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L'ONU condamne la lenteur de l'Etat birman

Dix jours après le passage du cyclone Nargis, des dizaines d’humanitaires attendent toujours l'autorisation d'entrer en Birmanie. Le secrétaire général de l'ONU dénonce la lenteur "inacceptable" des autorités birmanes. (Récit : E. Allain)

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Les Etats-Unis, dont un premier avion a atterri à Rangoun, et l'ONU ont pressé lundi les autorités birmanes d'agir vite dix jours après le cyclone Nargis pour éviter davantage de morts, et de faciliter une aide étrangère que le régime veut contrôler.

"Le monde devrait être en colère et condamner" la junte militaire en Birmanie, a déclaré le président américain George W. Bush.

"Soit ils sont isolés, soit ils sont endurcis", a dit le président américain à propos des dirigeants birmans dans une interview à la radio CBS.

"Il est impossible de dire combien de personnes ont perdu la vie à cause de la lenteur de la réaction" du régime après le désastre, a-t-il ajouté.

"Il est important que nous, et la communauté internationale, soyons autorisés à aider les victimes de cette horreur inimaginable", a martelé l'ambassadeur des Etats-Unis en Thaïlande, Eric John.

Les Américains "enverront deux avions d'aide" supplémentaires en Birmanie mardi, a annoncé à Bangkok Henrietta Fore, directrice de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID). La Maison Blanche a promis 13 millions de dollars de plus pour aider la population birmane, soit 16,26 millions au total à ce jour.

Pour l'instant, une cinquantaine d'humanitaires étrangers travaillant pour des agences des Nations unies et des ONG attendent toujours l'autorisation d'entrer en Birmanie, ont précisé des responsables onusiens à Bangkok.

"En fait, très peu de visas ont été accordés", a déploré Catherine Bragg, directrice adjointe du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exprimé "sa préoccupation et son immense frustration" devant cette lenteur "inacceptable".

"Si davantage d'aide n'entre pas dans le pays très rapidement, nous risquons de faire face à des épidémies de maladies infectieuses qui pourraient surpasser la crise actuelle. J'appelle en conséquence le gouvernement de la Birmanie à donner la priorité à la vie de ses compatriotes", a déclaré le chef de l'ONU.

Le rythme d'arrivée des secours étrangers s'est légèrement accéléré depuis dimanche, mais reste bien en deçà des besoins gigantesques de survivants désespérés, qui ont faim et soif, après l'une des pires catastrophes naturelles de l'histoire récente.

Le bilan provisoire s'établissait lundi à 31.938 morts et 29.770 disparus. Des diplomates parlent de plus de 100.000 tués et l'ONU a maintes fois averti que le bilan s'alourdirait si l'on ne portait pas secours immédiatement aux quelque deux millions de sinistrés, dont seulement 500.000 auraient reçu une assistance.

Les équipes étrangères continuent de faire face à des difficultés logistiques et administratives, selon l'ONU. D'après ses représentants à Bangkok, les opérations de secours permettent de répondre à 10% des besoins en eau potable, vivres et matériels.

Des régions du sud-ouest, où flottent des centaines de cadavres, sont coupées du monde, a reconnu le régime, qui veut contrôler la distribution de l'aide internationale.

Le Premier ministre britannique Gordon Brown a jugé "totalement inacceptables" les restrictions imposées par la Birmanie, et les ministres européens chargés du Développement évoqueront mardi à Bruxelles la situation humanitaire.

Un premier avion militaire envoyé par les Etats-Unis a atterri lundi à Rangoun, à la suite de plusieurs appareils affrétés par la Croix-Rouge et Médecins Sans Frontières (MSF).

La junte birmane est l'une des bêtes noires de Washington et la présence de ce premier aéronef américain en Birmanie constitue en soi un événement. "Espérons que ce C-130 sera le premier d'une longue série. Le monde a beaucoup à offrir (aux Birmans). Nous offrons notre aide sans condition", a proclamé l'ambassadeur Eric John.

Afin d'alléger la crise humanitaire, le Trésor américain a décidé de supprimer "la limite des fonds que les individus américains sont autorisés à envoyer à leur famille et leurs amis en Birmanie".

La junte militaire, obsédée par la défense de sa souveraineté, accepte des aides mais reste extrêmement réticente à ce que les secours soient dirigés par des étrangers.

Ainsi, le ministre de la Planification nationale et du Développement économique, Soe Tha, a remercié l'ONU et tous les pays pour leurs dons, mais a réaffirmé que les Birmans garderaient la main sur l'acheminement de l'aide.

"La distribution des secours peut être gérée par des organisations locales", a-t-il insisté. MSF s'est plaint de "plus en plus de contraintes exercées par les autorités" dans les zones où l'ONG tente de travailler.
 

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