COLOMBIE - EXCLUSIF

L'ex-président Pastrana se méfie d'Alfonso Cano

Andrés Pastrana, président colombien de 1998 à 2002, explique à FRANCE 24 pourquoi il s'inquiète de l'accession d'Alfonso Cano à la tête des FARC. (Interview : M.S. Joubert)

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Dans un entretien à FRANCE 24, l’ancien président colombien Andrés Pastrana se dit inquiet du changement de leadership à la tête de la guérilla colombienne des FARC. Leur "action pourrait s’en trouver terriblement renforcée", assure celui qui a dirigé le pays de 1998 à 2002.


Alfonso Cano, Guillermo Leon Saenz Vargas de son vrai nom, dirige officiellement les FARC depuis l’annonce, en mai, de la mort de Manuel Marulanda, le chef historique de la guérilla. Diplômé en droit et en anthropologie, Cano est l'idéologue du mouvement et a toujours été considéré comme plutôt modéré.


De nombreux observateurs espèrent voir le nouveau chef renouer le dialogue avec le gouvernement de Bogota et accélérer la libération des centaines d’otages dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt enlevée en 2002.

 

Le président vénézuélien Hugo Chavez lançait, dimanche 8 juin, un appel au nouveau chef : "Je dis à Cano : allez, libérez tous ces gens, puis, avec un groupe de pays, démarrons les négociations sur un accord de paix".


"Celui qui s’opposait le plus radicalement au processus de paix"

 

Mais Andrés Pastrana, qui a lutté pendant son mandat contre la guérilla, ne semble pas considérer cette issue plausible et juge encore "très vivace" la capacité de nuire des FARC.

 

"Effectivement Cano vient de l’aile idéologique de la guérilla. Ce qui pourrait faire penser qu'une ouverture est possible", dit-il avant d’ajouter fermement : "Seulement voilà, il ne faut pas oublier qu’Alfonso Cano représente l’aile marxiste-léniniste. Il a eu une bonne formation et fait des études poussées. L’action des FARC pourrait s’en trouver terriblement renforcée. "

 

L’ancien président colombien a eu, par le passé, l’occasion d’observer Alfonso Cano. "Je l’ai rencontré une fois, lors d’une réunion avec Marulanda à San Vicente del Caguán", l’une des cinq municipalités démilitarisées entre 1998 et 2002 pour faciliter le processus de paix. "J’ai trouvé, lors de cette rencontre, que c’était celui qui s’opposait le plus radicalement au processus de paix. "

 

Ce constat l’avait à l’époque beaucoup surpris. Comme de nombreux Colombiens, Pastrana pensait que "Cano était le politique chez les FARC alors que Mono Jojoy (ndlr, chef militaire des FARC) était le militaire". "Franchement, je n’ai jamais compris", s’étonne-t-il encore.

 

Des liens très étroits entre FARC et ETA

 

En effet, Alfonso Cano n’est pas le plus pacifique des FARC, et l’ancien président est bien placé pour le savoir : des documents trouvés dans l’ordinateur du numéro deux de la guérilla, tué en mars, montrent qu’il aurait participé à l’élaboration d’attentats visant, entre autres, Andrés Pastrana.

 

"Alfonso Cano avait affirmé à plusieurs reprises qu’il mettait ma tête à prix et qu’il voulait me faire assassiner, parce que je n’avais pas su aboutir à la paix avec les FARC", explique l’ex-président.

 

Les documents mentionnent également la formation de membres de l'ETA à des techniques terroristes dans des camps de la guérilla. "C’est grave parce que cela montre qu’il existe des liens très étroits entre FARC et ETA."

 

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