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Dimanche 23 novembre 2008

INTERVIEW

Questions à Nissim Zvili

lundi 26 novembre 2007

Nissim Zvili fut le secrétaire général du parti travailliste lors des négociations et accords d’Oslo, ancien député et ambassadeur d’Israël en France.

Voir le dossierAnnapolis peut-il relancer ...

lundi 26 novembre 2007

Q : Que peut-on espérer de la conférence d’Annapolis ? Les responsables israéliens et palestiniens semblent indiquer qu’aucun document concret ne sortira de cette rencontre.
 
NZ : Il ne faut pas oublier les objectifs initiaux de cette initiative américaine. Le but d’Annapolis est de rapprocher les positions palestinienne et israélienne et de renforcer l’axe des pays arabes modérés. Il n’était jamais question d’avoir un débat de fond et d’aboutir sur un document. Ainsi je crois que les objectifs fixés pour Annapolis peuvent être atteints sans grande difficulté.
Mais il est vrai que la présentation faite de cette conférence n’est pas précise et que le public israélien et palestinien lui veut des avancées plus concrètes, ils ne veulent pas qu’une occasion de sommet soit gâchée, ainsi lorsque la presse souligne ce décalage (entre grandes tendances et résultats concrets), Annapolis parait porter peu d’espoir.
La conférence aura lieu à la fin du mois, arriver à un accord parait pour le moins très difficile.
 
 
Q : En écoutant les responsables politiques, on a l’impression que la situation est bloquée, que le processus n’aboutit à rien et que les leaders font du "sur place". Comment envisager des avancées dans un futur proche ?
 
NZ : Je suis pessimiste sur les chances d’un accord de fond à court terme. On ne peut sérieusement l’envisager avant deux ans. 
Je crois que le vrai problème est le fossé entre les positions des gouvernements et les positions qu’ils peuvent afficher et déclarer publiquement. Le décalage entre ce en quoi les gouvernements croient et ce qu’ils peuvent négocier. Des deux côtés, les gouvernements sont faibles et n’ont pas une vraie capacité d’avancer. Ni Mahmoud Abbas ni Ehud Olmert ne déclarent leurs vraies positions.
Les dirigeants partagent des positions souvent très proches mais n’ont pas de majorité suffisante pour avancer. Ils n’affichent que des demi-positions.
Nous avons entendu les positions d’Ehud Olmert notamment sur le partage de Jérusalem, (son appui à la création d’un état palestinien)
Mais il ne faut pas sous-estimer les tendances positives qui se sont renforcées ces derniers temps. Mahmoud Abbas et Ehud Olmert ont reconstruit un dialogue qui s’était complètement effondré.
Ceci est un développement très positif et c’est le grand paradoxe : les dirigeants dialoguent mais sont trop faibles pour pouvoir faire aboutir leurs discussions.
Le problème c’est qu’il n’y pas assez de dynamisme politique, alors qu’une majorité de palestiniens et d’israéliens veulent parvenir à un accord sur deux états.
 
 
Q : Quelles sont les difficultés qui bloquent aujourd’hui une avancée des discussions ? Bernard Kouchner a estimé dimanche que les implantations israéliennes étaient un principal point de blocage.  
 
NZ : Les implantations en font partie mais je crois que ce point peut être résolu, notamment par un échange ponctuel de territoires. Selon moi, il existe deux difficultés, d’abord la reconnaissance d’Israël comme état juif alors qu’il est évident que l’état palestinien sera arabe. Ceci est un point essentiel et tant que cet obstacle n’est pas surmonté une percée semble difficile. Ensuite il y a la question de Jérusalem et les approches différentes qui existent de part et d’autre pour l’aborder.
 
   
Q : Si aucune percée n’est enregistrée rapidement et si Annapolis ne donne pas de résultat à la hauteur des attentes, certains craignent un renforcement du Hamas. L’annulation pure et simple d’Annapolis a même été envisagée. Qu’en pensez-vous ?
 
NZ : Je ne partage pas cette analyse car je pense que le Hamas a déjà perdu une partie de la bataille depuis qu’il a pris le control de la Bande de Gaza. Sa gestion de ce territoire n’est pas comparable avec celle de la Cisjordanie par le Fatah. L’économie est mal gérée par le Hamas qui préfère développer ses propres forces plutôt qu’aider son peuple.
En même temps Abbas a réussi à avancer avec efficacité dans le combat contre la corruption dans ses rangs.    
 
 
Q : Vous évoquez l’économie à Gaza, mais ce territoire est bloqué et isolé notamment par Israël.
 
NZ : Mais si la communauté internationale, l’UE et les Etats-Unis ont coupé une partie de leur aide c’est uniquement parce que le Hamas refuse de reconnaitre les accords signés par l’Autorité Palestinienne et de déposer les armes. Si le Hamas accepte ces accords, la situation peut changer du jour au lendemain.
 
 
Q : Quel rôle joue l’Arabie saoudite dans ce processus cinq ans après sa proposition de paix de Beyrouth ?

 

NZ : L’Arabie saoudite tient un rôle très important dans l’axe des pays modérés et pragmatiques au Moyen Orient. Il faut que cet axe soit renforcé et il faut que la Syrie s’en rapproche. C’est par le cadre d’Annapolis que l’axe radical pourrait être affaibli. Si on y parvient, notre direction sera la bonne. Israël a sans doute commis une erreur en repoussant au début l’accord de paix global proposé par l’Arabie saoudite à Beyrouth.

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