AFGHANISTAN - EDUCATION

Le système éducatif afghan en reconstruction

Après plusieurs années d'attente, certains professeurs et élèves peuvent enfin travailler, à Kaboul et en province, dans de vrais bâtiments scolaires. Mais les moyens manquent toujours. (Reportage : C. Billet et M.Shékib)

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Des tentes blanches sont dressées devant une école flambant neuve. "Jusqu’à l’année dernière, ces tentes étaient utilisées pour faire cours aux élèves ", rapporte le directeur de l’école Araban-e-Qarga. Il attendait ce nouveau bâtiment depuis 20 ans. Ses élèves pourront enfin travailler dans des salles de classe.

En attendant l’électricité et le matériel, il faut faire avec les moyens du bord : le bâtiment reste trop petit pour les 2600 enfants. Les classes sont surchargées et les heures de cours sont organisées en rotation. Les tentes sont utilisées pour protéger le mobilier qui ne tient pas dans le bâtiment.

Sans compter que les écoles ont beaucoup de mal à recruter des instituteurs professionnels. "Ici, mon salaire est de 48 euros ", explique Modjibullah Gharmani, professeur d’anglais et de sport à l’école Araban-e-Qarga. "J’ai 3 enfants, 5 frères et mes parents. Avec ce seul salaire, ça serait impossible pour nous de payer nos dépenses de base, comme la maison. Impossible… "

A Kaboul, la capitale afghane, la situation est la même. A l’école primaire Saydal Nasiri, le bâtiment scolaire vient d’être construit, mais les élèves sont 50 par classe et certaines institutrices n’ont pas terminé leurs études.

"L’argent va dans leur poche"

Pour la directrice, Rayona Nuri, on veut faire des chiffres et privilégier la quantité à la qualité. "Nous pensons qu’aucune réforme n’a été faite, qu’ils n’ont pas utilisé l’argent pour réformer l’éducation, déplore-t-elle. Le gouvernement ne dépense pas l’argent apporté par la communauté internationale ni pour imprimer des livres, ni pour construire des écoles, ni pour augmenter les salaires des enseignants ou des fonctionnaires du ministère, ni même pour aider les élèves qui en ont besoin ". A demi-mot, elle pointe du doigt la corruption.

Adiba, enseignante de dari à l’école Saydal Naseri, le dénonce haut et fort : "Ces aides sont divisées en deux parties : la moitié, voire moins, est dépensée pour l’éducation ", dit-elle. "Et l’autre moitié, ils la mettent dans leurs poches ! A cause de ça, nous avons une éducation de mauvaise qualité et si ça continue, ça sera encore pire ".

Rayona Nuri, qui enseigne depuis plus de 30 ans, reconnaît pourtant qu’enseigner à Kaboul est bien plus facile que dans le reste du pays. Dans le sud et dans l’est du pays, les écoles récemment construites restent vides. Seuls trois enfants sur dix vont à l’école, à cause de la pauvreté, de la hausse de la criminalité et de la violence des combats.

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