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Deux Djiboutiens condamnés à de la prison ferme

Deux hauts dignitaires djiboutiens ont été condamnés à de la prison ferme pour avoir fait pression sur deux témoins, dans l'enquête sur l'assassinat du juge Borrel, en 1995 à Djibouti.

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Deux hauts dignitaires djiboutiens, Djama Souleiman, procureur de Djibouti, et Hassad Saïd, chef des services secrets, ont été condamnés jeudi à versailles pour avoir fait pression sur deux témoins dans l'enquête sur l'assassinat du juge Borrel en 1995 à Djibouti.

Le tribunal correctionnel de Versailles a condamné M. Souleima à 18 mois et M. Said à un an de prison ferme pour "subornation de témoin".

Première juridiction française à examiner le fond de l'affaire en douze ans de procédure, le tribunal est allé beaucoup plus loin que le parquet qui avait requis un an de prison avec sursis.

Les mandats d'arrêts internationaux délivrés à l'encontre des deux hauts responsables, jugés en leur absence, ont été maintenus.

Djama Souleiman et Hassad Saïd ont été reconnus coupables d'avoir fait pression sur deux témoins clefs du dossier dans le but d'annuler ou de discréditer un témoignage mettant en cause l'actuel président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh, comme le possible commanditaire du meurtre du juge français.

Le corps en partie calciné du magistrat avait été retrouvé en contrebas d'un ravin à 80 km de Djibouti où Bernard Borrel travaillait, dans le cadre de la coopération, auprès du ministre de la justice.

La thèse d'un suicide a longtemps été privilégiée avant que des expertises n'orientent l'enquête vers un meurtre.

"C'est un jugement marqué du sceau du corporatisme", a déclaré Me Francis Szpiner, avocat des prévenus, qui a annoncé à l'AFP qu'il ferait appel.

"J'espère que nous n'apprendrons pas un jour que les magistrats qui ont rendu ce jugement sont membres des syndicats de la magistrature, parties civiles dans l'affaire", a-t-il ajouté, précisant que "jamais ses clients ne se présenteront devant le tribunal".

"C'est une très belle victoire", a déclaré pour sa part Me Olivier Morice, avocat d'Elisabeth Borrel, la veuve du juge Borrel, à l'initiative de cette procédure. "Il faut donc considérer aujourd'hui que le procureur général et le chef des services secrets de Djibouti sont considérés par la justice française comme des délinquants recherchés par des mandats d'arrêt".

"Mme Borrel est à la fois très satisfaite et peu surprise que des magistrats indépendants soient allés plus loin que les réquisitions. Les faits qui étaient reprochés étaient tellement graves qu'il convenait de prononcer des peines de prison ferme", a-t-il ajouté.

Djama Souleiman a été reconnu coupable d'avoir soudoyé un ex-membre de la garde présidentielle djiboutienne, Mohamed Saleh Alhoumekani, exilé en Belgique.

Fin 2001-début 2002, il est venu en personne pour que le garde se rétracte contre 3 millions d'euros et un poste diplomatique. Pour preuve, l'enregistrement d'une conversation téléphonique et un projet de lettre produit par M. Alhoumekani.

Dans un témoignage capital, selon l'instruction, pour le déroulement de l'enquête ouverte pour assassinat, l'homme a affirmé devant la justice française avoir entendu, le jour de la mort du juge, cinq hommes rendre compte à Ismaël Omar Guelleh, alors directeur de cabinet du président, de la mort du "juge fouineur".

Le chef des services secrets a pour sa part été reconnu coupable d'avoir soudoyé Ali Iftin, l'ex-chef de la garde présidentielle, pour qu'il rédige chez un notaire en janvier 2000 une attestation discréditant le témoignage de M. Alhoumekani.

Lors de l'audience du 14 mars, Mme Borrel avait confié qu'elle-même avait été l'objet de "pressions invraisemblables".

"Depuis 13 ans, cette femme se bat seule contre deux Etats qui ont conjugué leurs forces pour étouffer l'affaire", avait alors plaidé son avocat. 

"C'est un combat pour la vérité mais c'est aussi un cri d'amour", avait-il ajouté faisant état des diverses pressions exercées sur la justice dans ce qu'il considère être un "scandale d'Etat".

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