Sur Amazon, pandémie rime avec profits à tout prix

Depuis un an, Amazon n'a pas réussi à se débarasser des revendeurs qui font gonfler de manière abusive les prix sur les produits de première nécessité en temps de crise sanitaire.
Depuis un an, Amazon n'a pas réussi à se débarasser des revendeurs qui font gonfler de manière abusive les prix sur les produits de première nécessité en temps de crise sanitaire. © Dado Ruvic, Reuters

Plusieurs centaines de produits de première nécessité en temps de pandémie de Covid-19 continuent à être vendus à des prix abusifs sur Amazon, a relevé une récente étude. Certains biens se vendent jusqu’à 2 000 % plus cher qu’avant la crise sanitaire.

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Un écran d’ordinateur d’occasion à 4 200 dollars, des thermomètres électroniques à plus de 400 dollars ou encore des parasols chauffant à près de 700 dollars. Pour tous ces produits, jugés utiles voire essentiels en ces temps de pandémie, des vendeurs ont fait exploser les prix de plus de 100 % sur Amazon aux États-Unis depuis le début de la crise sanitaire. Le géant de l’Internet lui-même a, parfois, contribué à cette inflation, a constaté l’US Public Interest Research Group, une organisation de défense des consommateurs, dans une étude consacrée à cette surenchère, rapporte le Financial Times, vendredi 22 janvier.

Cette vigie des prix s’est rendue compte que 409 types de produits “de première nécessité” à l’heure du virus – sur un total de 700 observés sur Amazon – ont vu leur prix augmenter d'au moins 20 % sur une période allant du début janvier 2020 à fin décembre de la même année. Plus d’une centaine ont connu des flambées encore plus importantes (100 % et plus).

Écrans d’ordinateurs et parasols chauffants

La palme du profiteur revient à certains revendeurs qui, voyant le recours au télétravail se généraliser à l’heure du confinement, ont vendu des écrans d’ordinateurs 2 000 % plus cher qu’avant le début de la pandémie. Le parasol chauffant, permettant aux bistrotiers américains de maintenir les terrasses ouvertes même en hiver et rester ainsi dans les clous des règles de distanciation sociale, a été le produit sur lequel les abus tarifaires étaient les plus fréquents avec plus de 60 % des ventes proposées au double du prix d’avant la crise.

Pour certains produits sanitaires d’utilisation courante, comme les lingettes désinfectantes ou le savon, il n’est quasiment plus possible de trouver des offres sur Amazon aux États-Unis qui ne sont pas au moins 20 % plus cher qu'en temps normal. 

Ce constat est d’autant plus navrant pour l’US Public Interest Research Group qu’Amazon a été pointé du doigt, menacé et poursuivi à de multiples reprises pour des faits similaires. En septembre 2020, Public Citizen, une autre organisation de défense des consommateurs, était déjà parvenue à des conclusions identiques dans un autre rapport sur cette flambée artificielle des prix

Une action collective a été intentée contre Amazon en Californie en avril 2020 pour pousser le géant du commerce en ligne à mieux faire la police sur sa plateforme. Et à New York, plusieurs personnes ont été arrêtées en novembre dernier parce qu'elles vendaient des masques protecteurs à des prix 500 % plus chers qu’avant l’instauration de l’état d’urgence sanitaire dans l’État.

Ce n’est pas, non plus, comme si Amazon avait été pris par surprise par un phénomène qui aurait fait son apparition à la faveur de l’épidémie. Peu avant l’arrivée annoncée de l’ouragan Irma en Floride en 2017, le roi du e-commerce avait été sévèrement critiqué pour ne rien faire contre l’inflation des prix de certains biens de première nécessité tels que des packs d’eau qui, soudain, se vendait à 99,99 dollars au lieu de 9,99 dollars.

Plus de 13 000 comptes fermés

Amazon s’est toujours défendu en affirmant qu’aucun site de vente en ligne ne faisait plus que lui pour lutter contre ces abus. “En 2020, nous avons bloqué ou annulé 39 millions d’offres et fermé 13 000 comptes qui tentaient de faire gonfler les prix [de produits de première nécessité, NDLR]”, a assuré le géant de l’Internet après la publication du rapport de l’US Public Interest Research Group.

La société a aussi été prompte à rejeter la faute sur les autres. Elle a, non seulement, affirmé que les revendeurs qui s’adonnent à ce genre de pratiques étaient les seuls responsables, mais Amazon demande aussi aux législateurs de faire plus pour l’aider à empêcher ces profiteurs de profiter en rond.

Aux États-Unis, pratiquer des prix abusifs (généralement entre 10 % à 25 % au-dessus du prix de vente habituel) est illégal en temps d’urgence sanitaire dans 35 États. Mais ce sont ceux qui n’ont pas édicté de telles interdictions qui posent problème pour les sites Internet, qui vendent au niveau national. En juin 2020, un tribunal de première instance avait ainsi décidé que le Kentucky ne pouvait pas appliquer ses lois contre les prix abusifs à des vendeurs qui passaient par Amazon, parce que leurs produits pouvaient très bien être achetés par des résidents d'un État dénué de règles similaires.

L’US Public Interest Research Group reconnaît d’ailleurs qu’Amazon a fait des efforts et se trouve face à une situation juridique mal adaptée à l’ère numérique. Mais l’organisation refuse que le site s’en lave complètement les mains. “Il nous semblait important d’apporter la preuve qu’Amazon était le revendeur direct pour certains des produits qui ont connu une hausse de prix de plus de 20 %”, a précisé au Financial Times Grace Brombach, l’auteure principale du rapport. Dans l’étude, elle souligne qu’un produit sur sept qui affichait un prix jugé abusif était vendu directement par la plateforme.

Cela peut paraître anecdotique. Mais cette affaire de prix abusifs qui persistent n’est qu’une nouvelle illustration d’un phénomène plus large que la pandémie a permis de mettre tout particulièrement en lumière. Comme avec les réseaux sociaux et la désinformation en temps de crise sanitaire, elle prouve que ces plateformes sont de formidables facilitateurs de dérives. 

Et à chaque fois, c'est la même rengaine : elles condamnent, appellent à plus de réglementation et sévissent un peu. Mais en attendant, elles en profitent aussi beaucoup.

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