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Vaccins anti-Covid-19 : la recherche française en déroute ?

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Par : Marie SCHUSTER | Julia SIEGER
9 mn

Le 25 janvier dernier, l'Institut Pasteur annonçait qu'il abandonnait le développement de son candidat-vaccin contre le Covid-19 faute d'efficacité. Quelques semaines avant, Sanofi expliquait avoir accumulé du retard sur la livraison des premières doses de son vaccin, faute là aussi d'efficacité suffisante pour le moment. Pourquoi la recherche française est-elle à la traine ? Un manque de chance, de moyens, la fuite des chercheurs à l'étranger ?

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Contre toute attente, l'espoir d'un vaccin contre le Covid-19 ne viendra pas d'un géant pharmaceutique mais d'un petit poucet.

Dans la banlieue de Nantes, Valneva, un laboratoire franco-autrichien spécialisé dans les biotechnologies, a choisi de baser son candidat-vaccin sur une technologie identique à celle du vaccin contre la grippe. Et les résultats préliminaires des essais cliniques sont encourageants.

Cependant, les premières doses ne seront pas livrées à la France ni à l'Europe mais au Royaume-Uni, premier à avoir cru au projet. "Ils nous ont fait une proposition de financement très rapidement", explique Franck Grimaud, directeur général de Valneva. "Ce qu'il manque non seulement en France mais en Europe, ce sont des gros fonds d'investissement suffisamment dotés, dédiés à la santé et qui soient capables de prendre des risques pour que les sociétés de biotech' puissent aller jusqu'au bout".

Une situation qui pousse certaines têtes chercheuses à quitter l'Hexagone, comme le Français Stéphane Bancel à la tête de Moderna. Mais les starts-ups ne sont pas les seules concernées, les géants de l'industrie pharmaceutique se tournent aussi vers l'étranger.

>> À lire : Vaccins anti-Covid-19 : Pasteur et Sanofi, symboles du recul de la recherche française ?

Mauvais choix et manque d'insfrastructures

Pour autant, comment expliquer la déroute de l'Institut Pasteur et du géant Sanofi ?

"Il y a un certain nombre de technologies qui méritent toutes d'être évaluées lorsqu'on est confronté en particulier à une situation pandémique. Certaines marcheront, d'autres pas", explique Christophe d'Enfert, directeur de la recherche scientifique à l'Institut Pasteur. "Peut-être que le design qu'on a fait de l'antigène n'est pas le même que celui qui a été fait dans d'autres situations, et donc peut-être que ce n'est pas le bon. Mais je n'en sais rien."

Au-delà des mauvais choix, l'Institut Pasteur ne dispose pas des lignes de production indispensables pour mener les essais cliniques. Il lui aura fallu six mois pour signer un partenariat avec Merck, et entamer enfin le processus de recherche face à des concurrents bien plus réactifs.

"Par exemple, Oxford dispose d'une infrastructure de production et donc il n'est pas nécessairement tributaire d'un prestataire, et cela lui permet de gagner du temps", précise Christophe d'Enfert.

Le marathon de la course aux vaccins

Du côté de Sanofi, on n'a pas encore abandonné tout espoir de vaccin. En mai dernier, le géant pharmaceutique crée la polémique : il reçoit de l'Agence fédérale américaine un chèque de près de deux milliards d'euros pour mener à bien ses recherches et annonce qu'il fournira ses vaccins en priorité aux États-Unis.

Après un premier échec en décembre dernier, le géant français annonce avoir repris les essais cliniques de phase II. Pour Vincent Maréchal, virologue, la France est toujours dans la course. "La course au vaccin n'est pas terminée parce qu'il y a deux problématiques majeures : assurer une vaccination mondiale (...) et des variants apparaissent, donc il va falloir qu'on développe de nouveaux vaccins adaptés à leur émergence."

Pfizer-BioNTech, Astrazeneca-Oxford, Valneva, tous l'assurent : ils pourront adapter leur vaccin aux mutations du virus, laissant entrevoir une multitude de vaccins sur le marché. Malgré l'urgence, la course aux vaccins tient donc bien moins du sprint que du marathon.

Une émission préparée par Patrick Lovett, Rebecca Martin et James Vasina.

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