SOCIETE GENERALE

La BNP réfléchit à un rachat de la Société générale

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Alors que Paris affiche clairement sa volonté de protéger la Société générale d'un éventuel rachat, plusieurs banques européennes dont la française BNP Paribas sont sur les rangs.

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Les autorités européennes s'inquiètent des velléités protectionnistes du gouvernement français envers la Société Générale, Paris entendant protéger cette banque des appétits d'éventuels concurrents étrangers.

L'établissement est fragilisé depuis la révélation la semaine dernière de l'existence de pertes de près de 5 milliards d'euros attribuées à des falsifications d'un de ses courtiers. De quoi donner des envies, d'autant que pour se renflouer, elle a annoncé une augmentation de capital de 5,5 milliards.

Sa concurrente française BNP Paribas a reconnu jeudi réfléchir à un achat de la Société Générale, notant que c'était le cas de "toute l'Europe".

"L'Etat ne restera pas les bras croisés" et ne laissera pas la Société Générale "à la merci de n'importe quel prédateur", a, quant à lui, prévenu jeudi Henri Guaino, un proche conseiller du président français Nicolas Sarkozy.

Et dès mardi, le Premier ministre François Fillon avait averti que le gouvernement entendait "que la Société Générale reste une grande banque française".

Cela a valu mercredi à la France une première mise en garde de la Commission européenne.

"Les mêmes règles s'appliquent que dans d'autres situations de rachat. Les candidats potentiels au rachat doivent être traités de manière non-discriminatoire", a dit le porte-parole du commissaire au Marché intérieur Charlie McCreevy.

Jeudi, le président de l'Eurogroupe (forum des ministres des Finances de la zone euro), le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a enfoncé le clou : "si quelqu'un vient amical, ayant un beau projet économique à proposer, pourquoi le refuser ? Seulement parce qu'il n'est pas français ?" Et de dénoncer une attitude qui "n'est plus de notre temps".

Selon les analystes, la France pourrait être tentée, pour empêcher que la Société Générale ne passe sous pavillon étranger, de soutenir un mariage avec BNP-Paribas, ou avec le Crédit Agricole.

Un peu comme début 2006 dans un autre secteur, celui de l'énergie, où l'intérêt de l'italien Enel pour Suez avait poussé Paris à donner un coup d'accélérateur à la création d'un "champion national" en réunissant GDF et Suez.

A l'époque, Charlie McCreevy avait déjà demandé des explications à la France, soupçonnant que certaines règles européennes n'avaient pas été respectées.

Enel s'était plaint en particulier de pressions du gouvernement sur son éventuel partenaire, Veolia, principal concurrent de Suez en France dans le traitement des eaux usés.

L'Irlandais McCreevy, ardent défenseur du libéralisme, s'était aussi énervé dans le passé contre le caractère "protectionniste", "disproportionné" et "discriminatoire" d'une autre mesure française, le décret dit "anti-OPA" en vigueur depuis fin 2005.

Sous la pression de Bruxelles, Paris avait dû fortement remanier le texte, qui impose une autorisation préalable du gouvernement français aux investissements étrangers dans des secteurs dits "stratégiques". La définition dépasse largement le seul domaine de la défense, pour s'étendre à la cryptologie, la production d'antidotes ou même les casinos.

La France n'est néanmoins pas la seule à irriter la Commission. L'an dernier, les autorités européennes sont ainsi montées au créneau contre la Hongrie, qui tente d'empêcher l'achat de son fleuron de l'énergie, MOL, par un concurrent autrichien.

L'Espagne a aussi été très critiquée pour son interventionnisme au cours des tentatives d'achat du groupe d'électricité Endesa. Jeudi, la Commission a sommé Madrid de s'expliquer sur les conditions posées à l'entrée d'Enel au capital, menaçant sinon de saisir la justice européenne.

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