BANQUE - FRAUDE

Société générale : Jérome Kerviel aurait agi seul

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La Société générale assure que le jeune trader Jérome Kerdiel est le seul responsable de la fraude bancaire la plus importante de tous les temps, qui coûte 4,9 milliards d'euros à la banque française.

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Plusieurs experts financiers doutent des explications données par la Société Générale, qui a mis en cause une fraude d'un seul de ses courtiers pour expliquer une perte de 4,9 milliards d'euros.

"Le sentiment des salles de marchés, c'est qu'il n'est pas possible qu'un individu seul ait pu faire cela. La Société Générale aurait chargé la barque sur le thème de la fraude pour faire passer plusieurs mauvaises opérations de marché", selon Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, interrogé par l'AFP.

"La Société Générale nous dit qu'un courtier senior a spéculé sur des actions, notamment des indices d'actions, sans se couvrir. Il aurait dissimulé des pertes devenues rapidement colossales. Il semble qu'il ait agi pendant toute l'année 2007", a-t-il rappelé.

"Cela semble un peu gros que pendant toute une année on puisse dissimuler" une telle perte.

La Société Générale dit que "le courtier connaissait tellement bien les opérations de contrôle interne" qu'il a réussi à dissimuler ses pertes, poursuit M. Cohen, ce qui signifie que "les procédures de contrôle interne qui normalement constituent le coeur de métier des banques se sont révélées dramatiquement insuffisantes".

D'après Marc Touati, économiste chez Global Equities, "tous les gens qui travaillent dans les banques savent que, quand les pertes atteignent un certain niveau, on coupe les positions. Des pertes peuvent atteindre 100-200 millions d'euros, mais 5 milliards, c'est impossible".

"Soit ce que la banque dit est vrai. Dans ce cas, il y a un problème de contrôle des risques et cela peut jeter le discrédit sur la Société Générale, d'autant que son avantage comparatif, c'est d'être championne des activités de marché. Soit on ne sait pas tout", argumente-t-il.

Il est "curieux que quelqu'un qui, semble-t-il, n'avait pas de très grosses responsabilités" ait pu seul provoquer de telles pertes, renchérit un analyste d'une société de gestion parisienne.

"Ce n'est pas une personne qui touchait peu pour le secteur, même pas 100.000 euros, à qui on va confier des portefeuilles extrêmement importants", justifie-t-il, jugeant que la Société Générale est peut-être en train de "charger un pauvre bougre pour faire passer des pertes qui se sont accumulées" au cours de la crise des "subprimes".

Arnaud Riverain, analyste d'Arkéon Finance, rappelle qu'il y a des précédents, comme la faillite de la banque britannique Barings en 1995, par la faute d'un seul homme, Nick Leeson.

Mais pour lui, "une personne seule ne peut provoquer une telle catastrophe. Si un courtier agit pour le compte d'un client, au moins trois personnes entrent en jeu pour donner l'ordre, le transmettre et l'exécuter".

Pour un stratège boursier londonien, une telle fraude peut être le fait d'une seule personne "si vous avez un niveau de risque vraiment très relâché".

Selon lui, on peut prendre plus de risques aujourd'hui par rapport à l'époque de Nick Leeson à cause d'un coût de l'argent très bas ces dernières années, permettant d'acheter des actifs financiers avec un niveau élevé d'endettement: les fameux "effets de leviers".

Peter Cardillo, analyste d'Avalon Partners à New York, juge difficile, vu les montants en jeu, que le courtier de la Société Générale, Jérôme Kerviel, ait pu agir seul... "sauf s'il s'agit d'Einstein".

Pour Mace Blicksilver, de Marbelhead Asset Management, si la fraude avait commencé "il y a trois semaines, c'est tout à fait possible qu'une seule personne en soit à l'origine. Plus longtemps, cela me semble dur à cacher".

Le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer s'est dit de son côté "certain" que la perte de 4,9 milliards d'euros subie par la Société Générale n'était pas imputable à la banque qui aurait chercher à déguiser des pertes liées à la crise des "subprime". Interrogé à ce sujet sur LCI, il a répondu: "Non, c'est absolument certain".

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