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Neuilly, banlieue "sensible"

Depuis le 10 février, la majorité UMP sortante au conseil municipal de Neuilly-sur-Seine est en pleine crise. Les événements seraient passés inaperçus s’ils n’avaient pas eu lieu dans le fief historique du président Nicolas Sarkozy.

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La presse française ne parle que de cela : Jean Sarkozy, le fils du président de la République, a écarté de l’élection municipale de mars David Martinon, le porte-parole de l’Elysée parachuté par Nicolas Sarkozy en personne.

 

Au cœur de la bataille qui fascine les médias français : Neuilly-sur-Seine, une banlieue cossue de Paris où Nicolas Sarkozy a été élu conseiller municipal pour la première fois à 22 ans, alors qu’il était encore étudiant. L’année dernière,
87 % des Neuilléens ont voté pour lui lors du deuxième tour de l’élection présidentielle.

 

Mais rien ne va plus à Neuilly depuis le week-end du 9 février. Martinon, soutenu par Sarkozy pour le fauteuil de maire, a abandonné la course. "Les conditions ne sont plus réunies pour que je conduise la campagne des municipales", a-t-il déclaré. L’annonce est tombée alors que Jean Sarkozy et plusieurs membres de la majorité UMP venaient de lui retirer leur soutien.

 

Le parti majoritaire soutient aujourd’hui le candidat de droite dissident Jean-Christophe Fromantin.

 

La popularité du Président a souffert des rebondissements familiaux dans la saga de Neuilly. Un récent sondage national affiche une chute à 39 % d’opinions favorables.

 

Mais ce chiffre de reflète en lien la réalité à Neuilly qui, selon les spécialistes français, reste un bastion de l’UMP.

 

"Dans un fief de droite comme celui-ci, il n’y a pas d’alternance possible.

80 à 90 % des gens votent UMP", explique Christophe Grébert, auteur du blog monneuilly.com.

 

En parachutant Martinon, un allié politique qui n’a jamais été résident ou élu à Neuilly, Sarkozy a provoqué la polémique.

 

Dans une interview au magazine L’Express en avril dernier, Philippe Grange, adjoint au maire et ami de longue date du président, déclarait : "La tête de liste sera neuilléenne. Je ne pense pas que nos électeurs accepteraient qu'un étranger au petit village qu'est Neuilly devienne maire. Et Nicolas le sait."

 

Aujourd’hui, les commentateurs commencent à se demander si les récentes intrigues de Sarkozy à Neuilly ne vont pas trop loin, même pour son électorat doré.

 

Stars de cinéma et capitaines d’industrie

 

Selon les statistiques fiscales, Neuilly-sur-Seine est la ville la plus riche de France. Des stars de cinéma comme Sophie Marceau ou Jean Reno y résident, ce dernier ayant soutenu la candidature de Sarkozy à l’Elysée.

 

Le fabricant d’armes et d’électronique Arnaud Lagardère, un proche du président français, qui possède la station de radio Europe 1 et de nombreux journaux et magazines, habite à quelques pas de l’ancien domicile de Sarkozy. Non loin de là se trouve le domicile de Martin Bouygues, un poids lourd du bâtiment, qui contrôle TF1, le premier groupe de télévision d’Europe. Lui aussi est un ami personnel du président.

 

Les réunions du conseil municipal de Neuilly ressemblent beaucoup aux conseils d’administration qui se tiennent dans les sièges sociaux de La Défense, de l’autre côté de l’autoroute. Le maire actuel, Louis-Charles Bary, est un ancien industriel qui a occupé la vice-présidence de l’organisation patronale nationale Medef.

 

Parmi les conseillers municipaux,  Antoine Dupont-Fauville, qui a dirigé les banques Crédit du Nord et NSM, et qui siège au conseil d’administration d’une troisième, Neuflize. Ou Nicolas Boudeville, un associé de PriceWaterhouseCooper. La liste est longue.

 

Pendant les deux décennies qu’il a passées à la tête de la ville, Sarkozy a su user de ce réseau influent. Il a ainsi lancé Neuilly Communication, un club très fermé – l’adhésion coûterait 1 500 euros par an – destiné à rassembler autour de lui les nombreux décideurs des medias qui ont installé leur résidence ou leurs bureaux dans la ville.

 

Aujourd’hui, alors que le contrôle de Sarkozy se relâche sur Neuilly, plusieurs figures locales de l’UMP, y compris son fils, espèrent reproduire le parcours qui l’a vu utiliser la ville comme rampe de lancement pour une carrière nationale.

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