MOYEN-ORIENT - PROCESSUS DE PAIX
L’influence saoudienne
dimanche 25 novembre 2007
L’Arabie saoudite s’impose comme l’une des principales puissances de la région, ce qui fait du royaume un partenaire clé dans les négociations d’Annapolis.
dimanche 25 novembre 2007
Par Amara Makhoul/ FRANCE 24
L’entrée de l’Arabie saoudite sur la scène diplomatique internationale et plus particulièrement au Moyen-Orient n’est pas fortuite. Elle est le fruit d’une dynamique de rapports de forces que la région vit depuis une cinquantaine d’années.
Nabil Mouline, chercheur, spécialiste de l’Arabie saoudite et chargé de cours à l’Institut d’Etude Politiques de Paris, explique de quelle façon l’Arabie saoudite dispute le leadership régional à l’Egypte depuis les années 60, « l’Egypte était historiquement le pays le plus présent dans le champ diplomatique et défend la thèse du nationalisme arabe alors que l’Arabie saoudite se base sur la solidarité islamique, qui implique le soutien à la Palestine ».
Un rôle central dans l’effort de paix
C’est d’ailleurs à l’initiative de l’Arabie saoudite qu’a été créée en 1969 l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), organisation intergouvernementale qui possède une délégation à l’ONU. Elle est notamment chargée de consolider la solidarité entre les 57 états membres mais également de soutenir la cause palestinienne dans le conflit israélo-palestinien.
C’est également l’Arabie saoudite, et non l’Egypte, qui a été l’instigatrice de la conférence de Riyad en mars 2007. Elle n’a pas de différends directs avec Israël, mais son rôle dans l’effort de paix est central. Selon Nabil Mouline, « l’Arabie saoudite utilise la question de la résolution du conflit israélo-palestinien comme un instrument de propagande pour raffermir sa légitimité interne et externe ».
Cinq ans après l’initiative de paix discutée à Beyrouth en 2002, l’Arabie saoudite reste un acteur clé dans le processus de paix. « L’Arabie saoudite tient un rôle très important dans l’axe des pays modérés et pragmatiques au Moyen-Orient », estime Nissim Zvili, secrétaire général du parti travailliste israélien lors des négociations et accords d’Oslo, ancien député et ambassadeur d’Israël en France. En outre, le plan de paix saoudien ne date pas de 2002. En 1977, le roi Fahd avait officieusement proposé un accord de paix, réitéré de façon officielle en 1981 au sommet de Fès, dans lequel il proposait une paix globale contre la restitution par Israël des terres annexées en 1967. « Et c’est ce même plan qui a été revisité par le roi Abdallah en 2002, alors prince hériter, et rejeté par Israël à la conférence de Beyrouth », remarque Nabil Mouline.
Selon ce dernier Il y a quelques jours encore, « les Saoudiens craignaient d’aller à Annapolis, ce qui aurait signifier une reconnaissance d’Israël, et de revenir sans aucune concession de la part de l’état hébreu. Ils auraient ainsi perdu l’hégémonie qu’ils tentent d’acquérir depuis 50 ans dans la région ». Il ajoute que l’Arabie saoudite « joue actuellement un double jeu pour sauvegarder les équilibres régionaux ». Le roi Abdallah a officiellement appuyé l’entreprise de Washington pour relancer la paix, mais il se montre réservé sur l’issue de la conférence d’Annapolis.
L’Iran, un « rival historique »
Selon Nabil Mouline, l’Arabie Saoudite a adopté cette attitude paradoxale parce qu’elle « veut rester en bon termes avec les Etats-Unis, mais également éviter de prendre une position contraire à celle de l’Iran », l’autre puissance qui gagne en importance dans la région. Le royaume saoudien veut éviter que la Syrie ne se rapproche trop de l’Iran et préfèrerait entretenir elle-même des relations privilégiées avec Damas. Car le rapprochement entre Téhéran et Damas inquiète l’Arabie saoudite.
Nabil Mouline qualifie l’Iran de « rival historique », car le poids de l’empire perse a toujours pesé sur la dynamique géopolitique du Moyen-Orient. Il ajoute que « c’est pour pouvoir se défendre contre le danger historique que représente une hégémonie de l’Iran dans la région que l’Arabie saoudite veut maintenant se doter du nucléaire civil. »
Concernant les efforts de paix israélo-palestinien, il est probable que l’Arabie saoudite réitère une nouvelle fois son plan de paix proposé à Beyrouth en 2002, qui semble intéresser d’avantage Israël aujourd’hui. A ce sujet Nissim Zvili, remarque : « Israël a sans doute commis une erreur en repoussant l’accord de paix global proposé par l’Arabie saoudite à Beyrouth. »
Il n'y a pas encore de réaction.
Soyez le premier à donner votre avis sur cet article en cliquant ici.
Vous n'aurez qu'a sélectionner le bouton <<RÉAGIR>> et remplir les champs indiqués.
Vos réactions
Votre commentaire a été soumis avec succès
France 24 - Envoyer par email
L'article a été envoyé par email avec succès