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Sale temps pour les évangéliques

Dernière modification : 29/05/2008

Les autorités algériennes sévissent contre les églises évangélistes - un mouvement que le ministre des affaires religieuses a assimilé au "terrorisme"

 

Après avoir fermé une dizaine d’églises protestantes sous prétexte de prosélytisme, le gouvernement algérien menace désormais d’expulser le père Hugh Johnson, prêtre Américain établi à Oran (Ouest du pays) depuis 45 ans. De son coté, le ministre des affaires religieuses algérien Bouabdellah Ghlamallah a assimilé l’évangélisation au «terrorisme ».
 
Le gouvernement algérien accuse les évangélistes chrétiens de mener des actions de prosélytisme sur tout le territoire national. En Algérie, l’islam est la religion de l’état conformément à l’article 2 de la constitution. 98% des gens (soit 33 millions de personnes) sont sunnites. D’autres religions sont représentées de façon officielle et pratiquent leur culte dans le strict respect de la loi. Mais depuis 2001, certains prêtres évangélistes venus d'Amérique du nord semblent se donner au prosélytisme, notamment dans la région berbérophone Kabylie. Une vive polémique oppose depuis le début de l’année les autorités du pays avec les représentants des cultes non-musulmans.
 
Selon Mustapha Krim, président des églises protestantes en Algérie, la préfecture de Tizi-Ouzou, capitale de la grande Kabylie, a suspendu  récemment deux églises. Il a ajouté qu’à Fort-National, petite sous-préfecture située sur les hauteurs de Kabylie, le dirigeant de l’église protestante locale a été convoqué, lui aussi, par la police. Objectif : Lui ordonner de se conformer rapidement à la nouvelle loi régissant les cultes non musulmans adoptée en février 2006. La loi prévoit « deux à cinq ans de prison ferme et une amende de 5 000 à 10 000 euros contre toute personne qui incite, contraint ou utilise des moyens de séduction visant à convertir un musulman à une autre religion ». 
Ces fermetures s’ajoutent aux huit autres opérées dans l’ensemble du pays depuis le début de l’année, selon Mustapha Krim, président des églises protestantes en Algérie, cité par le jour local « L’expression ».   
 
Par ailleurs, huit ressortissants suisses, devant animer des séminaires en Kabylie ont été priés de quitter la région par la police vendredi dernier, si l’on croit le portail internet Kabyle. Com.
 Pour sa part, le prêtre catholique Pierre Wallez, résidant en Algérie depuis de nombreuses années, a été condamné le 30 janvier dernier à un an de prison avec sursis par le tribunal de Maghnia (extrême ouest du pays). Il est accusé d’avoir animé en décembre 2007 un culte auprès de migrants chrétiens camerounais. Une action assimilée au prosélytisme.
A Oran, le père Hugh Johnson, en retraite depuis 2006, vit toujours sous la menace d’une expulsion. Il attend la réponse au recours introduit devant le conseil d’état.
 
« La campagne finira par s’essouffler »
 
Les dignitaires musulmans accusent les évangéliques américains de cibler tout le pays et de profiter des difficultés sociales des gens pour les convertir au christianisme à coup d’argent et de promesses.
 Le ministre algérien des affaires religieuses, Bouabdellah Ghlamallah, a traité, pour sa part, d’hors la loi les personnes pratiquant leur culte dans des lieux clandestins et illégaux. « J’assimile l’évangélisation au terrorisme. La campagne va durer cent ans, deux cent ans, elle fera mal, mais elle finira par s’essouffler », s’est-il exprimé dans un entretien au journal « L’expression ». au début du mois de mars.  Et de confirmer : «J’ai demandé aux imams de rappeler aux jeunes que les prêtres ne viennent pas en Algérie parc qu’ils l’aiment ou parce qu’ils aiment le christianisme, mais pour créer une minorité qui donnerait un prétexte pour les puissances étrangères en vue de s’ingérer dans nos affaires au nom de la protection des minorités ».
 
Même son de cloche chez Abderrahmane Chibane, président de l’association des ulémas (savants religieux musulmans). Il juge que les missionnaires évangéliques nord-américains qui visitent l’Algérie appartiennent tous aux groupes de néoconservateurs. « Les missionnaires évangéliques nord-américains qui visitent l’Algérie pour rejoindre leurs amis dans les wilayas (préfectures) appartiennent tous aux groupes de néoconservateurs », a-t-il dit dans le quotidien « El Watan ».
 
L’article deux de la constitution algérienne stipule que l’islam est la religion de l’état. A ce titre, il interdit aux algériens d’embrasser une autre religion, sous peine d’être jugés pour apostasie. 
 Mais depuis 2001, fin de 10 ans de terrorisme, un nouveau phénomène religieux commence à voir le jour en Algérie, notamment en Kabylie. Il s’agit de prêtres évangéliques qui sillonnent les régions du pays en quête de conversion des musulmans au christianisme. D’après le ministre algérien des affaires religieuses, il existe environ 50.000 adeptes de l’église évangélistes, dont 10.000 pratiquants regroupés en 33 communautés. Cependant, aucune source indépendante  n’est en mesure de confirmer ce chiffre.
 
« Un texte moyenâgeux »
 
Mais peu importe leur nombre selon Christophe Courou, directeur des relations avec l’Islam au sein de la conférence des évêques de France, les raisons de conversion se sont multipliées depuis 2001: « Influence des médias et sites évangéliques américains, traumatisme causé par dix années de terrorisme et désir de chercher un nouveau sens à la vie en choisissant la voie du Christ ».
 Interrogé par FRANCE 24, cet interlocuteur s’est demandé comment 33 communautés peuvent-elle faire trembler 32000 mosquées ? ». Et de constater que: « Tout cela n’est pas sérieux. Le gouvernement choisit de braquer les projecteurs sur cette question pour masquer ses échecs. Et ce sont toujours les étrangers qui sont désignés comme des boucs émissaires ».
 
Pour mieux contrôler les croyances, le gouvernement algérien a fait voter en février 2006 une nouvelle loi régissant les cultes non musulmans. Pour Mustapha Krim, ce texte sort tout droit du moyen âge et reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre. « Il est clair que les tracasseries que nous vivons en tant que chrétiens s’apparentent à des concessions faites par l’état aux islamistes », a-t-il répondu à FRANCE 24, avant de conclure : « Il est temps qu’un débat citoyen s’installe sur les libertés de conscience et de religion en Algérie tel que le stipule l’article 18 de la déclaration universelle des droits de l’homme.
 

Première publication : 26/03/2008