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FRANCE - MUNICIPALES

Le cas Paris

5 min

L’impopularité de l’exécutif ruinera-t-elle la campagne de certains candidats de la majorité ? A Paris, l'UMP et Françoise de Panafieu peinent face au maire sortant, Bertrand Delanoë, qui soigne dans la capitale ses ambitions nationales.

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Ce soir du 7 février, Françoise de Panafieu, maire du XVIIe arrondissement et candidate UMP à la mairie de Paris tient meeting devant une salle à peine comble du XVe. “Dois-je vous rappeler qu’il ne s’agit pas d’un test national ? Dois-je vous dire qu’on n’est pas en train d’élire le chef de l’Etat ?”, lance-t-elle entre deux piques au maire sortant, le socialiste Bertrand Delanoë. Ces temps-ci, les sondages ne sont bons ni pour elle, ni pour Nicolas Sarkozy.

A Paris, le local se double vite d’une dimension nationale. Les municipales sont des élections de proximité. Elles sont aussi l’occasion pour la majorité et l’opposition d’en politiser les enjeux afin de tester la popularité de la politique gouvernementale entre deux grandes échéances électorales. L’édition 2008 n’y échappe pas.

“La situation se complique depuis fin décembre, explique Brice Teinturier, de l’institut de sondage TNS-Sofres. L’impopularité grandissante du chef de l’Etat et la déception du côté du pouvoir d’achat pourrait produire une démobilisation à droite et avoir des effets dans quelques villes.”

Or c’est la droite qui a le plus à perdre. La gauche avait eu un succès d’estime en décrochant Paris et Lyon aux municipales de 2001, mais c’est l’UMP qui était arrivée en tête en remportant une vingtaine de villes de plus de 30 000 habitants.

Un bastion de droite tombé à gauche

A Paris, Françoise de Panafieu tente de mobiliser ses troupes en gardant l’Elysée à distance face à Bertrand Delanoë dont 78 % des Parisiens jugent l’action positive. La gauche contrôle actuellement 12 des 20 arrondissements parisiens. L’UMP, qui en gère huit, en convoite quatre, les IVe, IXe, XIIe, et XIVe arrondissements.

Le maire sortant, élu en 2001, a de quoi rester serein. D’après les sondages, dont celui de CSA pour Le Parisien du 1er février,  il pourrait gagner le 1er tour avec 44 % des voix contre 36 % pour la candidate de l’UMP, et le second avec 57 % des voix.

Plusieurs facteurs invitent cependant à la prudence. “Paris est une ville de droite qui est passée à gauche à cause des divisions internes de la droite,” explique Pascal Perrineau, spécialiste des élections à Sciences-Po. En 1977, Jacques Chirac fut le premier maire élu à Paris depuis le XIXème siècle. Il connut deux réélections triomphales remportant l’ensemble des 20 arrondissements parisiens. En mai 2007, lors de la présidentielle, c’est Nicolas Sarkozy qui est arrivé en tête à Paris.

"Candidate de l'essentiel" contre "maire à paillettes"

Instigateur de manifestations artistiques retentissantes comme la Nuit Blanche et de paris réussis comme Paris Plage et le Vélib’, Bertrand Delanoë est en phase avec les préoccupations de ses électeurs. “La sociologie de Paris a beaucoup changé avec l’arrivée de ‘bobos’, des jeunes aux revenus confortables, là où habitaient les couches populaires”, explique Bertrand Gréco, auteur de "Municipales 2008, la bataille de Paris".

Face à ce “maire à paillettes”, comme elle le surnomme, Françoise de Panafieu se définit comme la “candidate de l’essentiel”. Elle cherche en particulier à séduire les couches moyennes susceptibles de quitter Paris faute de moyens et  accuse Bertrand Delanoë de les avoir sacrifié sur l’autel des bobos. Reprenant la rhétorique de Nicolas Sarkozy, Françoise de Panafieu promet de protéger leur pouvoir d’achat, en finançant, entre autres, la construction de 4 000 logements neufs par an sans augmentation d’impôts.

Contrairement à la droite, dont l’électorat traditionnel reste solidement implanté dans l’ouest parisien, les socialistes ne peuvent pas compter sur un véritable vote de classe. “On est dans le combat d’images avec des opérations symboliques qui rapportent beaucoup mais Paris n’a pas profondément changé”, explique Pascal Perrineau. Or le "bourgeois bohème", ou bobo, aux idées progressistes et teintées d’hédonisme, est volage et peut facilement se laisser tenter par un vote écologiste (Verts) ou centriste (MoDem).

Paris, un tremplin pour la France ?

La bataille de Paris se joue également autour des ambitions du maire sortant. Pour Françoise de Panafieu, Bertrand Delanoë n’a pour Paris qu’un intérêt de circonstance et soigne sa gauche en attendant de prendre la tête du Parti socialiste  pour mieux s’imposer comme candidat à la présidentielle de 2012. Ce qui n’est pas sans rappeler Jacques Chirac, qui, en 1995, avait préparé sa candidature depuis son fief parisien.

L’édile réfute l’argument sans convaincre. Elu conseiller municipal à Paris en 1977  et longtemps numéro 3 du PS, Bertrand Delanoë a réussi à travers ses succès parisiens à imposer une image d’homme politique ayant une véritable légitimité sur la scène nationale. Sa popularité, nourrie par la révélation de son homosexualité à la télévision en 1998 et la tentative d’assassinat à laquelle il a failli succomber en 2001, ne se dément pas malgré l’échec de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2012.

Bertrand Delanoë s’est forgé une image d’homme modeste, travailleur et intègre, qui ne correspond pas forcément à la réalité, souligne Bertrand Gréco. “Il a une autorité naturelle qui lui a permis de fédérer les socialistes à Paris et plus personne ne lui conteste le leadership. Mais il a beaucoup d’ennemis au sein du parti.”

Il a en tout cas dans cette campagne l’avantage d’être indépendant de l’Etat quand  Françoise de Panafieu est soumise aux revirements et à l’interventionnisme de l’Elysée. “Nicolas Sarkozy ne peut faire l’impasse sur Paris, explique Bertrand Gréco. Paris, c’est la dernière étape avant l’élection régionale de 2010 et il aimerait bien assurer la victoire de l’UMP dans la région Ile-de-France, qui représente 12 millions de personnes, soit un cinquième de la population française.”

A un mois du scrutin des municipales, le rapport de force serait plutôt favorable à la gauche, selon les derniers sondages. A Paris comme ailleurs, le MoDem pourrait jouer le rôle d’arbitre et c’est plutôt une alliance avec la gauche qui s’esquissedans la capitale. Pendant ce temps, les spéculations sur un possible duel Sarkozy-Delanoë en 2012 vont bon train. Une double victoire de la gauche à l’échelon national et à Paris permettrait à Bertrand Delanoë de consolider ses ambitions.

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