Élément Terre

Verdir nos couleurs : des teintures textiles renouvelables

Les colorants synthétiques, dérivés du pétrole, sont responsables de près de 20 % de la pollution de l'eau par les industries.
Les colorants synthétiques, dérivés du pétrole, sont responsables de près de 20 % de la pollution de l'eau par les industries. © France 24
Par : Marina BERTSCH Suivre | Julia GUGGENHEIM | Pierre LEMARINIER | Marie-Claire IDE | Antonia KERRIGAN | Clémence WALLER
10 mn

Lorsqu'on achète un vêtement, on a l'embarras du choix : matière, forme et surtout couleur. Mais ces teintes ont un coût environnemental élevé : les colorants dérivés du pétrole constituent près de 20 % de la pollution de l'eau par les industries. Pour trouver des solutions écologiques, nous pouvons nous tourner vers le passé, en redécouvrant le pastel de Toulouse, dont le bleu colorait les habits de l'Europe médiévale, ou vers l'avenir, en explorant le potentiel des bactéries pour créer de la couleur sans pétrole. Ces deux techniques sont-elles applicables à grande échelle ?

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Le retour du pastel

Le bleu est sans doute la couleur la plus aimée au monde, mais elle est rare dans la nature. "C'est ce qui rend le pastel si unique", explique Sandrine Banessy, de Terre de Pastel, une entreprise toulousaine qui donne un nouveau souffle à cette teinture végétale.

Le pastel, ou isatis tinctoria, est "une plante très simple qui pousse comme une grosse salade, mais elle est en réalité très précieuse, car c'est l'une des rares plantes au monde qui produit du bleu", souligne Sandrine Banessy.

Dans son atelier de la banlieue de Toulouse, Sandrine Benessy, elle-même habillée de bleu, fait la démonstration de cette méthode de teinture qui remonte à l'Antiquité. Le pigment bleu est extrait des feuilles vertes du pastel, puis ajouté à une cuve remplie d'eau. Une fois le tissu ajouté au mélange, la matière prend d'abord une teinte vert-jaune, avant de se transformer en bleu au contact de l'oxygène.

Aujourd'hui, Terre de Pastel cultive 14 hectares aux portes de Toulouse, ce qui en fait l'un des plus grands producteurs d'Europe. Les feuilles sont récoltées quatre mois de l'année. Alors l'entreprise s'est associée au laboratoire Agro-Ressources du CRITT pour optimiser la technique et obtenir la plus forte teneur en indigo, la molécule qui produit la couleur.

La chimie verte

Mais l'un des plus gros problèmes des teintures végétales est la quantité de terres cultivables nécessaires pour les produire en quantité suffisante.

"Il faudrait que presque toute la surface du globe soit recouverte de plantes, ce qui n'est pas possible", déplore Jérémie Blache, cofondateur de la start-up de biotechnologie Pili.

Jérémie et son équipe travaillent eux-aussi à la production de couleurs sans pétrole. Mais à la place des plantes, ils utilisent des micro-organismes, qu'ils font pousser en laboratoire.

"Les bactéries utilisent le sucre ou les déchets agricoles pour se nourrir. Et en plus de pousser et de se reproduire dans le milieu, elles vont produire d’autres composés comme des colorants par exemple, qu’on va ensuite pouvoir extraire et utiliser soit dans des peintures, soit dans de la teinture textile", explique Jérémie. Le tout est produit dans des grandes cuves, semblables à celles utilisées pour brasser de la bière.

Le bleu est la première couleur que Pili ait obtenue par son processus de fermentation. "Mais on peut produire beaucoup de composés différents grâce à la fermentation et les modifier dans des centaines de couleurs grâce à des procédés de chimie verte, donc il y a très peu de limites", assure Jérémie Blache.

L'un des avantages de cette technique est de produire en grandes quantités dans un espace relativement petit. Par exemple, l'équivalent en taille d'une piscine peut produire des centaines de tonnes de pigments par an. Mais la technique coûte cher et consomme de l'énergie pour faire fonctionner les machines. Un obstacle que Pili pense surmonter rapidement pour offrir à moyen terme une solution compétitive par rapport aux alternatives synthétiques.

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