1. Quelles peuvent être, à votre avis, les résultats de la conférence d’Annapolis ?
Je crois que la réunion aura deux résultats principaux : le premier est politique, parce que cette réunion permet aux deux bords, israélien et palestinien, d’affirmer leur position respective. A partir de là, les négociations devraient pouvoir se dérouler dans de meilleures conditions. Je dois dire, cependant, qu’il pourrait y avoir une position américaine suggérant la négociation de certains points essentiels, mais cette suggestion ne sera obligatoire pour aucune partie. A mon avis, la conséquence la plus importante de la réunion est l’accord secret entre les Etats-Unis, Israël et le quartette, et qui porte sur la mise en place d’un plan ou d’une stratégie économique. Cette dernière devra être mise en application par Tony Blair, et devrait viser à reconstituer les institutions que Sharon a détruit d’une part, ainsi qu’à relancer l’économie grâce à des prêts proposés par les pays donateurs. Le but de cette stratégie est évidemment de relancer le commerce.
2. Quels sont les éléments qui ralentissent l’avancée des négociations israélo-palestiniennes ?
Ce qui empêche l’aboutissement des négociations, ce sont, en premier lieu, les obstacles posés en 2002 par le président américain George Bush et le premier ministre israélien Ariel Sharon, et qu’Olmert ne fait qu'appliquer aujourd’hui. Le président avait, à l’époque, défini sa « vision » du conflit, sans pour autant définir de frontières à l’Etat Palestinien. Il a également omis de définir des règles au retrait complet d’Israël des territoires. Plus grave encore, il a été jusqu'à demander les palestiniens à changer de vision, et appeler à l’émergence de nouveaux leaders « qui combattraient le terrorisme ». Aujourd’hui encore, américains et israéliens souhaitent à l’application de cette idée.
Le deuxième point important qui bloque l’avancée des négociations est « la promesse de Bush à Sharon en 2004 ». Une promesse de soutien a été faite par les américains à Tel-Aviv et porte sur trois points : le non retrait d’Israël aux frontières de 1967, le maintien des principales colonies de la Cisjordanie et de celles autour de Jérusalem, et enfin le refus du droit au retour des palestiniens.
L’Etat Hébreu s’attache à cette promesse dans ses négociations avec les palestiniens, mais Mahmoud Abbas ne peut accepter ces conditions.
Le troisième point important qui pose problème est la promesse de Bush de soutenir l’idée de la « judaïsation », ou l’idée d’un « Etat Juif ». Olmert est très attaché à cette idée qui a pour conséquence le refus du droit au retour des Palestiniens, et une éventuelle expulsion des palestiniens de 1948. Ces derniers, rappelons-le, représentent un million et demi d’individus
Basé sur ces promesses et sur les désirs d’Israël, Bush a dessiné sa politique au Moyen-Orient qui consiste surtout à imposer des solutions aux palestiniens.
Et nous voyons aujourd’hui Olmert encourager Abbas à accepter la solution israélienne. Or, cette dernière mènerait à l’échec toute négociation après Annapolis - puisqu’il y aurait une recrudescence des tensions interpalestiniennes en cas d’acceptation.
3. Quelles seraient les conséquences en cas d’échec du sommet d’Annapolis ?
Si Mahmoud Abbas s’oppose à la vision israélienne, cela créera une forte tension entre palestiniens et israéliens. En revanche, s’il l’accepte, il y a de fortes chances que cela débouche sur un conflit entre palestiniens eux-mêmes. Les signes de ce conflit ont déjà commencé à apparaître. Ils risquent d’ailleurs de s’accentuer davantage, au fur et à mesure que nous nous approchons de la date du sommet d’Annapolis.
Le conflit risque aussi d’engendrer des appels pour la reconstruction d’une autorité palestinienne plus jeune, et vidée de toute sa substance révolutionnaire.
Pour atteindre cet objectif, le premier ministre Salam Fayadh compte par exemple revoir à la baisse le nombre de personnes travaillant dans les services de sécurité de 80 000 à 50 000, une occasion pour lui de renvoyer tous les éléments suspectés de révolutionnaires et de résistants. Autre exemple : l’autorité palestinienne pourra mettre fin aux aides financières octroyées pour les factions palestiniennes, notamment pour le Fatah.
De mon point de vue, Washington et Tel-Aviv vont tout faire pour pousser les palestiniens vers des luttes internes, créer des problèmes au sein de l’autorité palestinienne et entre les factions qui soutiennent Mahmoud Abbas, en plus du conflit existant déjà avec le Hamas.
En réalité, nous sommes en train d’assister à une guerre sournoise entre Salam Fayadh, dont les ministres sont tous technocrates, et le Fatah qui réclame des postes ministériels au sein du gouvernement actuel.
Quelle est la place du Fatah dans l’échiquier politique palestinien ? De toute manière, les conflits qui vont suivre le sommet d’Annapolis devraient être plus durs que ceux connus dans le passé. Et les promesses non tenues des américains et des israéliens en seraient les principales causes.