Accéder au contenu principal

Les FARC sous la houlette d'un nouveau chef

Guillermo Leon Saenz Vargas, alias "Alfonso Cano", apparaît comme le nouveau chef suprême des FARC. Agé de 59 ans, il est considéré comme un modéré. (Récit : P.-L. Viollat)

PUBLICITÉ

Le chef est mort, vive le chef. Aussitôt après avoir confirmé le décès de son leader historique, Manuel Marulanda, la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a annoncé le nom de son nouveau chef : Alfonso Cano.

La tâche promet d’être rude pour cet homme qui serait en réalité à la tête de la guérilla depuis 2004, selon Pascal Drouhaud, expert en relations internationales et auteur de "FARC – Confessions d'un guérillero".

Intellectuel communiste, Guillermo Leon SaenzVargas, alias "Alfonso Cano" est considéré comme l'idéologue et le stratège du mouvement. Érudit – il a fait des études de droit et d’anthropologie –, et issu de la petite bourgeoisie, il a connu une rapide ascension au sein de la guérilla grâce à la protection et au soutien de Marulanda.
  

"Il a acquis, depuis les années 1980 la connaissance de la machine, les techniques de négociations de crise. Il a aussi continué de faire de la politique et d’entretenir des relations au niveau international", explique Pascal Drouhaud.

Malgré ses atouts, ce barbu d'un mètre quatre-vingts, ses épaisses lunettes à double foyer chaussées sur le nez, doit faire face à de nombreux défis. "Non seulement, il doit redorer l’image de la guérilla à l’international et éviter le démantèlement des FARC, mais il doit aussi maîtriser la ligne radicale du mouvement", commente Fernando Chinchilla, doctorant au département de sciences politiques de l’Université de Montréal.

Plutôt modéré, il incarne une aile dite "politique" de la guérilla et certains guérilleros pourraient se ranger aux côtés de Mono Jojoy, le spécialiste des actions militaires du mouvement, doté de positions plus radicales.  

Outre son rôle militaire, Jojoy, ancien garde du corps de Marulanda, contrôle aussi plusieurs zones de culture de coca appartenant aux FARC, un atout de taille pour ce groupe financé principalement par le lucratif marché de la cocaïne.


Une véritable hémorragie interne


Jusqu'à la fin, Marulanda a été le symbole de l’unité des FARC. Selon Pascal Drouhaud, sa mort "a changé la donne psychologique. Elle oblige à tirer un trait sur la période glorieuse et rentrer dans la réalité".  

Le mouvement, né en 1964, a toujours été dirigé par Marulanda. A l’origine composée de quelques fermiers armés venant du sud du pays, les FARC sont devenues une organisation forte de milliers de guérilleros lançant la plus longue rébellion qu’ait connue l’Amérique du Sud.

Depuis leurs débuts, les FARC ont enlevé environ 750 personnes, terrorisé la population et mené à l’encontre du gouvernement et des pramilitaires d’extrême droite une insurrection sanglante, financée par le traffic de drogue. Une guerre civile qui compte plus de 200 000 morts.

Mais aujourd’hui, la situation sur le terrain a changé. Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, le président colombien Alvaro Uribe, dont le père a été assassiné par les FARC, leur mène une guerre sans merci, avec l’appui de l’armée américaine.

Non seulement affaiblies par les offensives menées par l’armée, elles ont perdu trois des sept membres de leur Etat-major au mois de mars. Avant Manuel Marulanda,  Raul Reyes, le numéro deux, a été abattu lors d'un raid colombien en Equateur. Ivan Rios, le plus jeune membre du secrétariat, a été tué par l'un de ses propres gardes du corps. Sa main a été coupée et remise aux autorités colombiennes en échange d'une récompense de 1 million de dollars.

Pour Chinchilla, cet assassinat illustre également le délitement des FARC. "Quand vous êtes au point de vous faire tuer par votre propre garde du corps, il y a un problème très important en interne", souligne-t-il.

Aujourd’hui, la guérilla doit en effet faire face à une véritable hémorragie interne. Depuis le début de l’année, 1300 guérilleros ont déserté parmi lesquels une de ses dirigeantes emblématiques, Nelly Avina, dite "Karina". Fières de compter 16 000 guérilleros en 2002, les FARC ne seraient plus que la moitié, selon l’armée colombienne.  

Une libération d’otages incertaine

La veille de l'annonce de la mort Manuel Marulanda, le président colombien annonçait publiquement que des chefs de la guérilla étaient prêts à se démobiliser et à libérer Ingrid Betancourt, si le gouvernement leur garantissait la liberté. Betancourt a été enlevée par les FARC en 2002 alors qu’elle menait sa campagne présidentielle.

Une bonne nouvelle que Fernando Chinchilla juge improbable : "Je ne pense pas que l’arrivée d’un nouveau chef va changer quoi que ce soit pour les otages pour l’instant. Avant de discuter, Cano doit consolider son pourvoir". Pour négocier, mieux vaut être en position de force. Et pour l’instant, le gouvernement d’Uribe a le plus de cartes en main, " même si Cano, peut reprendre la main", ajoute de doctorant.

Même affaiblies, les FARC ne sont pas encore prêtes à renoncer. "Plus une guérillera est vieille, plus elle est difficile à démobiliser", conclut le chercheur.

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.