POLLUTION - ETATS-UNIS

Boeing et Dow Chemical condamnés pour pollution

Un juge fédéral a condamné Boeing et Dow Chemical à une amende de 926 millions de dollars pour la pollution engendrée par une usine d'armement nucléaire pendant la Guerre froide. L'argent sera versé aux habitants du Colorado.

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Après 18 ans de procédure, les géants Boeing et Dow Chemicals ont été condamnés à verser 926 millions de dollars à des habitants du Colorado (ouest) en réparation de la pollution d'une usine ayant fabriqué des armes nucléaires pendant la Guerre froide.

Le juge fédéral de Denver présidant à l'affaire, John Kane, a condamné Dow à verser 653,3 millions de dollars et Boeing 508,1 millions, mais a estimé que le total des dommages et intérêts ne pouvait pas dépasser 725,9 millions de dollars, dans une décision rendue lundi soir et publiée mardi.

A cette somme, dont l'importance s'explique par les intérêts ayant couru depuis le début de la procédure en 1990, s'ajoutent deux amendes, une de 110,8 millions de dollars due par Dow Chemicals et une autre de 89,4 millions que va devoir verser Boeing.

Boeing et Dow étaient poursuivis au civil par plus de 12.000 propriétaires de terrains situés autour de l'ancienne usine nucléaire de Rocky Flats, dans le nord-ouest de l'agglomération de Denver, qui fabriquait des éléments de bombes atomiques pour le département de la Défense.

En février 2006, après quatre mois de procès, un jury fédéral à Denver avait reconnu les deux entreprises responsables de préjudice envers les plaignants, sur le plan de leur santé et de la valeur de leurs propriétés foncières.

L'usine de Rocky Flats avait été opérée par Dow Chemicals de 1953 jusqu'en 1975, puis par l'entreprise Rockwell (rachetée depuis par Boeing) jusqu'en 1989, sous contrat avec le Pentagone. Elle élaborait notamment des détonateurs au plutonium pour des têtes de missiles nucléaires.

Mais l'usine avait été mise en cause pour de nombreux manquements aux règles de sécurité. Des barils contenant des produits radioactifs étaient notamment stockés en plein air.

Des traces de contamination radioactive avaient été détectées dans le secteur environnant et jusque dans la nappe phréatique.

Alors qu'une action judiciaire au civil en nom collectif ("class action") était lancée en janvier 1990, accusant les entreprises de mauvaise gestion des déchets et de tentative de dissimuler leurs agissements, l'usine avait vu sa gestion confiée à une tierce société.

Elle a été graduellement démantelée et des travaux de décontamination, qui se sont chiffrés à plusieurs milliards de dollars, se sont étalés jusqu'en 2005. Le site a depuis été transformé en réserve naturelle.

Contactés par l'AFP mardi, ni Dow Chemicals, ni Boeing n'ont réagi dans l'immédiat.

De son côté, l'un des principaux avocats des plaignants, Steven Kelly, basé à Denver, a affirmé à l'AFP que ses clients "sont très heureux de ce jugement, cela a été un processus long et très difficile".

Concernant un éventuel appel de Dow et Boeing, M. Kelly a espéré que les représentants des deux entreprises "voudront bien s'asseoir autour de la table et parvenir à un accord pour résoudre l'affaire" à l'amiable avec les plaignants.

"Mais je m'attends à ce qu'ils fassent appel, c'est ce qu'ils avaient dit qu'ils feraient", a-t-il affirmé.

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