Michal Kurtyka : "Il faudra trouver un compromis sur le budget au cours du prochain Conseil"

Ici l'Europe partie 1.
Ici l'Europe partie 1. © France 24

Les Premiers ministres hongrois et polonais ont de nouveau affiché leur unité face à Bruxelles, jeudi à Budapest, dans le cadre des discussions sur l'État de droit, réaffirmant leur veto au plan de relance. En pleine bataille européenne aussi sur les objectifs climatiques relancés par le Pacte vert, nous recevons Michal Kurtyka, ministre polonais en charge du Climat et de l'Environnement, au sein du gouvernement conservateur Droit et Justice et candidat au poste de Secrétaire général de l'OCDE.

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Interrogé sur le veto de la Pologne et de la Hongrie sur l’attribution des fonds conditionnée au bon respect de l'État de droit, Michal Kurtyka fait remarquer que “le débat budgétaire est un débat très particulier au sein de l’Union européenne", qui demande le consensus et l'unanimité des chefs d’État et concède qu’il a eu “des hauts et des bas dans cette discussion”.

Mais le ministre polonais espère qu’un “compromis sera atteint au profit de tous" : "Nous avons besoin de cette décision consensuelle au sein de l’Union européenne, nous avons besoin d’un budget, tout le monde le reconnaît, et c’est entre les mains des chefs d'État que cette décision sera finalement validée et acceptée”. 

Michal Kurtyka regrette, par ailleurs, que les débats “très durs et très compliqués” du Sommet européen de juillet 2020 se soient soldés par la décision d’amputer de moitié le fonds de transition alors que “ce budget est absolument central pour la relance et pour la transition climatique pour des pays de l’Europe centrale”.

“La Pologne et les Polonais sont extrêmement pro-européens”

Après le vote du Sénat polonais, où l’opposition est légèrement majoritaire, sur une résolution enjoignant le gouvernement d’accepter le plan de relance conditionné à l’État de droit, le ministre souligne qu’il y a un “débat démocratique tout à fait naturel en Pologne et au sein de tous les autres pays européens sur comment on veut construire le budget et comment on veut aussi changer dans nos pays respectifs”, et il précise de nouveau que la décision finale incombe aux chefs d’État qui se réuniront en sommet les 10 et 11 décembre.

Il assure par ailleurs que “la Pologne et les Polonais sont extrêmement pro-européens” et qu’ils veulent “trouver un accord, et que cet accord joue en faveur de la transition climatique et énergétique, mais (qu'il) soit aussi une façon de rebondir après la crise de la Covid” pour toute l’Europe.

Le "débat sociétal" de l'avortement en Pologne

Le débat polonais sur l’avortement est, selon lui, “un débat sociétal, qui engage beaucoup d’émotion des deux côtés” et il souligne “qu’il y aussi beaucoup de bonne volonté pour trouver un compromis et que des propositions sont faites pour trouver une façon qui pourra conserver ce consensus sociétal autour de questions éminemment compliquées et délicates comme celles-ci.”

Transition climatique et énergétique

Candidat à la succession d’Angel Gurria au poste de Secrétaire général de l’OCDE, Michal Kurtyka fait remarquer que ses compétences en matière climatique sont essentielles “car L’OCDE est un club de 37 pays du monde qui regroupe les pays qui, tous, ont déclaré la neutralité climatique ou la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris comme absolument primordial pour leur économie et pour leur société”. Et il ajoute : "L’OCDE a besoin d’un élan nouveau en ce qui concerne la politique climatique”.

La Pologne étant jusqu’à présent considérée comme le mauvaise élève de l’Europe en matière de transition climatique, le ministre polonais fait remarquer que “l’équation est particulièrement compliquée compte tenu du point de départ” de son pays, où “75 % de l’énergie provient de sources fossiles” et où les foyers dépensent “10 % de leur revenu en énergie contre 5 % en Allemagne ou en France”, ce qui constitue “une difficulté objective à poursuivre des objectifs qui auparavant n’étaient pas possibles socialement.”

Michal Kurtyka fait aussi valoir les politiques qu’il a mises en place en tant que tout premier ministre polonais du Climat et de l’Énergie, avec notamment un “partenariat de 8 pays autour de la mer Baltique pour exploiter un énorme potentiel en matière d’énergie éolienne”. Il assure “qu’en l’espace de 20 ans nous voulons construire un système nouveau qui sera zéro émission” et dont l’un des piliers sera le nucléaire. Le ministre tient, cependant, à rappeler que la Pologne part de beaucoup plus loin que les 26 autres pays européens en matière de transition climatique et énergétique.

Une deuxième vague de Covid "beaucoup plus dispersée"

Quant à la crise du Covid, il assure que la situation sanitaire est en train de s’améliorer en Pologne, passant de “25 000 nouveaux cas par jour il y a deux ou trois semaines à 16 000 ou 17 000 cas maintenant”. 

Michal Kurtyka reconnaît toutefois que “cette deuxième vague est beaucoup plus dispersée et beaucoup plus compliquée à contrôler que la première vague du printemps, et nous devons tous tenir de façon solidaire jusqu’au moment où les vaccins seront disponibles.”

Émission préparée par Céline Schmitt, Isabelle Romero et Mathilde Bénézet.

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