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CUBA - CASTRO

Les Etats-Unis ne vont pas lever leur embargo

6 min

Après la renonciation de Fidel Castro au pouvoir, les Etats-Unis n’envisagent pas de lever leur embargo sur Cuba dans l’immédiat, selon un haut responsable américain. (Récit : L. Kammourieh)

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Les premières réactions au retrait de la présidence de Fidel Castro ont été prudentes aux Etats-Unis, et plutôt optimistes dans l’Union européenne. A Cuba, les habitants ont exprimé leur surprise, leur attachement au « Lider Maximo », et parfois quelques critiques prudentes à l’égard de l’homme qui dirigeait leur île depuis près d’un demi-siècle.

Selon le numéro deux du département d'Etat, les Etats-Unis n’envisagent pas de lever leur embargo sur Cuba dans l'immédiat, malgré le retrait de Fidel Castro, annoncé par "Granma", le quotidien du Parti communiste cubain. "Je ne peux pas imaginer que cela se produise dans un proche avenir", a déclaré John Negroponte lors d’une conférence de presse.

En visite au Rwanda dans le cadre d'une tournée africaine, George W. Bush a réagi à la démission de Fidel Castro en déclarant que "cela devrait être un début de transition démocratique pour le peuple cubain", mais s'est gardé d'envoyer le signal d'un changement dans la politique que les Etats-Unis mènent depuis un demi-siècle vis-à-vis de Cuba.

L'Union européenne a annoncé être disposée à chercher une relance des liens diplomatiques avec Cuba. "Nous réitérons notre volonté d'amorcer un dialogue constructif avec Cuba", a déclaré un porte-parole du commissaire européen au Développement, Louis Michel.

A Moscou, le chef du Parti communiste russe, allié historique de Cuba, a estimé que Fidel Castro avait renoncé à la présidence en responsable "politique génial", "courageux" et dans "l'intérêt de son pays et de son peuple". "C'est une décision courageuse, et en la prenant, Fidel Castro, j'en suis sûr, était guidé par les intérêts de son pays et de son peuple", a déclaré Guennadi Ziouganov, cité par l'agence Interfax.


"Je trahirais ma conscience en occupant [cette] responsabilité"

 
Après un demi-siècle à la tête de Cuba, Fidel Castro a annoncé qu’il renonçait à la présidence du pays. "Je n'aspirerai ni n'accepterai, je répète, je n'aspirerai ni n'accepterai la charge de président du Conseil d'Etat et de Commandant en chef", a-t-il écrit dans une tribune publiée par "Granma".


"Je trahirais ma conscience en occupant une responsabilité qui requiert mobilité et dévouement total alors que ma condition physique ne me le permet pas", a-t-il jouté, mettant un terme à une période de transition qui a commencé le 31 juillet 2006 lorsque Fidel Castro, malade, a provisoirement délégué son pouvoir à son frère Raul.

Cette déclaration intervient alors que le nom de son successeur doit être annoncé dimanche lors d’une session de l’Assemblée nationale. Plusieurs noms circulent, à commencer par ceux de Raul Castro et du Premier ministre Carlos Lage.

"Si Lage devait devenir le prochain président, cela signifierait que Cuba pourrait s’engager dans une période de réformes", a déclaré le journaliste spécialiste de l’actualité internationale de France 24, Robert Parsons, qui relève que dans les années 1990, Lage a été associé aux réformes de libéralisation de l’économie. Et ce d’autant plus "que des rumeurs circulent sur le fait que Raul Castro n’est pas forcément très enclin à prendre les rênes du pouvoir", ajoute-t-il.

  

Correspondant de France 24 à La Havane, José Goita souligne de son côté que Fidel Castro n’a pas, dans son message, désigné directement son frère. Il évoque en effet des "cadres de l’ancienne garde" qui "disposent de l’autorité et de l’expérience nécessaires pour garantir le remplacement", sans nommer personne en particulier.

 

Pour le journaliste spécialisé Alain Ammar, invité sur le plateau de France 24, Cuba devrait se rapprocher de Washington sous l’influence de Raul Castro et d’autres hommes autour de lui comme Ricardo Alacon, président de l’Assemblée nationale cubaine. "Avec lui, petit à petit, les choses vont aller vers la main tendue aux Etats-Unis, déclare-t-il. En septembre, il a encore déclaré : "Aidez-nous à sortir de ce marasme économique."


"Fidel a démissionné ? Impossible !"

La nouvelle du retrait politique de Fidel Castro est tombée à Cuba en pleine nuit, via le site Internet de "Granma".


FRANCE 24 a contacté par téléphone notre observatrice à La Havane, la blogueuse Yoani Sanchez, à qui nous avons appris la nouvelle, qui n'a pas encore été diffusée par la radio ou la télévision cubaine. Elle nous a expliqué qu’elle était "soulagée" par cette nouvelle et qu’elle pensait que le régime cubain allait maintenant évoluer en suivant le modèle chinois.

Dans les rues de La Havane, les passants exprimaient leur étonnement en apprenant la nouvelle. 

"Fidel a démissionné ? Impossible ! Non... le Commandant en chef a démissionné ! " L'information dégrise immédiatement Dayron Clavellón, un jeune Cubain de 20 ans, qui vient de passer une nuit festive sur le Malecon, le bord de mer, à La Havane. "Nous savions que cela allait arriver un jour et maintenant que c'est une réalité, cela es un choc", glisse ce mannequin de 20 ans au journaliste de l'AFP, qui lui apprend la nouvelle.

"Fidel a renoncé ? Bon sang, on va le regretter", lâche Dubael Cesar, un musicien de 27 ans, persuadé que "tout restera pareil" à Cuba, malgré son départ.

Près d'un arrêt de bus, où elle attend de partir au travail, Juana Hernandez, 61 ans, employée du secteur de la construction, reste perplexe. "Cela ne me plaît pas. Fidel est notre leader historique, quelle tristesse ! il est vraiment malade", déplore-t-elle, en allusion à la convalescence de 19 mois du vieux dirigeant cubain après la grave hémorragie intestinale qui l'a conduit à céder le pouvoir à son frère Raul.

D'autres insistent sur les changements promis par Raul Castro, qui avait lancé une campagne nationale afin de permettre à la population d'exprimer son mécontentement, alors que le Parlement se réunit dimanche 24 février pour désigner le nouveau chef de l'Etat.

"Les choses vont mal et nous réclamons des changements à cor et à cri, des mesures sages, avec un impact rapide et sans préambule", explique à l'AFP Aida, un ingénieur de 42 ans, qui vend du café au noir pour faire vivre sa famille.

Dans son message, Fidel Castro écrit qu’"après tant d’années de lutte, mon obligation première était de préparer notre peuple à mon absence, psychologiquement et politiquement". Mon désir a toujours été d’accomplir mon devoir jusqu’à mon dernier souffle. C’est ce que j’ai pu offrir."

Sur la question des droits de l’homme à Cuba, Reed Brody, un avocat de l’organisation Human Rights Watch basé à Bruxelles , déclare que "le pays va probablement connaître une ouverture progressive depuis que Fidel a délégué son pouvoir il y a un an et demi. Il y a eu des signes de détente ; un certain nombre d’opposants ont été libérés. Je pense qu’il y aura une transition en douceur, avec rien de dramatique".

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