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Malgré la catastrophe, le référendum a lieu en Birmanie

Les bureaux de vote ont ouvert dans certaines localités de la Birmanie, pour permettre aux citoyens d'approuver ou non une nouvelle Constitution. L'opposition avait demandé le report du scrutin. (Récit C. Casali)

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Malgré l'ampleur de la catastrophe provoquée par le passage du cyclone Nargis le week-end dernier, les militaires ont maintenu le référendum sur une nouvelle Constitution. Ils ne l'ont reporté au 24 mai que dans les municipalités les plus touchées. Selon les généraux, l'adoption d'une nouvelle Constitution ouvrira la voie à des "élections multipartites" en 2010. Samedi matin, des bureaux de vote ont ouvert dans certaines régions de Birmanie.

 

Vendredi, le gouvernement a même lancé un appel à voter "oui" ce week-end. " Dès 4 heures, des hauts-parleurs ont commencé à diffuser des chants et des slogans patriotiques où l’on entendait revenir en boucle ‘Meyo, meyo’, ce qui veut dire référendum en birman", rapporte Cyril Payen.

"Approuver la Constitution de l'Etat est une obligation nationale de l'ensemble de la population", peut-on lire sur un bandeau à la Une du New Light of Myanmar, qu'ils contrôlent étroitement.

Selon les témoignages recueillis par Cyril Payen, les Birmans sont "frustrés et furieux" de cette priorité donnée au référendum alors que l’eau et la nourriture manquent.

"Avec cette situation, ce n'est pas le moment approprié de tenir un référendum", a déclaré à l'AFP Nyan Win, porte-parole de la NLD. Le parti de l'opposante Aung San Suu Kyi, lauréate du Prix Nobel de la Paix assignée à résidence, estime que le texte pérennisera la mainmise de l'armée sur le pouvoir.

Comme on lui demandait si la LND appelait toujours à voter "non", le porte-parole du parti de Mme Suu Kyi a déclaré : "Nous n'avons pas changé. Nous demandons encore à la population de voter ‘non’ au référendum de demain".
 

 

 La junte birmane au pouvoir souffle le chaud et le froid

 

Face aux pressions diplomatiques persistantes, l'ambassadeur birman à l'ONU, Kyaw Tint Swe a affirmé vendredi que son pays avait l'intention de coopérer avec la communauté internationale et acceptera l'aide "d'où qu'elle vienne" pour faire face aux conséquences du cyclone qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Après avoir suspendu les vols en direction de la Birmanie vendredi, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies en a finalement annoncé la reprise à partir de samedi. Le PAM dénonçait  des restrictions "inacceptables" imposées par les militaires au pouvoir.

"Deux vols ont atterri ce matin (à Rangoun) avec de la nourriture qui n'a pas encore été débarquée", a indiqué le directeur du PAM pour la Birmanie Chris Kaye, sans préciser pourquoi le PAM n'avait pas été en mesure de décharger ces secours.

Cependant, vendredi aucun avion n'a pu atterrir : les portes sont restées fermées aux équipes de secours et journalistes étrangers, malgré le concert d'appels internationaux en faveur d'une ouverture du pays à une aide massive aux sinistrés du cyclone dévastateur Nargis.

Des "dizaines de camions" chargés d’aides et de travailleurs humanitaires attendent à l’entrée du territoire birman, a constaté Cyril Payen, correspondant de FRANCE 24 à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. "Pour l’instant, rien ne passe", affirme-t-il.

Vendredi matin, le ministre birman des Affaires étrangères de la junte militaire avait déclaré dans le quotidien officiel New Light of Myanma : "La Birmanie donne la priorité à la réception d'aides d'urgence et fait des efforts acharnés pour les faire transporter sans délai par ses propres travailleurs dans les zones affectées".

"La Birmanie n'est pas prête à recevoir des équipes de recherche et de secours, ainsi que des équipes de journalistes, de pays étrangers", avait-il ajouté.  

 

La France envoie un bateau

La France a décidé d'envoyer un bateau de la marine chargé de 1.500 tonnes de produits et de matériels.

Le navire, qui charge en Inde, devrait partir au plus tard dimanche pour arriver à destination "mardi ou mercredi", a indiqué le ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner. A bord se trouvent des hélicoptères, des équipes médicales et des lits d'hospitalisation. "Le problème est de savoir où (ces tonnes de produits) arriveront et comment elles seront distribuées. L'idéal est évidemment de passer par les ONG", a ajouté le ministre.

Jeudi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, essayait d'entrer en contact avec le chef de la junte, le généralissime Than Shwe, pour tenter de le convaincre. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a appelé son homologue à Pékin Yang Jiechi pour que la Chine, voisine et alliée de la Birmanie, use de son influence sur les dirigeants.

Selon l'ONU, seuls deux experts des Nations unies ont pu pénétrer en Birmanie et 40 demandes de visas étaient encore en attente jeudi. La Croix Rouge affirme quant à elle être parvenue à faire atterrir un avion chargé d’abris d’urgence à Rangoun dans la nuit de jeudi à vendredi et espère y envoyer du personnel et du matériel complémentaire vendredi.


Des estimations font état de 100 000 morts

Selon le dernier bilan officiel provisoire, le cyclone Nargis qui a ravagé le week-end dernier de vastes régions du Sud de la Birmanie a fait près de 23 000 morts et plus de 42 000 disparus.

Les estimations d'une diplomate américaine à Rangoun et d’une source proche du parti d’opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), contactée par FRANCE 24 laissent quant à elle craindre plus de 100 000 morts. Jeudi, un porte-parole de l'ONU a estimé qu'au moins un million de personnes avait besoin d'aide.

En l’absence de secours suffisant, la contrebande prend le relais : Cyril Payen a constaté l’existence de "dizaines de points de passage illégaux" à la frontière thaïlandaise. "Des camions de Thaïlande sont vidés dans des barques", explique-t-il. "De l’autre côté de la frontière, d’autres camions sont chargés clandestinement et partent vers Rangoun." Le ciment et le riz, particulièrement recherchés, voient leur prix s’envoler au marché noir.

 

 

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