FRANCE - RELIGION

Les musulmans de France élisent leurs représentants

Le CFCM, le Conseil français du culte musulman, élit de nouveaux représentants dans une ambiance tendue. Dalil Boubakeur, le président actuel, a décidé de boycotter le vote pour protester contre le mode de scrutin. (Récit : L. Cuvillier)

Publicité

Retrouvez également l'article de FRANCE 24 sur le CFCM :  l'instance représentative des musulmans de France en crise.


Une page va se tourner dimanche au Conseil français du culte musulman avec les élections destinées à renouveler les instances de l'organisme mis en place en 2003 et présidé depuis l'origine par le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur.

Le CFCM va changer de président puisque Dalil Boubakeur a retiré sa candidature. En outre la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (GMP), qu'il préside, a décidé de boycotter les élections en contestant les règles de désignation du corps électoral.

Le "père" du CFCM, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait beaucoup contribué à l'accession à la présidence de Dalil Boubakeur considéré comme un tenant de l'islam modéré face à l'intégrisme, et comme une figure "historique" de l'islam en France. Depuis sa réélection arrachée de justesse en 2005, sa représentativité a toutefois était de plus en plus contestée, en raison de son action jugée insuffisante et de l'influence croissante des associations marocaines.

Dimanche 8 juin, 4.862 délégués de 1.039 mosquées et salles de prière vont voter pour désigner les cadres des 25 conseils régionaux du culte musulman qui à leur tour, réunis en assemblée générale, voteront pour le conseil d'administration du CFCM et son bureau exécutif. Le processus s'achèvera le 22 juin avec l'élection du nouveau président.

Le conseil d'administration sortant compte 43 sièges qui sont actuellement ainsi répartis : Fédération des musulmans de france (FNMF) 19 sièges, grande Mosquée de Paris (GMP) 10 sièges, Union des organisations islamiques de france (UOIF) 10 sièges, Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) 1 siège, Indépendants 3 sièges. Le bureau exécutif compte 17 sièges

Depuis les dernières élections, en 2005, la FNMF a éclaté et a perdu beaucoup de ses membres -Marocains pour la plupart- au profit du Rassemblement des musulmans de France (RMF). Le vice-président de la FNMF, Mohamed Moussaoui, est candidat à la présidence du CFCM, de même que Haydar Demiryurek, président du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF).

L'UOIF, qui avait laissé planer la menace d'un boycott, a finalement décidé de participer au scrutin "dans un souci de préserver la pérennité du CFCM", mais sans présenter de candidat à la présidence.

Le vote de cette année est un peu particulier puisque la GMP n'y participe pas. Ses mosquées ne désignent pas de délégués et elle n'a pas présenté de listes régionales, sauf éventuellement en mettant des candidats sous l'étiquette "indépendants").

Actuellement, la France compte environ 5 millions de personnes de culture arabo-musulmane, dont 1,5 millions d'Algériens et 1 million de Marocains. Logiquement c'est donc aux Algériens -la Mosquée de Paris- de chapeauter le CFCM. Mais les Marocains, qui gèrent environ 40% des lieux de culte, affirment compter plus de musulmans pratiquants dans leurs rangs. Ils revendiquent donc la prééminence en réclamant du changement dans le mode de fonctionnement du CFCM.

Celui-ci doit s'occuper de la construction des mosquées, des carrés confessionnels dans les cimetières, de l'abattage rituel des moutons pour l'Aïd, de la formation des imams, et aussi du pèlerinage à la Mecque.

Pour financer les mosquées (rassembler les fonds venant notamment des pays d'origine des musulmans) et la formation des imams, une Fondation des oeuvres de l'islam a été créée mais elle est restée en sommeil. La faire fonctionner sera une des tâches de la prochaine équipe du CFCM, de même que l'organisation du pèlerinage et de l'abattage rituel, qui sont aussi de gros enjeux financiers.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine