ETHIOPIE - REPORTAGE

L'obélisque d'Axoum retrouve son site d'origine

Grâce à l'Unesco, le célèbre obélisque d'Axoum, daté du IIIe ou IVe siècle, devrait retrouver son emplacement d'origine dans le nord de l'Ethiopie. Il avait été enlevé par les soldats de Mussolini en 1937. (Reportage : F. Berruyer)

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La dernière phase des travaux de réinstallation du célèbre obélisque d'Axoum, stèle géante datée du 3e-4e siècle après JC et emmenée par les troupes de l'Italie mussolinienne en 1937, a débuté mercredi à son emplacement d'origine dans le nord de l'Ethiopie.

"Les ingénieurs sont arrivés aujourd'hui (mercredi) et ont terminé leurs travaux de vérification. Le premier bloc sera posé sur ses fondations demain à l'aide de grues et de câbles", a déclaré à l'AFP Nada Al Hassan, qui supervise l'opération pour l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco).

Après avoir été démonté en trois tronçons en janvier 2005 à Rome, l'obélisque, de plus de 150 tonnes et de 24 mètres de haut, a été ramené en Ethiopie en avril 2005, près de 70 ans après avoir été emporté en Italie en 1937, lors de la conquête de l'Ethiopie par les troupes mussoliniennes.

Il gisait alors au sol, brisé en trois morceaux durant une attaque des musulmans au XVIe siècle, près d'un obélisque quasiment identique, toujours intact sur le site.

"C'est un édifice très délicat et nous essayons d'éviter tout écueil. Le deuxième et le troisième bloc devraient être réinstallés au milieu et à la fin du mois de juillet mais l'inauguration se tiendra le 10 septembre de cette année", a ajouté Mme Al Hassan.

"C'est une partie très importante du patrimoine de l'Ethiopie. Le fait que nous n'ayons pas pu le défendre à l'époque a été très blessant", a estimé la député Netsanet Asfaw.

L'obélisque est "un rappel pour nous de la guerre, de la souffrance, du pillage et de la cruauté fasciste envers notre peuple. Son retour nous permet de guérir les blessures", a-t-elle ajouté.

L'obélisque avait été emmené à Naples dans un premier temps puis installé à la demande de Benito Mussolini à Rome devant le ministère des Colonies.

Le retour de l'obélisque "montre au peuple entier que Mussolini était en fait coupable de crimes de guerre et d'invasion injustifiée", a pour sa part jugé l'historien britannique Richard Pankhurst.

Depuis son enlèvement par les Italiens, Addis Abeba n'avait cessé de réclamer la restitution de cet important vestige historique, témoignage de la grandeur passée de la civilisation d'Axoum qui, du IIIe siècle avant Jésus-Christ au VIIIe siècle, a rayonné dans toute la Corne de l'Afrique.

La ville d'Axoum, inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1980, était la capitale de ce royaume connu pour son commerce de tissus, d'encens et de bijoux.

Le retour de la stèle était prévu dans les accords d'armistice de 1947, restés lettre morte pendant une soixantaine d'années, avant que l'Italie ne restitue le monument.

Le royaume d'Axoum, converti au christianisme entre 325 et 500 selon les historiens, a perdu peu à peu de son influence, concurrencé par l'islam et par la route commerciale ouverte à l'est avec le port de Djibouti.

Les stèles d'Axoum font partie des sept sites en Ethiopie classés patrimoine de l'humanité par l'Unesco et le site archéologique s'est considérablement enrichi en 2005 avec la découverte d'une importante nécropole royale, antérieure à l'ère chrétienne.

Des tombes avaient déjà été découvertes à Axoum dans les années 70, mais plusieurs avaient été pillées et seule "la tombe de la fausse porte" était ouverte aux visiteurs.

Le site d'Axoum n'a semble-t-il pas encore dévoilé toutes ses richesses: début mai, une équipe d'archéologues allemands a affirmé y avoir découvert les vestiges du palais de la légendaire reine de Saba.

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