moindre sous-traitant indien ? 

    Ou bien le gouvernement indien qui ne semble pas très empressé de faire respecter ses propres lois ? C'est au choix, selon ses préjugés altermondialistes ou occidentalistes. Mais la vérité est qu'ils sont également responsables. Gap sait très bien qu'il ne paye pas à ses fournisseurs un prix juste, susceptible de garantir un échange équitable, et qu'il exige des délais de livraison tellement courts qu'il les oblige à sous-traiter à n'importe qui. Le gouvernement indien ne peut s'exonérer de sa responsabilité et ses protestations sont ridicules (il accuse l'Europe de préparer des mesures protectionnistes, au nom de la protection des enfants). Le pire, c'est que les deux calculs sont également contreproductifs. En ne garantissant pas l'éducation la plus avancée à ses enfants l'Inde qui manque déjà d'ingénieurs ne prépare guère son propre avenir qui sourira aux pays dont la population jouira du meilleur niveau de formation.

    Gap se tire aussi une balle dans le pied. Les dégâts d'image de cette affaire vont lui couter très cher. La mère ou le père de famille européen ou américain hésitera sans doute un peu plus avant d'entrer dans un magasin Gap pour y acheter à son enfant un vêtement pour lequel un autre gamin moins chanceux aura trimé pendant que le leur allait à l'école. De surcroit, les ventes de Gap  baissent déjà parce que l'enseigne peine à renouveler ses collections assez rapidement. 


    La mode change vite et l'avenir est aux circuits courts. En comparaison, Zara s'en tire beaucoup mieux. Au lieu de presser les sous-traitants et s'exposer à une mésaventure comme celle de Gap en Inde, l'enseigne espagnole a "relocalisé" sa production en Afrique du Nord. Les salaires y sont (un peu) plus élevés qu'en Inde mais elle n'y perd pas beaucoup car aujourd'hui les coûts de main d'œuvre représentent une part très modeste, autour de 10%, du  prix de vente final d'une chemise ou d'un T shirt de marque. A la caisse, nous payons surtout pour les dépenses de marketing et de transport de la marque en question. Mieux, il s'avère que le prix d'un vêtement est aussi, et peut-être surtout, une affaire de communication! Si Gap-qui a annoncé qu'il allait détruire la marchandise "made in India" concernée par le scandale, manifestait ne serait-ce qu'une intention de produire ailleurs, cela ferait peut-être réfléchir les autorités indiennes.
    Leçon de ces histoires: Quand nous jouons avec les enfants, nous ne perdons rien à faire en sorte que ce soient eux les gagnants.

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  • lundi 22 octobre 2007

    ADN, Guy Môquet, pourquoi la gauche va dans le mur

                   
    Bernard Henri-Levy (il sera l’invité de l’entretien le 25) explique dans son dernier essai ("Ce grand cadavre à la renverse"-Grasset), qu'être de gauche c'est d'abord affaire de réflexe. J'aime bien cette idée, si elle veut dire rester en éveil, en alerte, se porter spontanément au secours d'une victime d'injustice. La Justice avant l'Ordre, LA leçon de l'affaire Dreyfus. Bien. Mais ça ne doit pas empêcher de réfléchir aussi. Or, je ne comprends pas l'attitude stéréotypée de la gauche dans l'affaire des tests ADN. Je dis tout de suite que cet amendement du député Mariani me parait être une ânerie. Je trouvais réducteur cette conception biologique de la famille, scandaleux qu'on opère une sélection par l'argent en prévoyant que le test était à la charge des candidats au regroupement familial, dangereux que les pères soient testés et que des secrets de famille puissent ainsi voler en éclat. Mais je n'ai jamais compris le pilonnage de la gauche sur "le rappel des pires heures de notre histoire", des rafles de Juifs, l'accusation de fascisme, d'eugénisme, et j'en passe. C'était un amendement réac qui a été totalement vidé de son contenu et qui peut même éventuellement permettre de lever des soupçons, donner un coup de pouce à des dossiers qui sont aujourd'hui rejetés parce que les autorités administratives n'ont pas confiance dans les documents d'état civil présentés. On a même prévu que ces tests devaient être effectués sous le contrôle d'un magistrat. Ce n'est quand même pas la peine de convoquer Vichy, en un réflexe pour le coup très pavlovien.

    Et que dire aussi du refus de certains profs (de gauche on l'imagine) de lire aux élèves la lettre de Guy Môquet? Uniquement parce qu'ils n'encadrent pas le Président qui en a décidé ainsi ? On le craint. Ils évoquent leur souci de ne pas être politiquement manipulés, récupérés, instrumentalisés. De quelle manipulation s'agit-il ? Le martyr du jeune Guy Môquet est un symbole qui a ému Sarkozy et qu'il veut donner en exemple aux jeunes collégiens et lycéens. Bien sûr, les profs ne sont pas de simples fonctionnaires aux ordres, qu'il ne faut pas s'arrêter là et qu'une explication s'impose ensuite dans laquelle les enseignants peuvent faire leur boulot. Par exemple rappeler le rôle du PCF entre 1940 et 1941? Pourquoi pas. Et si c'était cela qui les gênait? A moins qu'il ne s'agisse que d'un pur réflexe sectaire. Touche pas à mon Guy Môquet. Pourtant il y aurait beaucoup à dire autour du destin de ce jeune homme victime du totalitarisme français (Là dessus BHL a raison de relever les erreurs historiques commises par Sarkozy), choisi par Vichy-le vrai Vichy pas celui que fantasme notre gauche- pour le peloton d'exécution après un attentat anti nazi, simplement parce qu'il était communiste et fils de communiste, et pour épargner d'autres Français "innocents". Vous croyez que ce n'est pas universel et actuel comme histoire, et que ça ne mérite pas d'y consacrer une heure dans les écoles?


    Sur ce sujet, ce soir dans l’entretien : Henri Rousso, président de l’Institut d’Histoire du temps présent.

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  • mardi 9 octobre 2007

    Le fossile et le marteau


    Il ne faut surtout pas manquer ce débat de France 24 : « Le Che, saint ou bourreau? ».

    Le Che est mort il y a 40 ans, mais « le mur de Berlin ne s’est pas effondré sur lui » dit joliment Jean Ortiz, auteur de « Che plus que jamais », ouvrage collectif et, comme son nom l’indique, hagiographique consacré à la pensée et à l’actualité du commandante. Tout est là. Pour la gauche radicale, extrême, mouvementiste, gauchiste, altermondialiste etc…à laquelle s’adjoignent tardivement les lambeaux du Parti communiste…Le Che, c’est le marxiste léniniste qui ne veut pas mourir. L’idéologie et son cortège de crimes a beau s’être effondrée partout, sauf précisément à Cuba et en Corée du Nord, la survivance du mythe Guevara porte en elle la promesse que l’histoire peut toujours se répéter. Que l’ Amérique latine fera mentir le proverbe. Tous ensemble vers un nouveau grand soir dans ce continent victime par excellence de l’impérialisme yankee ! Le communisme est mort, vive le communisme ! Et si l’on fait remarquer que Cuba n’en finit pas d’agoniser, Ortiz, modèle de communiste fossilisé, martèle que « Cuba est dans une phase de transition vers le socialisme ». Une transition qui a tendance à durer. L’inquiétant c’est qu’avec lui, l’histoire se mettrait à bégayer sans avoir rien appris des errements passés.

    Dans le numéro hors-série de l’Huma consacré au Che, pas un article sur la « face cachée du Che » révélée par le livre éponyme de l’opposant cubain Jacobo Machover : pas la moindre trace des témoignages de ses anciens frères d’armes (« Il tuait comme on avale un verre d’eau »), des procès expéditifs, des exécutions sommaires d’anciens batististes, mais aussi d’innocents choisis presque au hasard, pour l’exemple, parfois seulement parce qu’ils portaient l’uniforme de la police. Comme Rafael Garcia, 26 ans, injustement accusé de l’assassinat d’un membre du mouvement castriste du 26 juillet, et que le Che, superviseur de l’épuration au lendemain de la révolution, envoya au peloton d’exécution tout en le sachant innocent.

    La dernière lettre de Garcia a sa jeune épouse en rappelle une autre, celle de Guy Môquet : « Mon amour adoré, ceci est la dernière lettre de ma vie. Nos quatre mois de mariage furent les plus beaux du monde. Je suis fier de ma famille. Je vous aime à la folie. La seule chose qui me peine est que je meurs innocent. Je dois te laisser mon amour, car je crois qu’ils viennent me chercher. Rendez-vous dans l’autre vie ou nous nous retrouverons, ma chérie. Rafael. » Aucune révolution, aucune épuration ne se fait sans drame. C’est précisément pour cette raison que la gauche anti-totalitaire parvint à la conclusion que la révolution n’était, tout compte fait, pas souhaitable. C’était avant les révolutions « de velours » à l’Est de l’Europe qui se libérait tranquillement du communisme. Mais comment peut-on encore parler aujourd’hui, comme le fait Patrick Le Hyarrick, le directeur de l’Humanité de « l’humanisme de Che Guevara » ?


    Amusant, d’ailleurs, de voir comment les communistes français aux abois tentent de récupérer aujourd’hui le mythe, en soulignant la « fraicheur » et « l’éthique » (sic) du marxiste du médecin argentin qui fut décrété « cubain de naissance » par le régime castriste. A deux ou trois reprises, en effet, Guevara n’avait pas ménagé le Komintern . Moscou, et en France le camarade Maurice Thorez, se méfiaient il faut le dire beaucoup du guérillero excité de la Havane (Castro aussi, à la fin, qui l’envoya se faire tuer ailleurs, ce qui fut fait). Aujourd’hui, l’Huma encense le Che, en escamotant ses crimes et en prenant ainsi le risque de reproduire les mêmes erreurs qu’avec ceux du stalinisme, reconnus après la bataille, sous la pression des évènements. Oui, décidément, le (grand) cadavre bouge encore…

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  • jeudi 13 septembre 2007

    Michel Rocard, un rescapé

    Non seulement ses facultés intellectuelles n’ont pas été diminuées par son accident cérébral, survenu au début de l’été à Calcutta, mais il semble même vivre une sorte de nouvelle jouvence. Jean-Pierre Chevènement, autre miraculé, était aussi revenu au premier plan après un accident d’anesthésie qui faillit l’emporter.
    Rocard, dont beaucoup se rendent compte alors qu’il a failli nous quitter qu’il a encore beaucoup à apporter à la vie politique française. Au fond si un certain nombre de ses idées avaient été mises en pratique il y a trente ans (notamment par les socialistes), on n’en serait peut-être pas là aujourd’hui. C’est pourquoi Sarkozy a flairé le bon coup en l’attirant dans les filets de l’ouverture. Rocard ne se sent nullement dans la peau d’un traître. Il avait, bien avant le Président, mis en pratique son idée d’une démocratie apaisée, dans laquelle il est naturel que des personnalités de l’opposition soient associées, au moins à la réflexion. Il a accepté une mission sur le système éducatif, mais décliné celle sur le dialogue euro-méditerranéen, en raison d’un désaccord avec le président sur la Turquie.
    La suite, c’est dans l’entretien qu’il nous a accordé, pour France 24.

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