IRLANDE - EUROPE

L’économie pèse lourdement sur le référendum irlandais

Qu’ils défendent les intérêts du patronat ou les droits des travailleurs, les partisans du “non” au référendum profitent des craintes suscitées par le ralentissement récent de l’économie irlandaise. (Reportage : C. Rougier)

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Découvrez les trois articles de FRANCE 24 sur le référendum en Irlande :

 
1. Le sort de l’UE est entre les mains des Irlandais
2. L’économie pèse sur le référendum irlandais (lire ci-dessous)
3. Les paysans troquent leur oui contre un accord favorable avec l’OMC


Alors que la croissance de l’économie irlandaise s’essouffle, nombreux sont les électeurs qui craignent que l’Union européenne n'entérine la stagnation. En même temps, les opposants à une plus forte intégration régionale n’ont rien à reprocher au projet européen.

 

Après un quart de siècle de croissance spectaculaire, le Tigre celte devrait quasiment arrêter sa course cette année. Si la croissance atteignait encore 5 % du PIB en 2007, elle ne serait que de 0,5 % cette année, selon les dernières estimations de la Ulster Bank.

  

Depuis dix ans, les Irlandais avaient pris l’habitude d’investir leurs richesses dans l’immobilier et la décoration intérieure. Soudain, ils semblent avoir perdu l’appétit pour des manoirs richement décorés. Selon l’agence hypothécaire Permanent TSB, les prix immobiliers ont chuté de 8,9 % au cours des douze derniers mois.

  

De son côté, le magasin d’aménagement intérieur Habitat vient d’annoncer la fermeture de ses boutiques à Dublin et Galway en raison d’une "baisse abrupte des ventes".

  

Face à ces mauvais indicateurs, une partie des classes moyennes irlandaise semble tentée par un vote négatif lors du référendum du 12 juin sur le Traité de Lisbonne.

  

"Ne pas laisser Bruxelles rentrer par la petite porte"

 

Declan J. Ganley, 39 ans, fait partie des opposants au traité. Son entreprise, Rivada, construit des réseaux de télécommunication pour des entreprises et gouvernements à travers le monde, dont l’armée américaine. Le site Internet de Rivada indique que la famille Ganley "dispose de maisons à Washington DC et Galway, Irlande". Ce jeune entrepreneur est également le fondateur de Libertas, un think tank qui a pris la tête du camp des "No to Lisbon" ("Non à Lisbonne").

 

"C’est avant tout pour des questions économiques que je me suis lancé dans cette campagne", indique-t-il à FRANCE 24. "Impôts – Ne laissez pas Bruxelles rentrer par la petite porte", annonce un slogan de Libertas. Le groupe donne ainsi voix à une crainte majeure des entrepreneurs irlandais. Pour ces derniers, toute tentative d’harmonisation fiscale est perçue comme une attaque contre les politiques pro-entreprises menées depuis vingt ans par l’Irlande ; politiques qui ont permis à ce petit pays d’attirer des investissements majeurs, notamment de la part de géants américains des nouvelles technologies et de la recherche, tels que Intel, Google et Pfizer.

 

Car si le camp du "oui" soutient que le Traité de Lisbonne doit permettre à Dublin de bloquer d’éventuelles tentatives d’harmonisation fiscale, Ganley est persuadé du contraire.

 

Alors que le taux de chômage a atteint 5,5 % au mois d’avril, son plus haut niveau depuis 1999, toute menace à la compétitivité de l’économie irlandaise est prise au sérieux par l’opinion publique.

  

Mais pour Ganley, le Traité de Lisbonne menace également de "créer une Europe anti-démocratique" en laissant les chefs de l’Union européenne à l’abri de tout contrôle populaire. Critique au sujet de l’idée d’un président du Conseil européen élu par les chefs de gouvernement de l’UE, Ganley demande : "Comment un tel président pourrait-il répondre au premier ministre Chinois si on lui demande combien de personnes ont voté pour lui ?"

  

S’il est opposé au Traité de Lisbonne, Ganley ne se veut pas pour autant anti-européen. "Nous sommes en désaccord fondamental avec les eurosceptiques", explique-t-il. "L’UE doit marcher, mais il faut qu’elle marche pour ses citoyens ; autrement, nous renverrons les chefs européens à la case départ."

  

"Une déception en matière de droit du travail"

 

Le parti du Sinn Fein a adopté une position similaire. "Il ne s’agit pas de déterminer si nous sommes à l’intérieur ou en dehors de l’Europe, car nous sommes déjà au cœur de l’Europe", explique l’eurodéputée Mary Lou McDonald sur la radio RTE.

 

Or, pour son parti, la question essentielle n’est pas celle des impôts. "Le traité est une vraie déception en matière de droit du travail", soutient McDonald, avant d’ajouter qu’il ne protège pas non plus les services publics.

 

Une fois de plus, la perspective d’un fléchissement de l’économie et d’un accroissement de la compétition internationale renforce le camp du "non".

 

Néanmoins, pour Diana Panke, enseignante de politique européenne au University College Dublin (UCD), les Irlandais ne sont pas aussi opposés aux principes fondamentaux de l’Union européenne que ne l’étaient les Français en 2005. "Les citoyens irlandais sont très favorables à l’UE et l’euroscepticisme ici est moins fort qu’en France", explique-t-elle."Le discours des opposants au traité est simple : 'l’Europe a fait du bien à l’Irlande, alors gardons la telle qu’elle est'".

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