EXPOSITION - SENEGAL

Dak'Art, biennale de l’art africain contemporain

La Biennale de l’art africain contemporain se tient à Dakar, au Sénégal, jusqu’au 9 juin. 36 artistes venus de 13 pays africains exposent leurs œuvres. (Reportage : T. Mossot)

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C'est la deuxième intrusion du design à la biennale d'art contemporain de Dakar. Déjà, il y a deux ans cette discipline artistique faisait son entrée, dans cette biennale unique en son genre en Afrique de l'Ouest.

Peu connus du grand public, seulement 13 designers sont présents cette année au salon du design. L' occasion de faire découvrir des pièces uniques qui demandent des mois de recherche et de travail, mais dont le prix est souvent jugé élevé pour les amateurs.

Ousmane Baye est un jeune designer sénégalais qui nous explique l'identité même du design, qui selon lui, n'a pas de frontières. "Je suis designer africain, mais ça ne veut pas dire que je fais du design africain. Ce sont deux démarches complétement différentes. Le design ne reste que du design. Voici les meubles que je fais et ils n'ont rien d'africain. il est vrai que l'on parle de recyclage, mais le recyclage, c'est des fûts à pétrole que j'utilise, des conduites d'eaux... tout vient d'Europe."

Pour sa huitième édition, Dak'Art a réinvesti les espaces de la capitale sénégalaise, en honorant particulièrement cette année des œuvres venues d'Afrique du Sud, d'Egypte et du Cameroun autour du thème du "Miroir", une réflexion sur les Africains de par le monde.

L'édition 2008 a rassemblé plus de 150 expositions pour le off et 35 pour le in. Les différents bâtiments publics de la ville accueillent plusieurs expositions, des vernissages et des conférences avec les artistes. La fréquentation de la biennale est assez diverse, des spécialistes aux néophytes. Un bémol cependant, la biennale a surtout rassemblé des artistes déjà connus.

Mauro Petroni, directeur du off de Dak'Art, vit au Sénégal depuis plus de 20 ans. Il a vu naître cette biennale, avec les découvertes de grands artistes mondialement reconnus aujourd'hui. Mais pour lui, cette biennale est presque un miracle tellement les deux mois de préparation ont été courts pour mettre sur pied cette édition 2008. "Le budget étant plus petit, c'était plus difficile de faire voyager trop de monde. La sélection a été réfléchie, avec la présence de beaucoup de vidéos par exemple, c'est parce qu'envoyer une vidéo c'est moins cher que d'envoyer une sculpture."

Le niveau était au rendez-vous, malgré l'absence de nouvelles découvertes. Les jeunes générations ne sont pas présentes comme certains s'y attendaient. Les spécialistes retiendront que cette édition de Dak'art était celle de la maturité pour des artistes déjà primés comme Soly Cissé, Ndary Lô ou encore le Togolais Sokey Edorh. Le défi désormais pourrait être de mieux ancrer la biennale sur le continent afin que le public africain soit lui aussi conscient du potentiel artistique qu'il abrite.

C'est en tout cas, le souhait du Togolais Sokey Edorh, habitué de cette biennale dakaroise et qui ne désespère pas un jour de voir les prochaines générations plus actives sur le continent africain : "Je pense que la reconnaissance ne viendra pas des autres. Si on attend, ça ne viendra jamais. Il faut que ça vienne de nos dirigeants, de nos propres pays. Et que les gens achètent nos œuvres pour que l'on n'ait pas à 'rapatrier' tout ce que l'on fait vers l' Europe."

Après un tour dans les ateliers de certains artistes renommés, on constate que les œuvres des artistes africains se vendent bien.

C'est par exemple le cas du sculpteur sénégalais, Ndary Lô, propulsé par le célèbre Ousmane Sow, qui voit sa cote monter en Europe.

Si certains grands noms arrivent désormais à vivre de leur art, la majorité des artistes peine à percer. Certains s'inspirent directement des difficultés de leurs pays. Composée de cuillères, de fourchettes, de douilles et de crânes, cette sculpture, d'un artiste congolais, représente la violence de la guerre.

Le 9 juin, les expositions fermeront leurs portes, les galeries emballeront les œuvres venues de tout le continent et patienteront jusqu'à la prochaine édition prévue inch' allah (si Dieu le veut) en mai 2010.

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