La pandémie de Covid-19 dope les affaires des exportateurs chinois

Le boom des exportations chinoises tient en partie à la vente de produits liés à la crise sanitaire.
Le boom des exportations chinoises tient en partie à la vente de produits liés à la crise sanitaire. © Loren Elliott, Reuters

Alors que la pandémie de Covid-19 fait rage dans le monde, les exportations chinoises ont atteint un niveau record en 2020, a annoncé Pékin jeudi. Le commerce avec les États-Unis, toujours en faveur de la Chine, marque l’échec de la grande offensive commerciale antichinoise du président américain Donald Trump.

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Des masques protecteurs pour tout le monde, des ventilateurs par centaines de milliers et plus de deux milliards de kits de tests de dépistage du Covid-19 exportés. La Chine s’est transformée en premier pharmacien de la planète depuis le début de la pandémie et sa capacité à fournir l’équipement médical nécessaire pour contrer la crise sanitaire a largement contribué à ce que les douanes chinoises ont qualifié, jeudi 14 janvier, d'année record pour les exportations.

En 2020, les ventes de produits chinois à l’étranger ont atteint 2 600 milliards de dollars, ce qui a permis à l’État d’enregistrer un excédent commercial sans précédent de 535 milliards de dollars, selon les données officielles. Une bonne année qui a atteint son zénith en décembre puisque, pour ce seul mois, l’excédent commercial a atteint près de 80 milliards de dollars, alors que le reste du monde sombrait dans une deuxième vague de la pandémie plus dure encore que la première.

"L’équivalent de 40 masques par habitant" dans le monde

"On savait que les exportations étaient reparties à la hausse l’an dernier, mais on ne s’attendait pas à un tel rebond", reconnaît Mary-Françoise Renard, directrice de l’Institut de recherche sur l’économie chinoise (Idrec), contactée par France 24. En effet, rappelle cette spécialiste, le gouvernement avait donné sa priorité à la stimulation de la demande intérieure plutôt qu’aux exportations, et le conflit commercial avec Washington "était censé pénaliser les exportations".

Mais la Chine a su très rapidement s’adapter à la nouvelle donne sanitaire. Les entreprises ont aisément pu se mettre en ordre de marche pour fabriquer tout le matériel de santé nécessaire. Il y avait déjà un tissu industriel très développé dans le secteur médical, et un certain nombre "d’autres usines de secteurs connexes ont fait la bascule pour profiter de l’occasion", souligne Mary-Françoise Renard.

C’est ce qui leur a permis, notamment, de vendre 224 milliards de masques, soit "l’équivalent de 40 masques par habitant hors de Chine", a fièrement affirmé Li Kuiwen, porte-parole des douanes chinoises, interrogé par le South China Morning Post.

La Chine a aussi augmenté de près de 10 % sa production d’ordinateurs portables et autres accessoires technologiques pour satisfaire la demande d’une population mondiale de plus en plus obligée de recourir au télétravail en ces temps de confinement.

Les exportateurs chinois ont en outre eu moins de concurrence sur la scène internationale. Leur pays, touché en premier par le virus, a réussi à maîtriser l’épidémie bien plus vite qu’ailleurs, ce qui lui a permis de remettre sa machine à exporter en route avant tout le monde. "Il est clair que les Chinois profitent de la faiblesse actuelle de la production en Europe, par exemple", constate Mary-Françoise Renard. C’est ainsi que les exportations chinoises de machines-outils ont fait un bond important en 2020 au détriment de l’Allemagne, qui dominait ce secteur jusqu’à l’arrivée du Sars-CoV-2.

Les sanctions américaines n’ont rien changé

Ces performances exceptionnelles permettent à la Chine d’aborder 2021 avec l’esprit plus tranquille que d’autres États, obligés d’emprunter sans compter afin de financer leurs plans de soutien à des économies durement touchées par la crise sanitaire. L’excédent commercial représente une coquette cagnotte dans laquelle "les autorités pourront puiser, au lieu de s’endetter et creuser leur déficit, pour financer les projets économiques qui avaient dû être mis entre parenthèses le temps de contrôler la situation sanitaire", explique Lu Ting, économiste pour la banque Namura, interrogé par le Wall Street Journal.

Ce bilan commercial flatteur de 2020 souligne aussi "l’échec de la politique agressive de Donald Trump à l’égard de Pékin", note Mary-Françoise Renard. La Chine a exporté beaucoup plus de biens vers les États-Unis qu’elle en a importés. En fait, la balance commerciale est aussi déséquilibrée en faveur de Pékin qu’en 2017, lorsque Donald Trump est arrivé à la Maison Blanche.

Les multiples taxes douanières imposées depuis 2018 par Washington sur les exportations chinoises, les sanctions prises contre Huawei et autres au nom de la "sécurité nationale", les traités signés avec Pékin obligeant la Chine à importer davantage de produits américains n’ont donc rien changé. La preuve que le protectionnisme à la mode Donald Trump, constitué de multiples barrières tarifaires érigées "dans le but de pousser les entreprises à relocaliser aux États-Unis [pour ne pas à avoir à payer ces taxes], était mal pensé", résume Mary-Françoise Renard.

Ce qui ne signifie pas que le protectionnisme face à la Chine est à rejeter en bloc, note cette spécialiste. Ce serait même, d’après elle, l’un des principaux défis du moment pour les pays occidentaux : réussir à protéger certains secteurs sensibles – comme les médicaments, certaines technologiques de pointe – tout en continuant à profiter des échanges commerciaux avec la Chine.

Mais le débat attendra car pour l’heure, les économies occidentales ont trop besoin des masques, ventilateurs ou ordinateurs portables "made in China".

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