Accéder au contenu principal
CRISE ALIMENTAIRE

Sommet de la FAO, l'espoir des ventres creux ?

4 min

A la veille du sommet sur la sécurité alimentaire à Rome, les organisations humanitaires et agricoles accusent la communauté internationale d'être derrière le dérèglement des prix. (Analyse J.B. Cadier)

Publicité

Les organisations humanitaires s’inquiètent de la flambée des prix des produits alimentaires. Ce n’est pas encore l’alerte rouge, mais c’est tout comme pour l’association Action contre la faim (ACF) qui multiplie depuis quelques jours des actions de sensibilisation à l'égard de la communauté internationale.

Vendredi dernier, lors d’une conférence de presse, François Darel, Directeur général de l'ACF a répété que l’agriculture est certes un levier incontournable dans cette bataille, mais un levier insuffisant pour enrayer la famine qui menace environ 800 millions de personnes dans le monde.

"Il faut aborder le problème d’une façon globale et pas uniquement d’un point de vue agricole. Cela passe par la création d’un fonds mondial capable de diviser par deux le nombre de victimes de malnutrition sur 15 ans et de changer les modes de gouvernance en les adaptant à la réalité du terrain et aux politiques de santé des pays touchés".

Sécheresse et tensions politiques en cause

Exemple de cette réalité difficile, le Libéria. Ce pays, qui sort à peine de 14 ans de conflit armé, risque de vivre une véritable crise, à croire Bérangère Panaster, chef de mission ACF à Monrovia. Une enquête de février 2008 montre que 400 enfants souffrent de malnutrition sévère uniquement dans la capitale et 12 000 autres de malnutrition modérée sur une population de 71 000 enfants. "Tous les voyants sont au rouge", reconnaît- elle. "ACF se prépare à une crise nutritionnelle aigüe. Les causes sont multiples : épuisement du stock de céréales vers la fin août, augmentation du prix du pétrole et cherté du prix du riz local par rapport à celui qui est importé."

La situation est identique en Afghanistan et au Burkina-Faso. La sécheresse et les tensions politiques y précipitent des milliers de bouches dans une crise alimentaire aux effets incalculables, selon Bertrand Baraqueville et Claire Fioni, respectivement chef de mission ACF à Kaboul et à Ouagadougou. Grèves dans le secteur public, tensions sociales exacerbées, temps de soudure délicat, dégradation de la qualité de vie… Bref tous les ingrédients d’une bombe à retardement sont réunis, d’après les analyses faites sur le terrain par ces deux humanitaires.

Prix élevés et stratégie préventive

A Médecins Sans Frontières (MSF), on ne s’alarme pas, mais on suit de près la situation. Stéphane Doyon, l’un des responsables de MSF, recommande d’attendre la période de soudure (période qui sépare l’ancienne récolte de la nouvelle) pour mesurer les effets réels de la crise. "Mais question prix des aliments, poursuit-il par téléphone à France 24, les indicateurs montrent que les niveaux sont plus importants que l’année précédente, mais moins élevés que ceux de 2005". Exemple : un sac de mil de 100 kg coûtait la semaine du 16 mai dernier environ 16 500 CFA, alors qu’il était évalué en 2007 à la même période à 12 000 CFA. Idem aussi pour le prix du riz évalué à 15 000 CFA en 2007 et à 18 000 CFA en mai 2008.

Pour éviter tout effet de surprise, MSF a mis en place une stratégie préventive. Elle consiste à distribuer des compléments nutritionnels aux enfants de moins de trois dans ses différents programmes. Notamment au Niger qui a connu en 2005, l’une des crises alimentaires les plus meurtrières de son histoire. "Dans ce pays, on a tablé cette année sur 40 000 personnes mal nourries", estime Frédérique Doyon qui prévoit "la prise en charge de plus de 100 000 enfants victimes de la famine dans les centres de santé de cette organisation médicale". Et d’enchaîner : "Au Soudan, la situation est mauvaise.

Au Darfour, l’absence de sécurité engendre des problèmes d’acheminement des aides et l’Ethiopie n’échappe pas à ce scénario". Mais tout en se félicitant de la stabilisation des prix du lait, élément de base dans la production du Plumpy Nut, (Nourriture thérapeutique enrichie) le responsable de Médecins Sans Frontières accuse en filigrane les Etats-Unis d’avoir indirectement engendré des tensions au niveau des marchés mondiaux des céréales, et ce en transformant 40% de son maïs, en fioul biologique.

Culpabilité des institutions internationales

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) tire lui aussi la sonnette d’alarme. Dans un communiqué posté sur son site Internet, il appelle à la solidarité internationale à renforcer l’aide aux communautés rurales et démunies d’Afrique de l’Ouest, en proie aux effets du changement climatique, la hausse des prix de l’alimentation et la croissance du nombre de la population.

L’appel a été partiellement entendu puisque l’Arabie Saoudite a débloqué 500 millions de dollars sur les 750 demandés par le PAM. Le but étant de juguler les effets les plus immédiats de la crise alimentaire. Mais ce geste est considéré comme une goutte dans un océan. Appelant à augmenter la production agricole, notamment dans les pays pauvres, Jacques Diouf, président de la FAO, évalue les besoins alimentaires à 19 milliards d’euros par an.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.