CRISE ALIMENTAIRE - FAO

La FAO sur sa faim ?

Le sommet de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome est l'occasion de se poser la question de la responsabilité de la FAO et d’autres institutions dans la crise alimentaire. Regardez le Face à Face de France 24.

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Retrouvez également l'interview de Jacques Diouf, directeur général de la FAO, invité du Talk de Paris.


Le sommet de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur la sécurité alimentaire mondiale a pour but d’apporter des propositions pour enrayer la crise alimentaire et assurer une production agricole plus élevée et stable. Ce sommet pourrait également prendre la forme d'un procès de la FAO et d’autres institutions, pointées du doigt pour leur négligence.  

"On va voir, à l’occasion de cette réunion, sur qui on va faire porter la critique : sur la FAO ou si l’ensemble de la communauté internationale acceptera de porter la responsabilité", commente Gauthier Rybinski, spécialiste politique internationale sur France 24.  

20 % de frais de fonctionnement

Au premier rang des détracteurs de la FAO, le président sénégalais Wade, qui l’accuse de prélever 20 % pour frais de fonctionnement sur chacun des projets placés sous sa tutelle. Le directeur général de la FAO, le Sénégalais Jacques Diouf, se défend dans le quotidien économique Les Echos : " Depuis 1994, le budget de la FAO a été réduit de 30 % et son personnel de 24,7 % ".

"L’autre aspect négatif de la FAO est qu’elle ne va pas jusqu’au bout des projets qu’elle initie ", poursuit Gauthier Rybinski. La machine technocratique est régulièrement critiquée pour sa lenteur due à la centralisation des décisions. En novembre dernier, une commission internationale d'experts mandatée par les pays membres ne manquait pas d’épargner cette institution créée en 1945 : bureaucratique, sclérosée, sans stratégie globale ni vision de l'avenir, ni projets ambitieux.

"Ce que beaucoup oublient, c’est que la FAO n’est pas seule en charge de la sécurité alimentaire", explique Jacques Diouf, à l’origine de cette conférence qu’il avait programmée dès l'année dernière, avant que les prix ne s'envolent. Elle ne dispose pas des financements, c’est le rôle de la Banque mondiale et des banques régionales".

Des dizaines d’ONG, représentant la société civile et les associations de pêcheurs et d'agriculteurs, réunis du 1er au 4 juin à Rome dans un sommet parallèle, ciblent d’autres institutions que la FAO.

Surpprimer la FAO ?

"Nous rejetons les appels de la Banque mondiale et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en faveur de davantage de libéralisation du commerce international. Ce sont ces mêmes politiques qui ont inondé nos pays avec de la nourriture bon marché, minant notre souveraineté alimentaire et détruisant notre capacité à produire de la nourriture pour nous-mêmes", a déclaré à l’AFP Alvaro Santin du Mouvement brésilien des sans terres.

Pour Catherine Gaudard, directrice du plaidoyer au CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), la FAO a tenté de tirer la sonnette d’alarme. Elle rappelle sur FRANCE 24 que le CCFD a été le premier à plaider en faveur du droit à la souveraineté alimentaire. "La FAO nous a entendus, mais l’institution est faible par rapport à la Banque mondiale et au FMI", commente-t-elle.

La FAO ne décide pas de son financement, qui dépend de la Banque mondiale et des banques régionales. Elles ont, selon Jacques Diouf, réduit de manière drastique leur portefeuille en faveur du secteur. "Entre 1980 et aujourd’hui, la part de l’agriculture dans l’aide au développement est passée de 17 % à 3 % ", commente le directeur général de la FAO en poste depuis 14 ans.

Le président du Sénégal, Abdoulaye Wade parle à l'AFP d’"éliminer la FAO et transférer ses moyens et ses compétences au Fonds international de développement agricole (Fida)". Mais pour sa part,  Catherine Gaudard recentre le débat : "Ce n’est pas en la supprimant qu’on règlera le problème, estime-t-elle. Il faut savoir gérer l’incohérence de ses pays membres".

Des propos qui font écho à ceux du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui s’est exprimé à la veille du sommet de l'ouverture du sommet de la FAO à Rome. Il pointait la dimension politique de la crise actuelle en dénonçant les gouvernements, qui "remettent à plus tard les grandes décisions et négligent le besoin d’investir dans l’agriculture".

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