KENYA

Le Kenya s'invite au sommet de l'Union africaine

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Le sommet de l'UA, qui s'ouvre ce jeudi à Addis Abeba, devrait voir ses débats monopolisés par la crise kenyane alors que plusieurs responsables évoquent un "nettoyage ethnique".

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La crise politique et les graves violences au Kenya sont au coeur des discussions des ministres africains des Affaires étrangères préparant le sommet de l'Union africaine (UA), qui s'ouvre jeudi à Addis Abeba, la représentante américaine dénonçant un "nettoyage ethnique".

Le ministre kényan des Affaires étrangères, Moses Wetangula, "a tenté lundi de faire comme si de rien n'était et de présenter un rapport sur la situation dans son pays", selon un participant qui a requis l'anonymat.

"Heureusement, des pays se sont insurgés, comme l'Afrique du Sud, et ont demandé que le cas du Kenya soit examiné en même temps que la situation des crises et conflits en Afrique", a-t-il ajouté.

La sous-secrétaire d'Etat américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, a de son côté évoqué du "nettoyage ethnique au Kenya". "J'ai écouté les victimes et c'est ce que j'en ai déduit", a-t-elle expliqué à la presse.

"L'affaire kényane est grave et on ne peut pas juste entériner ce que veut nous présenter le régime du président Mwai Kibaki", a commenté pour sa part un haut responsable de la Commission de l'UA. "Il n'y aura pas de blanc-seing donné au gouvernement durant ce sommet".

L'opposition kényane a envoyé une délégation à Addis Abeba pour faire pression sur le sommet. Le secrétaire général du Mouvement démocratique Orange (ODM, de Raila Odinga) a demandé lundi à l'UA d'exclure le président réélu Mwai Kibaki de son prochain sommet.

Celui-ci quittera Nairobi jeudi matin pour se rendre au sommet, a annoncé mercredi la présidence à Nairobi.

"Les violences actuelles et le chaos qui règnent au Kenya sont le résultat direct de la décision de Mwai Kibaki de refuser d'accepter la défaite électorale. Il ne devrait pas être autorisé à participer au sommet", a réclamé le secrétaire général de l'ODM, Anyang Nyongo.

"Toute reconnaissance par l'UA du gouvernement de Mwai Kibaki va clairement menacer et nier toute la logique des efforts de médiation de l'UA" menée par l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, a-t-il ajouté.

MM. Kibaki et Odinga ont entamé mardi, en présence de Kofi Annan, des pourparlers pour résoudre la crise. M. Annan a estimé possible de résoudre les problèmes fondamentaux de la crise kényane "d'ici un an" à l'ouverture de ces pourparlers à Nairobi.

Le chef de l'opposition kényane Raila Odinga rejette les résultats de la présidentielle du 27 décembre et accuse M. Kibaki d'avoir fraudé pour lui voler la victoire.

Près de 1.000 personnes ont été tuées et environ 250.000 déplacées dans les violences qui ont suivi l'annonce le 30 décembre de la réélection du président Kibaki. Les violences entre communautés, liées à l'élection, ont attisé d'anciens conflits fonciers jamais résolus depuis l'indépendance.

Le ministre kényan des Affaires étrangères a lui aussi dénoncé lundi "des cas sérieux de nettoyage ethnique".

"Je sais qu'il y a eu des cas très graves de nettoyage ethnique et certains observateurs ont utilisé le mot de génocide", a-t-il déclaré. "Nous devons résister au risque de tomber dans des comportements génocidaires", a-t-il dit, en fondant ses espoirs sur "le processus de dialogue".

L'UA a par ailleurs élu mercredi dix des quinze membres du Conseil de paix et sécurité (CPS) de l'organisation, instance chargée de la gestion et de la prévention des conflits sur le continent: le Burundi et le Tchad (pour la région Afrique Centrale de l'UA), le Rwanda et l'Ouganda (Afrique de l'Est), la Tunisie (Afrique du Nord), le Swaziland et la Zambie (Afrique australe), le Bénin, le Burkina Faso et le Mali (Afrique de l'Ouest).

Les cinq autres membres (Ethiopie, Nigeria, Angola, Gabon et Algérie) avaient été élus en 2006 pour trois ans.

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