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Animaux de cirque : la vie d'après

700 animaux d'espèces sauvages vivent actuellement dans des cirques en France
700 animaux d'espèces sauvages vivent actuellement dans des cirques en France © AFP
Par : Marina BERTSCH Suivre | Julia GUGGENHEIM | Guillaume BRUNET | Antonia KERRIGAN | Marie-Claire IDE | Valérie DEKIMPE
11 mn

La France va interdire les animaux sauvages dans les cirques itinérants, au nom de leur bien-être. En France, ils sont 700, dont 500 fauves. Que vont-ils devenir ? Cette loi va-t-elle signer la fin du monde du cirque ? Il traverse en tous cas la plus grande crise de son histoire.

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"Géno-cirque" ?

"Ce qu’il va se passer pour moi c’est un génocide. Nous, on parle de 'géno-cirque'. Nos animaux vont mourir mais aussi toute une profession" s'insurge William Kervich, directeur du Cirque Royal, dont la famille souffre déjà de l'annulation des spectacles depuis bientôt un an, à cause de la pandémie de Covid-19.

Dans son cirque, les animaux sauvages sont nombreux : lions, tigre blanc, hippopotame, chameaux, wallabies ou encore perroquets. "Nos animaux on les aime, et surtout nos animaux nous aiment. Ils sont proches de l’homme et ne souffrent d'aucune forme d’enfermement. On ne peut pas les relâcher dans la nature, c’est impossible", affirme William Kervich. La profession a manifesté sa colère dans la capitale, fin janvier. "Je pense que c’est une vraie chasse aux sorcières, c’est plus facile de tuer le monde du cirque que de s’attaquer à la corrida par exemple", conclut-il.

Une retraite cinq étoiles

Alors ces animaux, où vont-ils aller ? Chez Patrick Violas, à la tête du zoo refuge de la Tanière, près de Chartres, des animaux de tous les horizons sont recueillis. "Les animaux qui arrivent ici sont des animaux saisis pour la grande majorité, des animaux en retraite de cirque, ou que les particuliers abandonnent. Nous avons aussi des animaux issus de laboratoires, des primates en majorité", explique Patrick Violas. "Ici, on répare les animaux physiquement et administrativement. Notre but c’est de les replacer au maximum".

Patrick Violas a investi toute sa fortune, issue d'une première vie dans la téléphonie mobile. Fermé pour cause de pandémie, le zoo doit en théorie accueillir du public pour s'autofinancer. Mais avec la future loi sur les animaux sauvages dans les cirques, il va falloir pousser les murs, construire de nouveaux enclos, de nouveaux bâtiments et pour cela, La Tanière demande des fonds à l'État, une trentaine de millions d'euros. "Personne n’a la possibilité de recevoir 500 ou 600 fauves. Il y a énormément d’animaux à récupérer et il y en aura de plus en plus", conclut Patrick Violas.

Retour à la vie sauvage ?

Devant notre caméra, elle grignote une pomme juteuse, nourrie par sa soigneuse. Cette tortue terrestre des Seychelles vit dans 15m², sous lampe chauffante dans l'ancien zoo de Pont Scorff dans le Morbihan, à mille lieues de son milieu naturel.

Le lieu, désormais fermé au public, a été racheté récemment par des militants de la cause animale, l'ONG Rewild. Leur idée est simple : "Ré-ensauvager" les animaux qui peuvent l'être, les renvoyer dans la nature, suite à un processus de réhabilitation. "Pour nous, la priorité, c’est de renvoyer ces animaux-là sous leurs latitudes d’origine".

Girafes, hippopotames, lions... "Pour la quasi totalité des animaux africains qui sont ici, on espère que c’est le dernier hiver en Bretagne", y croit Lamya Essemlali de Rewild, elle qui milite aussi depuis des années chez Sea Shepherd, pour défendre les animaux marins.

Bien sûr, tous les animaux ne peuvent pas être "ré-ensauvagés", c'est le cas des tigres blancs par exemple, mais "il y a un dogme très ancré en France qui est de dire que des animaux captifs ou nés captifs ne pourront jamais s’en sortir dans leur milieu naturel. Il y a des milliers de contre-exemples à travers le monde", argumente Lamya Essemlali, pour qui des sanctuaires en Afrique peuvent aussi être une solution de repli quand le retour à l'état totalement sauvage n'est pas possible.

Elle n'hésite pas à comparer les cirques ou les zoos aux expositions coloniales du XIXe siècle, où les "indigènes" étaient exposés au public. Pour Lamya Essemlali, la future loi devrait même aller plus loin : "Interdire les animaux sauvages dans les cirques itinérants, c’est vraiment le minimum vital. On se pose la question de pourquoi on continuerait à les autoriser dans les cirques fixes et pourquoi continuer à autoriser les spectacles d’animaux dans les zoos". Et de remettre en perspective : "L’exploitation commerciale d’animaux sauvages, captifs, appartient au passé. Je pense honnêtement que dans une vingtaine d’années, tout le monde sera choqué de voir ça."

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