CHINE - SEISME

Peu de Chinois étaient assurés contre les risques liés au séisme

En Chine, le séisme de 12 mai devrait occasionner des conséquences catastrophiques pour l'économie, notamment pour cause de faible pénétration des assurances en zones rurales.

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Dans un pays comme la Chine où si peu de gens sont assurés, le séisme du 12 mai est une tragédie économique irréparable pour les sinistrés.

A 30 ans, Han Jun et son épouse étaient fiers d'être propriétaires de leur petite maison à Beichuan, au coeur de la zone du sud-ouest ravagée par le tremblement de terre de magnitude 8.

Aujourd'hui, ils comprennent qu'ils ont tout perdu, faute d'avoir souscrit une assurance : "Je savais confusément que nous vivions dans une zone à hauts risques mais en fait je n'avais jamais envisagé que l'on ait un séisme pareil", explique-t-il.

Dans cette région rurale et économiquement peu développée, la pénétration des assureurs est inférieure à la moyenne nationale, elle-même bien faible, puisque la totalité des primes d'assurance représentait 2,7% du produit intérieur brut du pays en 2006, bien en deçà des 16,5% la même année au Royaume-Uni, ou 14,5% à Taiwan, selon Swiss Re.

La nécessité de s'assurer ne saute pas aux yeux des habitants locaux.

"Une assurance? les paysans n'en ont pas!", résume une jeune femme dans un champ près de Beichuan.

Et, de toutes façons, "aujourd'hui on ne pense pas à l'argent. Moi j'ai perdu ma fille et tant d'autres membres de ma famille. Qui pourrait penser à l'argent?", ajoute-t-elle, alors que le séisme a tué plus de 69.O00 personnes et fait près de 19.000 disparus, selon les derniers chiffres officiels. 

Assurées ou non, les victimes devraient bénéficier d'une aide du gouvernement central, une tradition impériale qui a franchi les siècles et les régimes, selon des experts.

"Longtemps la Chine a compté sur les finances et donations publiques en cas de désastre", explique Pang Jiying, vice-président de de China Reinsurance (Group) Corporation, cité par l'agence officielle Chine Nouvelle.

"Seules 5% des pertes économiques directes sont couvertes par des assurances commerciales, bien inférieur au pourcentage global de 36%."

Certains assureurs vont désormais promouvoir des produits pour attirer la clientèle des régions où existent des risques de tremblement de terre, comme la branche au Sichuan de l'allemand Allianz qui a 210 assurés dans la zone du séisme, dont une trentaine qu'elle n'a pas pu joindre depuis.

Mais l'industrie connaît surtout un fort développement dans les régions plus économiquement développées du pays, et notamment les grandes villes comme Pékin et Shanghai.

Ailleurs, "les gens estiment que c'est un luxe", souligne Sheng Nan, analyste à Shanghai de Uob Kayhian Securities.

Dans la liste de leurs dépenses, "viennent en premier nourriture, logement, vêtements et éducation. Comme le Sichuan est une province pauvre, il n'y a pas beaucoup d'argent ensuite, pour l'assurance", ajoute-t-il.

Pourtant 2008 a déjà apporté son lot de désastres à la Chine: le séisme, les rigoureuses intempéries de janvier-février, le pire accident de train en une décennie (72 morts).

"Cela va accroître la perception des risques. Davantage de monde va souhaiter s'assurer", dit Deng Ting, une analyste de Guodu Securities à Pékin.
  

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