Le Talk de Paris
Tous les vendredis à 19h00 (GMT+1), Ulysse Gosset décrypte l’actualité internationale avec ses invités dans "Le Talk de Paris," grand rendez-vous hebdomadaire de FRANCE 24. Envoyez vos réactions par email à l’adresse de l’émission : letalkdeparis@france24.com.
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mardi 29 janvier 2008
Faut-il délocaliser Davos ? Carlos Ghosn imperturbable !
Les neiges de Davos où celles de l’Himalaya ?
Question impertinente d’un chroniqueur lors du dernier Forum économique mondial. En d’autres termes : faut-il délocaliser Davos ? Cette année en effet, les dirigeants les plus en vue venaient des Indes, de Chine, de tous ces pays émergeants partis à la conquête de la planète. Pourquoi donc ne pas convoquer les maîtres du monde dans l’Himalaya en 2009 …?
Davos jouait encore cette année à guichet fermé. Entre Bill Gates et le Président du Pakistan Musharraf, Wendi Murdoch et son époux Rupert, les fondateurs de Google, Serguey Brin et Larry Page, Chad Hurley de YouTube, Jacques Attali et Dominique Strauss Kahn, François Fillon et Christine Lagarde, Gordon Brown, Ban Ki-moon et Bono… et bien sûr les patrons des fameux fonds souverains, chinois, singapouriens ou d’Arabie. Quel aréopage ! C’est là que nous avons retrouvé Carlos Ghosn.
Ce patron mondialisé, parfaitement à son aise au milieu de ses partenaires de l’échiquier mondial…Imperturbable malgré la récession annoncée. Droit dans ces bottes.
« - Comment allez-vous faire pour augmenter les ventes de Renault de plus 30 % d'ici 2009? Vous n'êtes pas un magicien ? » « Non, je ne suis pas magicien, nous répond Carlos Ghosn, je fais des plans. Nous faisons des produits, nous amenons de la technologie. Nous pouvons vous dire marché par marché ce qui va se passer. Soit on aura des vents favorables soit on aura des vents défavorables. Nous en avons tenu compte. Nous n'avons pas du tout tablé sur un marché grandiose en Europe. Nous avons tablé sur un marché qui serait au mieux stable en Europe. C'est déjà intégré dans le plan. En revanche, nous avons considéré le fait que la Russie serait en très grande expansion, que l'Inde deviendrait un très grand marché mondial, ce qu'elle est en train de devenir, que le Brésil qui a progressé de 25 % l'année dernière deviendrait un grand marché. Nous avons quand même des éléments. »
« - Si vous n'atteignez pas vos objectifs, que faites-vous ? Vous démissionnez, Carlos Ghosn ? » La réponse fuse : « Je ne passe pas mon temps à faire une stratégie en fonction de la non atteinte d'objectifs. Si vous ne les atteigniez pas, vous en tirez les conséquences derrière. Pour l'instant, nous sommes à 100 % sur l'atteinte des objectifs. J'y crois, et je ne suis pas le seul. L'ensemble de Renault y croit et travaille d'arrache-pied pour réussir le plan. » Inflexible, imperturbable !
Retrouvez le script intégral de l’émission sur le site de France 24.
A Davos, pendant ce temps, l’affaire de la Société Générale et de son petit mécano -qui a tout de même failli coûter 50 milliards d’euros à la « meilleure banque de France »- a provoqué autant de remous que l’arrivé de la récession. Dommage pour la France, qui avait déployée les grands moyens cette année, en envoyant l’un des plus importants commandos gouvernementaux se « montrer » au Forum.
« Voulez-vous ? », disait astucieusement l’invitation à la soirée française de Davos. Dommage, encore une fois, que le petit trader ait gâché la fête en laissant s’envoler 4,9 milliards d’euros à la barbe de nos génies de la finance.
Ecrivez-nous ! letalkdeparis@france24.com
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lundi 21 janvier 2008
Agenda de crise : l’Europe n’y échappera pas !« Le défaut habituel de l’homme est de ne pas prévoir l’orage par beau temps », écrivait Machiavel. En ce début d’année, l’ombre de la récession envahit la planète. Ainsi, la bourse de Paris enregistre ce lundi 21 janvier sa plus forte baisse depuis le 11 septembre 2001, depuis les attentats contre le World Trade Center (- 6,8% !).
L’annonce d’un plan de relance 150 milliards de dollars par
George W Bush n’a donc pas eu l’effet escompté. Les démocrates, Barack Obama en tête, fustigent le Président. Même si George W Bush propose de nouvelles baisses d’impôts, plus de 1000 dollars par foyer, les ménages américains sont trop endettés. Au lieu de consommer, ils vont avant tout vouloir rembourser leurs emprunts... Vendredi, dans «Le Talk de Paris», l’ancien ministre de Bill Clinton, Robert Reich, nous confirmait l’arrivée de la récession. Il ne redoute pas une crise aussi grave que celle de 1929, mais plutôt une contraction de l’économie américaine. Et l’Europe n’y échappera pas, prévient Robert Reich. L’économiste affirme que le « supercapitalisme » - le capitalisme global - risque de devenir une menace pour la démocratie, tant les « consommateurs » prennent le pas sur les « citoyens ». Robert Reich ne croit pas à la responsabilité globale des entreprises. Vous pouvez retrouver l’émission et le script intégral de l’entretien sur France24.com. Flambée du pétrole, lundi noir sur les marchés boursiers, récession annoncée. En ce début 2008, je vous livre cette citation d’Henry Kissinger, qui affirmait avec cynisme : « Il ne peut y avoir de crise la semaine prochaine, mon agenda est déjà rempli. » Ecrivez-nous ! « letalkdeparis@france24.com »
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vendredi 18 janvier 2008
Kosovo : la dernière pièce du puzzleL’heure de vérité approche au Kosovo. Le tsar de toutes les Russies Vladimir Poutine met de l’huile sur le feu en affirmant que toute déclaration unilatérale d’indépendance serait « illégale et immorale ». La tension résulte de la tenue des élections en Serbie. Mais à Paris, Nicolas Sarkozy affirme que le statut quo n’est plus une option pour la province serbe à majorité albanaise. Sarkozy avait appelé à la patience, il plaide désormais pour la fermeté et l’unité de l’Europe.
Dans « Le Talk de Paris », Carl Bildt, le chef de la diplomatie suédoise, a lui aussi appelé l’Europe à l’unité. L’ancien Premier ministre plaide cependant pour une indépendance limitée. Pour tenter de calmer le courroux de la Russie. « Personne ne veut voir la désintégration gagner du terrain en Europe », affirme l’ancien pro-consul des Balkans.
Retrouvez le script intégral de l’émission sur le site de France 24, et le blog de Carl http://www.bildt.net/
L’Europe marche sur des œufs et prie pour que les ultra-nationalistes serbes de Tomislav Nikolic ne remportent pas les élections à Belgrade. Nikolic a prévenu qu’il ne reconnaîtrait jamais le « régime fantoche » de Pristina. Au-delà du Kosovo, l’enjeu stratégique c’est la poursuite de l’élargissement de l’Europe, une Europe à trente ou plus, avec l’adhésion de la Serbie.
Le Kosovo, dernière pièce du puzzle de l’ex-Yougoslavie, ou premier test de crédibilité pour l’Union européenne en ce début d’année. Il y en aura d’autres...
Vous pouvez réagir et nous écrire à l’adresse de l’émission : letalkdeparis@france24.com
A bientôt !
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mardi 15 janvier 2008
L’Afrique, la France, Bono et SarkozyBono, le célèbre chanteur de U2, est arrivé inquiet à l’Elysée où il avait rendez-vous avec Nicolas Sarkozy, le 8 janvier. Inquiet de voir la France réduire son aide au développement, et en particulier diminuer son aide pour lutter contre le Sida. Le rocker aux larges lunettes fumées est ressorti soulagé.
Non seulement le Président français l’a assuré qu’il allait rétablir les 20 millions d’euros promis par la France pour alimenter le fond global de lutte contre le sida et qui manquaient encore fin 2007.
Bono est l’un des artistes les plus engagés dans les actions humanitaires, avec son ONG, DATA (www.data.org). « Ce sera très, très difficile, a lancé Nicolas Sarkozy, mais nous tiendrons parole. » Le chef de l’Etat a aussi annoncé à Bono qu’il lui enverrait très prochainement un programme complet de l’aide française au développement. Bono attend la lettre. « Les Français ne sont pas sourds aux souffrances des pauvres », dit-on à l’Elysée. Le chanteur espère en tout cas que la voix de Sarkozy aura du poids auprès des autres dirigeants européens. Il compte sur le nouveau Président français et sur son énergie, alors qu’il est plutôt sceptique concernant Gordon Brown : le nouveau Premier ministre britannique fait preuve d’une discrétion et d’un manque de charisme contrastant avec la personnalité de Tony Blair. En réalité, Bono a toutes les raisons d’être préoccupé. Car les caisses de la France sont vides. En ce moment, les crédits d’aide, ce sont surtout des annulations de dette aux pays africains. D’ici 2009, il faudra trouver 700 millions d’euros au minimum, certains disent 1 milliard, pour que Paris respecte ses engagements pour le développement. Et à l’heure des choix, les partisans de l’aide à l’Afrique redoutent que les crédits pour le développement soient amputés.
La France devait consacrer 0,7 % de son PIB à la lutte contre la misère dans le monde à l’horizon 2012. Or il faudra attendre 2015 pour y arriver à ce pourcentage. Il y a donc du souci à se faire. Même si Jean-Michel Severino, le responsable de l’Agence française du développement (AFD), veut lui aussi croire aux engagements de Sarkozy. Vous pouvez retrouver ses déclarations dans le « Talk de Paris ».
Ce qui n’empêchera pas de revoir la façon dont l’aide est distribuée, notamment en introduisant plus de sélectivité et en multipliant les partenariats pour assurer l’efficacité des programmes. Le patron de l’AFD a réorienté sa stratégie. Il investit même en Chine pour lutter contre la pollution et introduire de nouveaux modes de développement tout en aidant les pays africains les plus pauvres à lutter contre les pandémies. Jean-Michel Severino ne se veut « ni afro-pessimiste, ni afro-optimiste ». Il constate qu’il y a une croissance réelle en Afrique depuis 4 ou 5 ans, une amélioration profonde des politiques économiques, grâce à la Banque mondiale et au FMI notamment. L’apparition de nouveaux acteurs, comme les Chinois, fait baisser les prix.
Les évolutions démographiques permettent d’améliorer la santé de l’économie africaine.
Mais il a aussi des périls. D’abord des dangers pour l’environnement, ensuite une très grande fragilité politique, on le voit au Kenya ou en Côte d’Ivoire. Tout cela alors que la page de la « FranceAfrique » se tourne. Le Président français se rendra d’ailleurs à nouveau en Afrique fin février, pour parler économie, notamment en Afrique du Sud. Il s’agit de donner une nouvelle impulsion alors que la conjoncture apparait mauvaise pour 2008. Dans ce contexte difficile, la majorité des Français reste cependant très attachée à l’aide aux pays les plus pauvres. C’est plutôt une bonne nouvelle !- Envoyer par email
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vendredi 11 janvier 2008
La moustache de WalesaLech Walesa est toujours en pleine forme. Vingt-six ans exactement après la déclaration de l’état de siège en Pologne par le Général Jaruzelski, l’ancien dirigeant de Solidarnosc est venu nous rendre visite sur le plateau du « Talk de Paris ».
13 décembre 1981 - 13 décembre 2007 : le combat de Walesa aujourd’hui c’est d’abord de consolider l’Europe. « Nous avons ouvert la voie à la réunification de l’Allemagne et de l’Europe, aujourd’hui, nous sommes confrontés à la mondialisation. Nous sommes face à un nouveau tournant de l’histoire. Il faut trouver un accord ! Mais tout le monde défend son pré-carré, ou plutôt ses intérêts, autant les Français que les Allemands ou les Polonais. » Walesa croit toujours au dialogue. La preuve : il vient de lancer un appel pour la Birmanie - appel cosigné par son ancien adversaire, le Général Jaruzelski. Etonnant de voir les deux ennemis d’hier, dont un militaire aux lunettes noires, demander à d’autres galonnés, à la junte de Rangoon, de négocier avec Aung San Suu Kyi. La Prix Nobel birmane, le Sud-africain Nelson Mandela, le Russe Andreï Sakharov… et Lech Walesa. Des héros modernes qui marquent notre histoire.
L’ancien électricien de Gdansk devenu Président redoute-t-il un retour de la guerre froide avec le réveil de la Russie de Vladimir Poutine : « Je n’ai pas peur ! » nous lance Walesa, avec toute sa fougue. « Les guerres, les invasions appartiennent au passé. » Walesa se méfie tout de même du double visage du nouveau tsar. « Le premier visage de Poutine, c’est celui qui sait que la Russie doit se réformer. L’autre, c’est celui qui veut prendre sa revanche et infliger une défaite à l’Occident. Mais ce deuxième Poutine-là ne peut pas réussir, car le monde a changé. » Docteur Poutine et Mister Vladimir… Attention aux fantômes du passé.
La Pologne aussi change, avec la défaite des frères Kaczynski et la victoire du nouveau Premier ministre Donal Tusk. Sa cohabitation avec le Président Kaczynski ne sera pas facile. Mais il faut tout faire pour bâtir de nouvelles relations avec l’Europe et empêcher les dérives. Sans pour autant considérer les jumeaux Kaczynski comme des ennemis. Pour tourner vraiment la page du communisme, Walesa est d’accord pour l’ouverture complète des archives. A condition que l’on donne les moyens à la justice de vérifier ce que révéleront les dossiers. Lorsqu’on lui demande s’il a été affecté par la publication de son nom sur les listes des soi-disant agents de la police politique communiste, il répond : « Je n’ai peur de rien ! Je n’ai jamais été un collaborateur ! J’ai combattu le communisme depuis ma naissance. Mes contacts avec les services secrets m’ont servi à mieux les connaître, pour mieux les vaincre et mener le pays à la victoire. » Walesa, la moustache politique la plus célèbre du monde, avant même celle de Vercingétorix, qui lui n’a pas vaincu Jules César. Une moustache née pendant la grève d’août 1980 et qui de facto appartient à l’histoire. Elle est toujours là, blanchie, plus d’un quart de siècle plus tard… Dire que sa femme voulait l’obliger à la raser… !EXCLUSIF FRANCE24.com : Lech Walesa raconte l'histoire de sa moustache
Retrouvez « Le Talk de Paris » dans son intégralité, et le script de l’émission, sur France24.com. Envoyez-nous vos réactions et commentaires.
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jeudi 10 janvier 2008
Goulag… planétaire, sibérien ou tropicalComment ne pas être estomaqué, un peu effrayé aussi, par l’analyse du Prix Nobel de Chimie Paul Crutzen, qui affirme que la terre est entrée dans une ère géologique entièrement nouvelle, qui date de l’an 1800 : l’« anthropocène », un nom bizarre, un néologisme révélé pour la première fois dans la revue Ambio. L’« anthropocène », c’est donc la période où l’homme est devenu une force géophysique planétaire transformeant profondément la nature. Le scientifique décrit l’impact de la révolution industrielle sur notre planète, la façon dont l’homme a « façonné » la terre pendant deux siècles, mettant en péril son environnement, perturbant son équilibre climatique. Vous pouvez retrouver l’analyse de Paul Crutzen sur le site de la revue Ambio, http://www.ambio.kva.se/ et dans Le Monde qui la publie. Nous serions dans une phase de « grande accélération », où 60% des écosystèmes sont déjà dégradés. Comment faire face à la plus grande de toutes les menaces ? La plus efficace des solutions consisterait à « changer profondément les comportements individuels et les valeurs sociales, pour transformer durablement la société ». Ce qui nous ramène à la fameuse « politique de civilisation » chère à Nicolas Sarkozy, concept élaboré par Edgar Morin dans son ouvrage « Pour une Politique de civilisation » (éditions Arléa). La prise de conscience globale face aux dangers du réchauffement climatique est vitale. L’homme, dans ses excès, est en train de se préparer un « goulag climatique », planétaire, qui menace son existence-même. « Goulag », le cauchemar décrit par Soljenitsyne, revient d’ailleurs hanter les mémoires de ces intellectuels Russes qui redoutent les dérives autoritaires de Vladimir Poutine. On pense à l’oligarque Mikhail Kodorkovski, emprisonné en Sibérie. L’ordre contre la démocratie. En Russie, le nouveau tsar a imposé une stabilité, ramenant son pays à la table des puissants. Un redressement qui vaut au chef du Kremlin d’être sacré « Homme de l’année 2007 » par la magazine Time. Un choix dénoncé comme naïf et immoral par le philosophe français André Glucksman, pour qui la Russie « est une grande puissance par ses capacités de nuire et de faire chanter nos démocraties ». L’écrivain rappelle les mots d’Ana Politovskaya, quelques mois avant son assassinat : « C’est indéniable, la stabilité est revenue en Russie. Une stabilité monstrueuse, telle que personne ne demande justice… » La grandeur retrouvée est-elle donc à ce prix : l’ordre avant la liberté ? En Asie, un autre assassinat, celui de Benazir Bhutto, rappelle ces périls de l’instabilité. La sultane du Pakistan disait avoir mis sa vie en danger parce que son pays lui-même était en danger. « Je prie pour le meilleur et je me prépare au pire », avait déclaré la Dame de Rawalpindi. Sa mort assombrit le paysage de façon tragique, alors qu’en Amérique Latine, l’espoir de la libération d’une autre « femme symbole » n’a pu se matérialiser. Ingrid Bétancourt est toujours otage dans la jungle de Colombie, depuis plus de cinq ans. La dernière lettre de captivité de la « prisonnière du goulag tropical » restera longtemps dans les mémoires : « La vie n’est plus la vie, c’est un gaspillage lugubre du temps. Ici nous vivons comme des morts. »
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jeudi 3 janvier 2008
Le monde à l’envers !La plus grande des ruptures de 2007 n’a pas été provoquée par Nicolas Sarkozy. Le nouveau Président a réveillé la France et fait bouger l’Europe, mais à l’échelle de la planète, la vraie révolution est arrivée des pays émergents, devenus les « banquiers du monde » après avoir été consacrés « ateliers de la terre ». La Chine, l’Inde et le Brésil sont les poumons du capitalisme global. Shanghaï sera la capitale du monde en 2050, disait-on il y a 5 ans. La prédiction pourrait se réaliser plus vite encore. On voit Pékin renflouer l’une des plus grandes banques américaines, Morgan Stanley. Le monde à l’envers ! Dubaï émerge aussi comme une nouvelle Mecque de la finance, obligeant Wall Street à conclure des alliances pour tenter de garder la main sur les marchés boursiers. 2007, année de revanche des pays émergents. Cette rupture née de la mondialisation intervient alors que la crise des crédits immobiliers à risques, les subprimes, pourrait plonger le monde dans une spirale digne de 1929. L’hyper-spéculation donne des sueurs froides. « Le système financier mondial est en faillite », affirme Jacques Attali.« J’ai la conviction que cela va exploser. La crise mondiale est pour demain », avertit l’ancien Premier ministre Michel Rocard. Pourtant, 2007 fut un excellent millésime pour l’économie mondiale. Et si 2008 s’annonce comme une année plus périlleuse, c’est surtout pour les vieux pays industrialisés, comme la France, et surtout les Etats-Unis, qui se battent contre le spectre de la récession. « Le monde ne s’est jamais aussi bien porté », affirme pourtant l’hebdomadaire américain Newsweek. « C’est cela la bonne nouvelle, la croissance est bien là ! » écrit le magazine. Bonne croissance de la Pologne au Panama, de la Nouvelle Europe jusqu’en Asie ou en Amérique latine : peut-elle empêcher l’explosion ? Face aux menaces, on assiste en tout cas à un retour en force des Etats. Plus grande est l’uniformisation du monde, plus fort est le besoin des peuples de marquer leur différence. 2008 ne sera pas une année facile pour la France. Nicolas Sarkozy doit démontrer qu’il est capable de donner une consistance à cette « nouvelle Renaissance » à laquelle il appelle. Il y eut en France en 2007 un regain de passion pour la politique : simple étincelle ou signe profond d’un redressement ? 2007, année de « rupture de style » à Paris. Mais à l’appel de la réforme doit succéder la réforme elle-même. Omniprésence, mouvement perpétuel, spectacle continu : l’Elysée a rarement connu un tel tourbillon. Passé l’ébullition, le scintillement, pointe le scepticisme. « Seuls les fous ignorent que sous ces cendres couve un feu tenace, promesse de chaleur ou d’incendie », écrit Christophe Barbier dans L’Express. L’instabilité mondiale est telle que tout peut arriver en 2008. Un déraillement ? Ou pourquoi pas, après les derniers sursauts de crise, une embellie de fin d’année ? Le Kosovo sera indépendant. La France sera à la tête de l’Europe, Sarkozy président de l’Union. Le baril de pétrole a déjà dépassé les 100 dollars.Accrochez vos ceintures ! Meilleurs vœux !Envoyez-nous vos réactions et commentaires à l’adresse de l’émission : letalkdeparis@france24.com
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vendredi 21 décembre 2007
Sarkozy, le Pape et le Cardinal André Vingt-TroisA l’heure où Nicolas Sarkozy rencontre Benoît XVI au Vatican, le Cardinal André Vingt-Trois se rend dans les studios de France 24 pour participer au « Talk de Paris ». Il arrive non pas en 2CV... comme le célèbre Cardinal Marty, mais toujours en Citroën, une C4 conduite par son secrétaire.
Benoit XVI compte sur Sarkozy pour défendre les valeurs de l’église en Europe, et plaide pour une « laïcité positive » où les religions ne sont pas un « danger » mais plutôt un « atout ». Voyez comme le Cardinal André Vingt-Trois parle, lui, de sa mission : « Je ne suis pas le représentant d'une marque de savonnettes devant motiver une clientèle. Mon objectif n'est pas de remotiver les chrétiens. Je ne suis pas chargé de faire entrer les gens dans les églises. Je suis chargé de leur annoncer une bonne nouvelle. Après ça, ils sont grands, libres, intelligents et capables de choisir le bien et le mal. S'ils préfèrent choisir le mal, je n'ai pas les moyens d’une campagne publicitaire pour les obliger à choisir le bien, ou alors c'est que l'on me considère comme le représentant d'une secte. Ce n'est pas ce que je suis. »
Concernant Sarkozy, le Cardinal apprécie « sa conviction, son allant, son enthousiasme, sa capacité de contact, et son courage
à rencontrer les gens qui ne pensent pas comme lui et qui acceptent de discuter avec lui ». Des désaccords justement il y en a,
et d’abord sur l’immigration et les fameux tests ADN. : « Je demande s'il y a une morale pour les riches et une morale pour les pauvres, si on est décidé à appliquer les critères d'identification familiale ADN aux familles françaises pour savoir qui est le père de qui, quand on interdit de savoir d'où vient la paternité dans une fécondation artificielle. »
Le temps fort de cette émission fut aussi sans doute le dialogue entre le patron de l’église France et l’archevêque de Bagdad. Monseigneur Sleiman lui a décrit les souffrances de chrétiens d’Irak, leur « psychose », leur émigration qui devient un « exode » avant de demander au cardinal Vingt-Trois ce qu’il pouvait dire aux Irakiens chrétiens pour qu’ils restent dans leur pays. Réponse d’André Vingt-Trois : «Il ne faut pas les oublier ni les abandonner, il faut aller les voir, passer du temps avec eux, les soutenir en communiquant. Maintenant avec les mails, c'est à la portée de tout le monde d'envoyer des photos, d’échanger des informations, de jumeler des paroisses françaises avec des communautés sur place, de façon que ces communautés chrétiennes ne se sentent pas abandonnées et ne pensent pas qu'on a tracé une croix sur le christianisme au Moyen-Orient, que l'on a déjà abandonné le terrain à la guerre entre juifs et musulmans. … »
La France va accueillir un certain nombre de réfugiés irakiens, l’archevêque de Paris s’en félicite : «Quand on a des gens qui sont en péril de mort, c'est une bonne chose de leur ouvrir la porte. Sinon après, 50 ans après, on fait un film "Exodus".
On sait que Nicolas Sarkozy lui-même est attentif au sort des minorités chrétiennes persécutées. Le président français veut replacer la religion au cœur de la cité. Réconcilier la république laïque et l’église catholique pour enterrer la « guerre des deux France », cléricale et révolutionnaire. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’équilibre de 1905, mais devant Benoît XVI, il « assume les racines chrétiennes » de la France. Inutile de préciser que ce sermon présidentiel n’intervient pas par hasard. Le Pape est attendu en France à l’automne 2008 et Sarkosy a sans doute convaincu le Pape de venir le voir à Paris.
Il a en tout cas fait sourire les cardinaux et tout le clergé en lançant : « On n’est pas prêtre à moitié et croyez bien qu’on n’est pas non plus Président à moitié ! Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation, je sais ce j’ai fait pour la mienne »…
Bon Noêl à tous ! Meilleurs vœux !
Retrouvez « Le Talk de Paris » dans son intégralité, et le script de l’émission, sur France24.com. Envoyez-nous vos réactions et commentaires à l’adresse de l’émission : letalkdeparis@france24.com
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vendredi 7 décembre 2007
“Happy birthday” de Tony Blair !France 24 : première bougie ! Tony Blair accepte pour l’occasion de nous recevoir sur les bords de la Tamise, en face du palais de Westminster. Il est très détendu, reposé, six mois après avoir quitté le 10, Downing Street, où il a gouverné dix ans.
Lorsqu’il a cédé sa place à Gordon Brown, il était marqué au fer rouge de la guerre en Irak. Aujourd’hui, le pouvoir lui manque-t-il ? « Ça peut paraître bizarre, mais non ! J’ai une nouvelle vie et j’y prends beaucoup de plaisir », répond-il avec son large sourire de jeune premier. L’ancien Premier ministre est désormais totalement engagé dans une complexe négociation pour ramener la paix au Proche-Orient. Emissaire spécial des Européens, de la Russie et de l’ONU, il travaille avec George W. Bush à la création d’un Etat palestinien. Est-ce réaliste, est-ce possible d’imaginer que cet Etat palestinien voit le jour à côté de l’Etat d’Israël avant la fin de l’année 2008 ? « C’est possible », nous répond Tony Blair.
Vous pouvez retrouver cette interview et lire le script de l’entretien sur le site de France 24. Tony Blair sera à Paris le 17 décembre prochain pour co-présider une conférence destinée à lever des fonds pour aider les Palestiniens. Il espère obtenir un gros chèque de quelque six milliards de dollars. L’objectif serait d’annoncer à l’automne 2008, à New York, à l’ONU, la naissance du futur Etat palestinien. Le scepticisme est grand. Mais l’énergie de Blair est légendaire.D’ici quelques semaines, il va se rendre à Gaza, territoire sous le contrôle des islamistes du Hamas. Il croit vraiment à l’engagement de George W. Bush. Un succès inespéré pourrait, en mettant fin à la guerre, donner des ailes à l’homme de la « troisième voie ». Et pourquoi pas le propulser, avec le soutien de Nicolas S., à la tête de l’Europe, au poste de premier Président de l’Union européenne de l’histoire. Quel destin pour ce grand artiste de la politique que ses adversaires avaient surnommé « Bambi » à son arrivée au 10, Downing Street, et qui pensaient pouvoir le dévorer tout cru... « Tony en toc » avec ses spin doctors, se moquaient les Torries. Celui que l’on a un jour qualifié de « bourgeois travailliste », de « Thatcher » en plus humain, l’inspirateur du new labour, reste une star globale.
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jeudi 22 novembre 2007
Grillots du Mali, hospitalité « choisie »« C’est enfin mon tour ! » s’exclame le « Président ATT », visiblement ravi de se retrouver sur le plateau du « Talk de Paris ». ATT, comme Amadou Toumani Touré : c’est en effet le surnom « affectueux » donné au Président malien. Un chef d’Etat qui se veut « homme du peuple ».
Jugez plutôt : « Le jour où je ne pourrai plus conduire ma voiture, seul, dans les rues de Bamako, je demanderai à partir ! » Pas de langue de bois, ni de fausse modestie chez ATT. Sa légitimité ? J’ai été « correctement élu », lance-t-il, en dépit « de dérapages et d’insuffisances ». « Je ferai tout pour garder le label démocratique, je ne serai pas l’apôtre d’un égarement, d’un coup d’Etat, même si je suis un ancien putschiste ». Quand on l’interroge sur le fameux discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy, ATT refuse la polémique. Sarkozy est « un courageux » qui « ose dire ce qu’il pense », déclare-t-il, avant d’ajouter que le locataire de l’Elysée sera mieux compris dans « deux ou trois ans »… et qu’il a « encore des choses à apprendre sur l’homme africain ».
Quid de l’immigration « choisie » ? ATT renvoie la balle à l’Elysée : « Chez nous, il n’y a pas d’hospitalité choisie…» Et les tests ADN ? Un débat franco-français, la preuve, les « grillots du Mali n’en parlent même pas »… Quant à l’insurrection touareg, l’expression pourrait fâcher. « Il n’y en a pas », c’est «une rébellion, un incident de parcours », qui nécessite « une autre lecture de la communauté touareg ». Tout de même, l’homme fort du Mali s’inquiète de l’usage de mines, des prises d’otages : « avant, on se battait d’homme à homme », regrette-t-il. Il faut trouver une issue pacifique et toujours négocier.
Comment juge-t-il le scandale de l’association l’Arche de Zoé au Tchad ? Il se dit « navré », « malheureux ». Il faut condamner les dérapages mais l’adoption répond aussi aux espoirs de couples occidentaux… « Je suis désolé pour les familles qui attendaient en France. Il faut saluer les adoptions quand les règles sont respectées ». Qu’en est-il des relations avec le voisin ivoirien ? « Lorsque la Côte d’Ivoire s’enrhume, nous toussons », explique ATT. Mais comment arriver à une réconciliation dans ce pays ? « Le ‘grand frère’ Gbagbo m’a dit qu’il fallait un dialogue direct. Je crois aux élections, mais cela ne suffira pas… » Et Chirac ? « Rayonnant, et toujours amoureux de l’Afrique ». Entre Sarkozy et Chirac, pas de comparaison possible, mais tous deux sont « passionnés par le continent ». Pas de cassure à l’horizon, pas de divorce entre l’Afrique et la belle France de Sarkozy, seulement une rupture tranquille …
Vous pouvez trouver le script de l’émission sur le site de France 24. Vos réactions à l’adresse de l’émission : letalkdeparis@france24.com .
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