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La junte birmane poursuit son projet référendaire

Les généraux birmans ont organisé la seconde partie d'un référendum constitutionnel dans les zones touchées par le cyclone, alors que la situation humanitaire demeure urgente. Reportage à Rangoun d'Alice Beaumont et Anaïs Boussat.

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RANGOUN - Les responsables des secours d'urgence ont déclaré samedi qu'il n'y avait "pas de temps à perdre" en Birmanie pour venir en aide aux survivants du cyclone Nargis alors que la junte militaire a promis aux Nations unies d'accepter davantage de travailleurs humanitaires.

 

Les généraux birmans, critiqués par l'Occident pour avoir refusé une opération humanitaire d'envergure après la catastrophe du 2 mai dernier, ont de leur côté mis en oeuvre samedi la seconde partie du référendum constitutionnel dans le delta de l'Irrawaddy et à Rangoun, où la consultation avait été différée.

 

Trois semaines après le passage dévastateur du cyclone, qui a fait au moins 134.000 morts et disparus, la faim, la maladie et l'absence d'abri ou de soins menacent jusqu'à 2,5 millions de rescapés, selon les Nations unies.

 

Vendredi, après trois semaines de restrictions et de réticences à ouvrir les frontières du pays, le général Than Shwe a donné au secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, la garantie que la junte accepterait des experts "de toutes nationalités".

 

Mais on ignore encore les modalités pratiques de cet accord, dont Ban Ki-moon a espéré qu'il "pourrait produire des résultats rapidement" tout en reconnaissant que ses "conditions de mise en oeuvre en seraient la clef".

 

"Nous n'avons plus de temps à perdre, il est donc impératif que les autorités birmanes fournissent immédiatement à la communauté internationale les détails pratiques de l'accord", a déclaré pour sa part le commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, le Belge Louis Michel.

 

Un humanitaire birman de 39 ans, revenu de l'étranger pour venir en aide aux rescapés, est sceptique. "J'ai peur que le gouvernement durcisse les conditions plus tard, estimant avoir fait suffisamment de concessions", explique-t-il.

 

 

 

SCRUTIN DANS LES ZONES SINISTRÉES

 

La participation était faible dans le delta de l'Irrawaddy et dans Rangoun et ses environs, les régions durement touchées par le cyclone.

 

Dans l'ancienne capitale, les files d'attentes étaient clairsemées devant les bureaux de vote mais les autorités ont affirmé que de nombreux habitants avaient voté en avance. L'opposante Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, a été autorisée à voter vendredi dans sa résidence, dont elle n'a pas le droit de sortir.

 

Le vote de samedi n'aura qu'un impact limité, la constitution, rédigée par l'armée, ayant été approuvée à plus de 92% le 10 mai dernier dans les autres régions birmanes.

 

Une électrice a confié avoir voté "non" en dépit de la campagne menée par le régime birman pour convaincre les 53 millions d'habitants d'approuver la constitution, pièce maîtresse de son plan de transition vers la démocratie.

 

"Je veux simplement qu'ils sachent qu'en dépit de tout ce qu'ils ont essayé de faire, il y a toujours des gens qui ne les acceptent pas", a-t-elle dit.

 

La junte birmane a exclu que des bâtiments des marines américaine, britannique et française, qui croisent dans les eaux internationales à proximité de la Birmanie, débarquent du fret humanitaire.

 

Pour les généraux, ont rapporté des responsables de l'Onu, la participation de bâtiments militaires à ces opérations est "un sujet très sensible". Le général Than Shwe a donné toutefois son aval au transfert d'aides humanitaires à bord de navires civiles et de petites embarcations.

 

 

 

CONFÉRENCE DE DONATEURS DIMANCHE

 

En Angola, où il était en visite vendredi, le président français Nicolas Sarkozy a jugé "lamentable" le refus de la junte de laisser le Mistral, qui transporte 1.500 tonnes d'aide, entrer dans les eaux territoriales birmanes.

 

Une conférence de donateurs organisée conjointement par l'Onu et l'Association des Nations du Sud-Est asiatique (Asean), se déroulera dimanche à Rangoun. Une soixantaine de pays et organisations internationales y seront représentés.

 

Pour préparer la conférence, des diplomates étrangers et des responsables de l'Onu se sont rendus dans le delta dans le cadre d'une visite organisée par les autorités birmanes, ont rapporté les médias locaux. La junte réclame plus de 11 milliards de dollars mais les pays donateurs rechigneront à donner tant qu'ils ne pourront pas vérifier sur le terrain ces besoins, a prévenu le secrétaire général de l'Asean, Surin Pitsuwan.

 

Selon un responsable de l'Onu, l'objectif premier de cette conférence sera de convaincre la junte d'ouvrir davantage les portes du pays, plus que de récolter des fonds.

 

"Nous espérons que cela leur fera comprendre qu'il y a effectivement un mouvement de solidarité et de soutien de la communauté internationale mais qu'il n'y aura pas d'argent, et pas de soutien, tant qu'ils n'entrouvriront pas la porte", a déclaré ce responsable.

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