Ahmad Massoud : "Un retrait américain précipité mènerait à la guerre civile" en Afghanistan

L'Entretien.
L'Entretien. © France 24

Dans un entretien accordé à France 24 depuis Paris, Ahmad Massoud, le fils du commandant afghan Ahmad Shah Massoud assassiné en septembre 2001, fait part de sa préoccupation quant à la perspective d'un retrait américain d'Afghanistan d’ici le mois de mai. Pour lui, un départ précipité entraînerait une "guerre civile". Ahmad Massoud condamne également l’accord conclu l’année dernière entre Washington et les Taliban, le qualifiant "d’erreur".

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Ahmad Massoud, le fils du chef afghan assassiné Ahmed Shah Massoud, salue sur France 24 l’hommage rendu à son père par la Ville de Paris, qui a donné son nom à une place de la capitale française. Pour lui, c'est un choix riche de sens, non seulement pour sa famille mais aussi pour la lutte contre le terrorisme dans le monde.

Les conséquences du retrait américain

Dans cet entretien, Ahmad Massoud fustige l'accord conclu il y a un an entre les États-Unis et les Taliban – accord qui, en excluant le gouvernement afghan, a "complètement détruit l'équilibre des pouvoirs entre les acteurs de la négociation" et constitue une erreur.

Il souligne que les pourparlers interafghans qui ont suivi sont également un échec car si les États-Unis décidaient de retirer leurs troupes de manière hâtive, l'Afghanistan "sombrerait de nouveau dans le chaos, la violence et la guerre civile".

L'administration Biden et l'Afghanistan

Sur notre antenne, Ahmad Massoud exhorte également l'administration Biden à faire preuve de patience et à maintenir une présence militaire au-delà de la date limite du 1er mai fixée par l'accord signé avec les Taliban. Il se déclare favorable à la proposition du secrétaire d'État américain Antony Blinken prévoyant la formation d'un gouvernement de transition qui conduirait le pays vers les élections.

Ahmad Massoud fustige le refus du président Ashraf Ghani d’accepter un tel gouvernement et propose la tenue d'élections anticipées. Pour le fils du commandant Massoud, le président Ashraf Ghani a échoué et devrait démissionner.

Dialogue avec les Taliban

Sur la participation des Taliban à un processus politique, il affirme que "nous devons parler avec [les] Taliban, nous devons faire la paix avec les Taliban", mais avertit que les insurgés doivent accepter dans le même temps des valeurs fondamentales telles que la démocratie et les droits des femmes. "Nous ne sacrifierons pas les valeurs pour lesquelles nous nous sommes battus", a-t-il insisté.

Enfin, il affirme que la vision de son défunt père, celle d’un pays décentralisé sur le modèle de la Suisse, est tout aussi pertinente aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a vingt ans. Ce modèle est selon lui le seul à même d’apporter enfin la paix.

>> À voir aussi : "Exclusif : Afghanistan, le retour en scène des Taliban"

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