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1968 dans le monde

L’année 1968 marque un tournant dans le monde entier. Les sixties ébranlent l’Ouest en son paisible équilibre, comme on a pu le voir avec le Mai 68 français, tandis que le système soviétique resserre l’étau sur ses populations.

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Des sixties à 1968
 

1968, c’est d’abord les "sixties". La décennie est mûre pour le changement. La crise de Cuba a donné des sueurs froides au monde entier en 1962, John Fitzgerald Kennedy a été assassiné en 1963, et les émeutes de Watts ont effrayé l’Amérique puritaine en 1965. L’époque bascule de partout, avec des fronts multiples : les Etats-Unis s’embourbent dans la guerre du Vietnam, et la guerre des six jours ébranle le Proche-Orient en juin 1967.

 

C’est aussi l’essor du rock n’roll et des mouvements hippies. Autre temps, autre mœurs, les jeunes anglais troquent le traditionnel tea time pour le LSD ("Lucy in the sky with diamonds", chantent les Beatles). San Francisco connaît aussi, en 1967, un étrange été : le "summer of love", avec plus de 100 000 étudiants, artistes beatniks et autres journalistes, envahit le quartier de Haight-Ashbury ("L’invasion des enfants-fleurs", titre à l’époque le San Francisco Chronicle) à grands renforts de fripes polychromes et de psychotropes en tous genres.

 

Le printemps 68 cristallise ensuite les tensions des sixties. Deux directions, deux tendances durables travaillent les équilibres mondiaux : l’Ouest connaît une période  d’évolution rapide des mœurs et de sa culture politique, quand l’Est entre dans une phase de crispation funeste – ouvrant la voie à la lente décomposition du monde communiste en Europe.

 

"Finalement, à l’Ouest, Mai 68 s’était terminé par des vacances, mais aussi par l’évolution des mœurs et des institutions académiques, conforme à l’esprit de l’événement, tandis qu’à l’Est l’année 1968 débouche sur une traversée du désert longue et coûteuse", précise à ce sujet Georges Mink, directeur de recherches à Sciences-Po Paris, dans le journal Le Monde.

 
L’Est se crispe
 

D’Est en Ouest, ce sont les foyers de contestation estudiantins qui génèrent les événements. En Pologne, le régime qui sévit n’en était pourtant pas à ses premières censures. Mais l'interdiction, début 1968, d'une pièce jugée non conforme au dogme soviétique, provoque la colère des étudiants.
 

Le gouvernement décide d'employer la force. Cette purge tourne au règlement de compte sur fond d’antisémitisme et prépare l’arrivée au pouvoir du général Jaruzelski, qui a été le dernier dirigeant de la Pologne communiste.

 

En Tchécoslovaquie, la détente (ou le "socialisme à visage humain") initiée début 1968 par Alexander Dubcek va terminer dans un bain de sang le 21 août. Le Printemps de Prague est emporté par le Pacte de Varsovie et les troupes soviétiques. L’URSS n’a pas supporté l’introduction de mesures libérales dans la vie politique, au nombre desquelles les libertés de la presse, d’expression ou de circulation.

 
L’Ouest s’ouvre
 

Rien à voir avec ce qui se passe à l’Ouest. La République fédérale d'Allemagne (RFA) voit début 1968, les revendications à l’égard des universités et des normes sociales prospérer sur les campus. Un mot d’ordre :  "contre l’autoritarisme académique", et pour "le pouvoir aux étudiants".

 

Le chancelier Erhard ne parvient plus à satisfaire les jeunes Allemands en proclamant "la prospérité pour tous". La contestation revêt de nombreux aspects : contre le silence des pères sur la Seconde guerre mondiale et le nazisme, pour la modernisation de la société. Un attentat contre le leader étudiant Rudi Dutschke, le 11 avril, met le feu aux poudres. Cinq mille personnes se dirigent vers l’immeuble du groupe de presse Springer à Berlin, éditeur du Bild, accusé de relayer de fausses informations sur les mouvements étudiants.    

 

Aucun pays à l’Ouest ne semble échapper aux événements. Aux Etats-Unis, c’est Martin Luther King, pasteur baptiste et leader du Mouvement des droits civiques défendant les noirs américains, qui est assassiné dans un motel de Memphis le 4 avril 1968. Le choc, pour toute l’Amérique, est énorme. Les milieux estudiantins sont extrêmement agités. La Californie s'embrase pendant l'été. Les affrontements opposent notamment étudiants et policiers à l'Université de Berkeley. Un certain Ronald Reagan, gouverneur de Californie, déclare même l'état d'urgence. Couvre-feu pour tout le monde.

 

La France n’échappe donc pas à ce flot de contestation. On se souvient du fameux "Mai 68" en France, avec ses révoltes, ses pavés, ses grèves générales et ses occupations d’entreprises. On connaît moins, en revanche, les émeutes qui touchent alors le Japon. Les étudiants japonais protestent contre la guerre du Vietnam et la politique des Etats-Unis. Ils revendiquent eux aussi un changement de société en occupant les universités, en descendant dans les rues.

 

Le Mexique, de l’autre côté du Pacifique, s'apprête à accueillir les Jeux olympiques. Le président Diaz Ordaz (1964-1970) ne supporte pas que son autoritarisme grandissant soit mis en cause, à plus forte raison au moment où l’Amérique latine accueille ses premières olympiades. Mais les étudiants ne tiennent pas en place et réclament plus de libertés. Les heurts se multiplient avec la police, la violence s’intensifie. Le 2 octobre 1968, le gouvernement tire sur une foule plus de 10 000 étudiants, sur la place des Trois-Cultures à Mexico, dans le quartier de Tlatelolco. La célèbre journaliste italienne Oriana Fallaci écrit, au lendemain du massacre : "c’est la première fois de ma carrière que je vois des soldats tirer sur une foule acculée et sans défense." Au moins 300 manifestants ont été tués et des milliers d'autres arrêtés.

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