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ECONOMIE MONDIALE

Les fonds "Vautours"

4 min

Enquête sur ces fonds spéculatifs spécialisés dans le rachat des dettes du tiers-monde à bas prix.

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Leur dernière victime est le Congo-Brazzaville, mais ils comptent à leur actif une quarantaine de victimes. Ces prédateurs sont les fonds vautours. Ce  sont des fonds d’investissement spéculatifs qui tiennent leur surnom de leurs pratiques qui consistent à racheter à très bas prix des parts de la dette de pays du Sud et d’intenter ensuite des procès contre ces pays afin d’obtenir le paiement intégral de la valeur faciale des créances, intérêts compris. Les fonds vautours se sont d’abord développés aux Etats-Unis. Ils sont toujours aujourd’hui majoritairement d’origine anglo-saxonne : Debt Advisory International, Donegal International Elliott Associates L.P., FG Hemisphere, Kensington International Ltd…
Les actions des fonds vautours sont comparables à des extorsions de fonds sur les économies des pays pauvres tout en restant tout à fait légales. Selon le FMI, ils auraient extorqués deux milliards de dollars. En effet, dans l’état actuel du droit international, il n’existe aucun obstacle à ce que les fonds vautours obtiennent gain de cause devant certains tribunaux (principalement anglo-saxons).
 
En 2005, le fond Kensington a porté plainte contre le Congo-Brazzaville devant une cour londonienne : il accusait la SNPC (entreprise nationale qui commercialise le pétrole congolais) d’avoir cherché à détourner des revenus du pétrole pour le bénéfice d’importantes personnalités publiques congolaises tout en empêchant les créanciers légitimes de saisir soit le pétrole soit les revenus du pétrole. D’après le conseiller spécial du président Sassou n’Guesso, le fond avait racheté une dette du Congo de 32 millions $ pour 1,5 millions et après procédures judiciaires demandait 300 millions de dollars !
Mais le cas du Congo est assez complexe. C’est le pays contre lequel existent le plus grand nombre de plaintes de créanciers commerciaux. Les procès intentés par les fonds vautours ont permis de mettre à jour le détournement de centaines de millions de pétrodollars par les dirigeants congolais du régime de Denis Sassou Nguesso.
Au Congo, le pétrole contribue à 67% du PNB et représente 90% des recettes provenant des exportations.Denis Gokana (autre conseiller spécial du président Sassou Nguesso) dirige à la fois la SNPC et plusieurs entreprises privées dont AOGC (Africa Oil and Gas Corporation), Sphinx Bermuda Ltd et Sphinx UK Ltd,.Ce montage de sociétés, toutes basées dans des paradis fiscaux tels que les Bermudes ou les Iles Vierges Britanniques, avait pour objectif d’empêcher les saisies de pétrole.
Aux Etats-Unis, un autre jugement a donné raison à Kensington au détriment de la SNPC et autorisé le fonds vautour à saisir les cargaisons et recettes pétrolières congolaises présentes sur le sol américain. En réaction, la SNPC a interrompu en mars 2007 ses exportations pétrolières vers les Etats-Unis.
Les différentes cours ont donné le droit à Elliott Associates (qui détient Kensington) de tripler le montant de ses réclamations, selon la législation RICO. Législation qui a connu des modifications sous l’administration Bush pour faciliter les procès des fonds vautour. Car le PDG d’Elliott, Paul E. Singer, a été le plus important donateur de la campagne Bush en 2001 et est, aujourd’hui, le conseiller de la campagne de Rudolph Giuliani (ex-maire de New-York) pour la Maison Blanche. Ce qui lui permet de faire du lobbying.
 
De son côté, le Président Sassou Nguesso justifie l’opacité de la gestion du pétrole par la menace et la pression exercée par les créanciers commerciaux, alors que les fonds vautours estiment au contraire qu’ils contribuent à révéler la corruption au Congo. Corruption qu’ils ont aidé à dénoncer en fournissant des informations à des ONG comme Global Witness, qui luttent contre la corruption dans le monde et qui ne prêtent pas toujours une grande attention à la source du renseignement. Certaines ONG peuvent ainsi être victime d’une campagne de désinformation.
 
Alors qu’en décembre 2004, le Congo avait bénéficié d’allègements, la dette était restée en 2005 à un niveau jugé insoutenable. Aujourd’hui, après avoir atteint en mars 2006 le point de décision de l’initiative PPTE, le Congo a contracté deux prêts de 552 millions de dollars et de 32 millions de dollars auprès de la Chine.
De leur côté, les ONG ont l’ambition de créer un tribunal international de la faillite afin de protéger les économies des pays en faillite et faire en sorte que ces pays n’aient pas à financer des fonds sans scrupule.
En attendant qui gagnera la bataille entre les fonds et les pays pauvres ? A qui le Congo devra-t-il payer… s’il doit payer ? Ce qui est sûr c’est que les peuples seront toujours les vrais perdants.

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