BIRMANIE - CYCLONE

Un million de sinistrés attendent toujours l'aide humanitaire

Un mois après le passage du cyclone Nargis, les organisations humanitaires ont toujours autant de mal à accéder au delta de l'Irrawaddy, la zone la plus affectée. (Récit : A. Etcheverry)

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La junte militaire au pouvoir en Birmanie a nié mardi tout blocage dans l'acheminement de l'aide aux survivants du cyclone Nargis, et a lancé de nouvelles attaques contre l'opposante Aung San Suu Kyi.

Le quotidien officiel New Light of Myanmar a dressé un compte-rendu optimiste des opérations en cours pour aider les 2,4 millions de sinistrés du cyclone, alors même que les Nations unies indiquent qu'environ un million d'entre eux n'ont encore reçu aucune aide internationale.

"L'aide humanitaire étrangère pour les victimes de la tempête afflue en permanence dans le pays par avion", a écrit le journal, selon qui cette aide est acheminée "sans délai vers les zones affectées".

"La Birmanie a été capable de mener rapidement avec succès les opérations de sauvetage et de reconstruction" s'est congratulé l'organe de la junte.

Après avoir farouchement refusé toute aide étrangère, la Birmanie a finalement accepté d'ouvrir aux organisations humanitaires le delta de l'Irrawaddy, la région la plus touchée, après une rencontre le 23 mai entre le chef de la junte Than Shwe et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Mais les sauveteurs étrangers continuent à faire état de difficultés pour se rendre dans le delta, où les militaires filtrent sévèrement l'accès.

"Nous n'avons pas été en mesure d'accéder partout de la façon dont nous voulions, comme nous l'aurions fait dans une autre situation, mais nous faisons des progrès", a déclaré Chris Kay, directeur pour la Birmanie au Programme alimantaire mondial (PAM). Cette agence onusienne, qui s'est fixé pour objectif de secourir 750.000 personnes dans les régions les plus ravagées du delta, n'a pour l'instant pu atteindre que 500.000 d'entre elles.

Le cyclone Nargis, qui s'est abattu les 2 et 3 mai sur le sud-ouest de la Birmanie, a fait au moins 133.600 morts et disparus.

Des journalistes de l'AFP ayant pu se rendre dans le delta ont rapporté que de nombreux villages sont encore complètement dévastés, leurs habitants cherchant désespérément de la nourriture et essayant de rester au sec dans des abris de fortune sous les pluies de mousson.

De nombreux paysans ont vu leurs rizières envahies par l'eau de mer, leurs buffles périr noyés et leurs stocks de semences détruits. Les experts internationaux ont averti que la famine menace si le riz ne peut être repiqué d'ici fin juin comme prévu. Malgré cela, le New Light of Myanmar a affirmé que les fermiers ont pu "reprendre leurs travaux agricoles".

Le quotidien de la junte s'en est, en outre, pris à nouveau à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, en proclamant que sa victoire électorale de 1990 était désormais "caduque".

La LND avait gagné de façon écrasante les élections de 1990, dont les résultats n'ont jamais été reconnus par les militaires. Ces derniers ont maintenu Mme Suu Kyi en résidence surveillée la plupart du temps depuis.

Le New Light of Myanmar a affirmé que l'approbation de la nouvelle Constitution, élaborée par l'armée, lors du référendum des 10 et 24 mai rendait "caduques" les revendications de la LND. La junte assure que ce référendum controversé, organisé juste après le passage du cyclone Nargis, s'est soldé par une victoire du "oui" par plus de 92% des voix.

Le journal a invité l'opposition a briguer un nouveau mandat lors des élections promises pour 2010, affirmant que ses revendications actuelles "ont été balayées par la marée du vote populaire" lors du référendum.

La nouvelle Constitution birmane comporte des formules juridiques qui interdisent de facto à Mme Suu Kyi de briguer un mandat électif en 2010. Le texte accorde également un quart des sièges du parlement aux militaires, et leur offre la possibilité de reprendre facilement le contrôle total du gouvernement en déclarant l'état d'urgence.

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