C’était la première manifestation du Fatah dans la bande de Gaza depuis que le Hamas a violemment chassé son rival palestinien laïc, et tous les regards se portèrent sur la ville de Gaza en cette journée.
Le défilé s’est tenu à l’occasion du troisième anniversaire de la mort de Yasser Arafat, père fondateur du Fatah et symbole immortel de l’unité nationale palestinienne. Par respect envers le défunt chef palestinien, le Hamas avait donné son feu vert au rassemblement pour la commémoration du 12 novembre.
Cependant, peu d’observateurs du Proche Orient s’attendaient à un rassemblement pacifique. Et quand la manifestation se transforma en émeute – durant laquelle sept personnes furent tuées – des voix s’élevèrent pour signifier leur consternation, mais pas leur surprise.
Ce qui surprit le plus les experts fut l’étincelle qui déclencha ce bain de sang. Selon de nombreux témoins, les miliciens armés du Hamas ont ouvert le feu sur la foule après que les supporters du Fatah, moqueurs, les avaient accueillis avec des : « Chiites, Chiites ».
Cet souligne la complexité de la situation politique palestinienne d’aujourd’hui. C’est le résultat de la guerre ouverte pour le pouvoir politique – et financier - que mènent le Hamas et le Fatah dans leur longue lutte pour l’indépendance nationale.
Le 27 novembre, les Etats-Unis vont accueillir à Annapolis, dans le Maryland, une conférence sur la paix au Moyen-Orient. Après des mois de débats sur la composition de la liste des invités, réalisée lors d’une conférence préliminaire digne des apparatchiks du Kremlin, les noms des invités officiels ont finalement été révélés.
Sans surprise, les représentants du Hamas – mouvement considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis et l’Union Européenne – ne seront pas à la table des négociations. Les raisons de l’absence du Hamas sont connues : refus de renoncer à la violence et de reconnaître Israël.
Une autre absence remarquée est celle de la République Islamique d’Iran, chiite, bailleur de fonds du Hamas et pays que les supporters du Fatah ont tourné en dérision lors de la commémoration de la mort d’Arafat avant que les miliciens armées du Hamas ne leur tirent dessus.
Une alliance sunnite contre l’Iran chiite - et le Hamas.
Il y a vingt ans, quand le mouvement a été fondé par Cheik Ahmed Yassin, un réfugié aveugle et paraplégique qui fut son chef spirituel jusqu’à son assassinat en 2000, le crédit de sympathie sunnite du Hamas était total.
Le Hamas – qui est l’acronyme de Harakat al-Muqawama al-Islamiya (mouvement de résistance islamique) et également un mot arabe signifiant «ferveur » -était essentiellement le bras armé palestinien des Frères Musulmans, mouvement égyptien à l’origine de tous les groupes islamiques sunnites internationaux qui ont éclaté en groupes djihadistes, dont al Qaeda, à travers le monde.
Alors que la division idéologico-religieuse entre le Hamas sunnite et l’Iran chiite s’effaça brièvement après la première guerre du Golfe en 1991, ce ne fut qu’avec l’embargo économique imposé suite à la victoire du Hamas en janvier 2006 que les chefs du Hamas se sont adossés plus fortement à l’Iran.
Selon Mohamed Bazzi, un membre de l’Institut des Affaires Etrangères, basé à Washington, cette situation ne plait guère aux Etats arabes sunnites voisins. « Les Egyptiens et les Saoudiens n’aiment pas le fait que l’Iran donne de l’argent au Hamas » souligne Bazzi. « Mais c’est en partie leur faute. Après la victoire du Hamas aux élections, ils n’ont pas tenté de briser le boycott économique international emmené par Israël. »
Bien que les rivalités entre sunnites et chiites aient ravagé de nombreux pays musulmans, Bazzi souligne que « la société palestinienne n’a pas une histoire basée sur les tensions entre sunnites et chiites ». Les musulmans palestiniens sont par essence sunnites.
Pour Bazzi, la division au sein même des rangs palestiniens lors de la préparation des négociations d’Annapolis est surprenante. « La polémique peut être soulevée en disant que le Fatah, à un certain niveau, s’aligne sur les régimes arabes sunnites – manifestement ceux d’Arabie Saoudite et d’Egypte – qui s’opposent à l’Iran et à la Syrie. Je pense que si cela se passe ainsi, cela peut devenir extrêmement dangereux pour le Moyen-Orient. »
Bien que la Syrie fournisse un soutien logistique au Hamas, elle a été officiellement invitée à Annapolis, signe qui a été largement perçu comme un geste de bonne volonté de la part de Washington.
Un mariage sans mariée?
Cependant l’oubli de l’invitation au Hamas a été sévèrement critiqué par de nombreux experts du Moyen Orient.
Tout processus politique, au sujet de la résolution de la crise proche-orientale, excluant le Hamas des discussions échouera » affirme Sara Roy, professeur au Centre d’Etudes sur le Moyen Orient de l’Université d’Harvard. « Le Hamas a été démocratiquement élu par une majorité de Palestiniens. Il représente une grande partie de l’électorat et il joue un rôle important dans la vie quotidienne des Palestiniens. Toute tentative pour l’exclure sera un obstacle aux espoirs de paix au Moyen-Orient ».
Lors d’une interview téléphonique avec France 24, Ahmed Youssef, un conseiller politique d’Ismael Haniyeh, qui fut Premier Ministre du gouvernement mené par le Hamas avant d’être démis de ses fonctions par le Président palestinien Mahmoud Abbas, fut particulièrement cru dans ses propos : « C’est comme inviter des convives à un mariage alors que la mariée n’est pas là. » dit Youssef. « Nous ne sommes pas opposés à une réunion qui pourrait aboutir à la résolution de ce conflit, mais nous ne croyons pas que les pourparlers d’Annapolis mèneront quelque part ».
Cependant la division dans les rangs palestiniens entre le Hamas et le Fatah est au coeur des négociations d’Annapolis, comme l’affirment certains observateurs. « Isoler le Hamas apparaît être la principale motivation du processus d’Annapolis » a écrit l’ International Crisis Group basé à Bruxelles dans son rapport préliminaire aux négociations Annapolis. « Les Etats-Unis, Israël et le Fatah sont convaincus que les avancées israélo-palestiniennes et la marginalisation des islamistes vont de pair ».