SOMMET DE LA FAO

Wade : les pays pauvres sont assistés comme des "mendiants"

Au sommet de la FAO, le président du Sénégal Abdoulaye Wade s'est dit "déçu" par cette institution alors que les causes de cette crise divisent. (Récit K. Yahiaoui)

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Le président du Sénégal Abdoulaye Wade a accusé l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, d'assister les pays en développement comme "des mendiants", affirmant être "déçu" par l'organisation de l'ONU sur l'alimentation et l'agriculture.

"Je ne mets pas en cause la coopération multilatérale, comme avec la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international qui font leur travail. Mais le problème ce sont les institutions multilatérales qui prétendent faire de l'assistance alimentaire. C'est un concept dépassé, nous ne pouvons pas continuer à être assistés comme des mendiants", a-t-il déclaré au cours du sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire.

"Ne venez plus nous imposer des institutions, des experts, l'Afrique d'aujourd'hui ce n'est plus celle d'il y a vingt ans", a-t-il lancé depuis la tribune devant la cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement qui assistent au sommet de la FAO qui s'est ouvert mardi à Rome.

"Alors arrêtez cette farce", a lancé Abdoulaye Wade, s'affirmant "déçu" par les institutions comme la FAO, qui a "commencé sa chute depuis plus de 20 ans".


Ban Ki-moon appelle à "agir à long terme"

Plus tôt dans la journée de mardi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a dévoilé un "plan d'action" contre la crise alimentaire lors de l'ouverture du sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire. Il a appelé à augmenter la production pour répondre à la demande, tout en exhortant les Etats à mettre un terme aux mesures protectionnistes.

Ban Ki-moon a appelé à prendre des mesures pour "agir à long terme pour renforcer la sécurité alimentaire mondiale". Il a fixé son objectif : augmenter la production alimentaire mondiale de 50 % d'ici 2030 pour faire face à la crise alimentaire. Selon la Banque mondiale, l'envolée des prix alimentaires risque de pousser 100 millions de personnes vers la famine.

 
Il a également demandé que les Etats allègent les restrictions sur les exportations et les tarifs d'importation. Il les a exhortés à "ne pas être tentés par les politiques alimentaires qui appauvrissent les voisins".
 

De plus, il souhaite que les participants du sommet aboutissent "à un plus grand degré de consensus international sur les biocarburants", accusés d'être l'un des facteurs de la flambée des prix des denrées. Il a annoncé le déblocage d’une enveloppe budgétaire de 1,7 milliard de dollars (1 milliard d’euros) pour les pays qui ont misé sur les biocarburants afin de leur permettre de diversifier leur agriculture. "Nous avons une opportunité historique de revitaliser l'agriculture", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'ONU a assuré qu'il "faudra augmenter les appuis financiers", sous forme d'engagements fermes et non pas via des prêts.

Ce plan d’action est la première étape d'une série de consultations sur la pauvreté, la faim dans le monde et le développement prévu dans les prochains mois, notamment lors du sommet du G8 à Tokyo en juillet, et lors de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre. Cette dernière réunion devrait permettre d’aboutir à une déclaration finale.


Le développement des agricultures locales

Un peu plus tard, Nicolas Sarkozy, le chef de l’Etat français, a qualifié d'"erreur stratégique historique" l'attitude consistant à empêcher les pays pauvres de cultiver des produits de première consommation. Il propose donc une nouvelle stratégie : "Elle doit reposer sur le développement des agricultures locales. C’est la seule solution, une solution durable, responsable mais exigeante".

"La Banque mondiale notamment, et le FMI ont contraint des pays à développer des cultures pour l’exportation pour des remboursements de dettes", rappelle Gauthier Rybinski, spécialiste politique internationale FRANCE 24. "En même temps, on ne s’est pas rendu compte qu’on était en train d’étrangler ces pays sur le plan de l’autosuffisance alimentaire. De ce fait, on arrive aujourd’hui à des prix absolument inabordables pour la plupart des pays".

"Il faut aider les pays les plus pauvres à se doter d’agricultures modernes qui permettront leur suffisance alimentaire", a poursuivi Nicolas Sarkozy.

La journée devrait également être marquée par une manifestation, lancée à l’initiative de plusieurs associations et partis de gauche italiens, contre la présence du président iranien de la République islamique Mahmoud Ahmadinejad et du président zimbabwéen sortant Robert Mugabe.

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