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SPECIALE CANNES

Arnaud Desplechin dévoile son "Conte de Noël"

3 min

"Un conte de Noël" d'Arnaud Desplechin, projeté vendredi, raconte l'histoire d'une famille qui déballe ses quatre vérités. C'est le premier des trois films français de la compétition à être projeté. Il sort en salle mercredi. (France 2)

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Premier cinéaste français à entrer dans la compétition à Cannes jeudi, Arnaud Desplechin signe un film de la maturité, le splendide "Un conte de Noël", symphonie familiale où une pléiade d'acteurs dont Mathieu Amalric et Catherine Deneuve jouent une subtile partition sentimentale.

Dans la soirée le légendaire boxeur Mike Tyson montera les marches rouges, avant la projection du film "Tyson" que lui a consacré James Toback, projeté au Certain Regard, hors compétition.

Co-écrit avec le partenaire habituel de Desplechin Emmanuel Bourdieu - fils de Pierre, le sociologue - "Un conte de Noël" débute par un théâtre d'ombres chinoises qui relate l'histoire d'Abel (Jean-Paul Roussillon) et Junon (Catherine Deneuve).

Ils eurent une fille, Elisabeth (Anne Consigny) puis un fils, Joseph atteint d'une maladie génétique, que seule une greffe de moelle osseuse pouvait guérir.

Naquit alors Henri (Mathieu Amalric) qui n'était pas un donneur compatible, et les parents durent renoncer à sauver Joseph qui mourut à l'âge de sept ans.

Puis vint le dernier fils, Ivan (Melvil Poupaud).

Des années plus tard alors que les enfants sont adultes et que Noël approche c'est au tour de Junon, atteinte de leucémie, d'avoir besoin d'une greffe.

Qui sera le donneur : le fantasque Henri, traité en paria par tous sur ordre d'Elisabeth, courroucée par ses frasques financières ? Ou bien Paul (Emile Berling) le fils d'Elisabeth, adolescent fragile aux tendances schizophrènes ?

Alors qu'ils sont réunis pour Noël dans la maison familiale de Roubaix, comme par enchantement la parole se libère, les sentiments longtemps tus sont avoués.. et les vacheries fusent, surtout dans la bouche de Junon, la mère castratrice jouée par Deneuve.

Tous les acteurs, Emmanuelle Devos, Chiara Mastroïanni, Melvil Poupaud, Laurent Capelluto.. sont excellents dans ce film qui sort en France le 21 mai.

Construit comme un kaléidoscope grâce à un savant montage qui navigue avec fluidité du passé au présent, d'un héros à l'autre, ce Desplechin s'inscrit dans la veine autobiographique de "Rois et reine" ou "L'aimée".

Nourri de psychanalyse, le cinéaste traque le refoulé (mort d'un enfant, ascendance juive...) qui détermine la vie des individus tout autant, voire plus que leurs actes : "nous demeurons nécessairement étrangers à nous-mêmes", dit un narrateur, citant Frédéric Nietzsche.

Car les références littéraires abondent dans ce film aux riches ambiances photographiées par Eric Gautier et mises en musique par Grégoire Hetzel.

Talent affirmé du cinéma français, Desplechin est à 48 ans un habitué de Cannes où trois de ses films ont brigué la Palme : "La sentinelle", "Comment je me suis disputé..." et "Esther Kahn".

Dévoilé jeudi, "Les trois singes" est aussi une tragédie familiale, un drame de la jalousie à la somptueuse image numérique qui met en scène un couple et son fils. Il signe le retour du Turc Nuri Bilge Ceylan, pour la 4e fois en compétition, deux ans après l'intimiste "Les Climats".

Ayant tué un homme au volant de sa voiture, un politicien (Ercan Kesal) paie son chauffeur (Yavuz Bingöl) pour endosser la responsabilité de l'accident.

Pendant que son employé est en prison, le politicien séduit l'épouse (Hatice Aslan) de celui-ci, sous les yeux du fils (Ahmet Rifat Sungar).

"Il y a de la haine dans tous les couples, même les plus heureux... j'ai observé dans ma famille ces sentiments complexes, j'en ai beaucoup souffert", a affirmé Nuri Bilge Ceylan à l'AFP.

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